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amélioration morale résultera d'une si salutaire entreprise*.
Si des champs nous rentrons dans les villes, et que nous voulions y employer cette portion vive, agissante, souvent même exaltée, de la sensibilité des femmes, il suffira de ' leur confier Texercice de la bienfaisance. Qu'une administration régulière prescrive la forme dans laquelle les secours seront accordés aux pauvres (car rien d'utile sans méthode), et qu'ensuite elle en abandonne aux femmes la touchante distribution.
J'aurais peine à nombrer ici toutes les occupations intéressantes qui ressortent de ce titre d'épouse citoyenne ^ dont il serait heureux que bientôt chaque Française comprît l'importance. Elles pourraient suffire à l'activité de toute une vie, et cependant nous n'avons rien dit encore des devoirs et des jouissances de la maternité.
A ce mot, tous mes sentiments se pressent comme pour prendre la place de toutes mes pensées.. Au premier moment, la nature s'indigne et repousse l'idée que quelques institutions de plus ou de moins eussent le droit d'accroître ou de diminuer le dévouement d'une mère. Certes, l'amour maternel est le plus indépendant de tous les amours; nous aimons notre enfant quel qu'il soit, quoi qu'il fasse, qu'il afflige ou contente notre amour-propre, qu'il réponde à notre tendresse ou qu'il la souffre comme une gêne pour sa liberté. Qu'un fils écoute ou repousse sa mère, qu'il la fuie ou la cherche, il n'en domine pas moins son cœur, il n'en est pas moins maître de sa vie.
Heureuse toutefois celle qui peut aimer ou plutôt mon-
\. Je dois faire remarquer que ceci n'est point un souhait vague, sans résultat possible ; des exemples très remarquables prouvent tous les jours en Angleterre avec quelle efficacité les femmes peuvent contribue!* à l'enseignement religieux et moral des classes inférieures. Je rappellerai les travaux de Mme Fry, et la société formée à Londres par des dames bienfaisantes, pour la réforme des prisonniers.
[y Ole de Ch. de Bémusat.)
trer qu'elle aime, sans avoir à surmonter ces impuissants, mais douloureux obstacles! Les dignes qualités d'un fils [ répandent un air serein autour de sa mère. Grâce à lui, elle regarde haut et loin sans, embarras : son âme, qui n'est jamais agitée, ne cesse point d'être émue; la confiance qui s'établit entre eux devient la plus douce des relations. Elle ne ressemble à nulle autre, toute composée qu'elle est de l'autorité et de la faiblesse, de la condescendance et de la force, qui dénoncent à la fois et la femme et la mère, et l'homme et le fils.... Oui heureuse, cent fois heureuse, celle qui en a connu le charme!
Mais tout en respectant l'instinct de la maternité, comment ne pas recormaître que certaines circonstances peuvent encore le compléter et l'ennoblir? Cette compagne d'un homme public, si tendrement orgueilleuse de la réputation de son époux, désirera sans doute que son fils marche un jour sur ses traces ; et c'est à elle d'abord que sera confié le soin de semer dans l'âme de ce jeune successeur le germe des sentiments et des opinions dont un père éclairé lui destine l'héritage. Portons-nous nos regards sur ce ménage solitaire dont j'ai aussi parlé? Nous le trouverons décorant l'avenir du prestige de tous les succès que l'on souhaite toujours un peu pour soi, beaucoup pour son enfant. Le champ de l'espérance s'ouvre à l'imagination près du berceau d'un fils, et je ne sais pas de mère qui n'aperçoive d'abord en lui les traces des plus grandes qualités. Loin de repousser cette illusion, faisons-la tourner au profit de la patrie; encourageons les parents à développer ce qu'ils aperçoivent, à créer ce qu'ils supposent : môme en se trompant, ils auront toujours amélioré l'objet d'une innocente ambition ; et leurs efforts parviendront à former un citoyen utile, ou tout au moins un spectateur citoyen aussi, puisqu'il saura encourager et apprécier des mérites dont on lui aura enseigné l'importance.
La suite de cet ouvrage me fournira l'occasion d'ajouter de nouveaux traits à ce tableau de la situation d'une
femme dans une société de citoyem. Il était essentiel de . prévenir Tobjection ou le reproche que Ton pourrait me faire de condamner les femmes, en leur ôtant de leur puissance, à une vie monotone et vide; il ne reste guère de place pour l'ennui là où l'on peut allier le sentiment du devoir à l'intérêt du cœur. La révolution, en France, a modifié le caractère des hommes ; ils sont devenus plus ^ sérieux. Les femmes ne pourront pas demeurer aussi' légères que par le passé ; et ce changement heureux et nécessaire inspirera plus de zèle aux uns pour la vie active et extérieure à laquelle ils sont appelés, aux autres pour la vie intérieure et calme qui leur sied, a Les femmes, dit un auteur*, sont des bêtes de somme chez les sauvages, des animaux de ménagerie chez les barbares, alternativement despotes et victimes chez les peuples livrés à la vanité, à la frivolité. Ce n'est que dans les pays où régnent la liberté et la raison qu'elles sont les heureuses compagnes d'un ami de leur choix, et les mères respectées d'une famille tendre élevée par leurs soins. »
1. Commentaire sur l'Esprit des lois, par M, de Tracy, liv. VII, chap. VII.