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CHAPITRE XII

DE l'éducation des FILLES DANS LA PREMIÈRE ENFANCE

Qui se connaît soi-même est bien avancé dans l'art de pénétrer et de juger les caractères, et cet art est le fondement de toute éducation. Mais pour se connaître, il faut s'être examiné dans ses pensées et ses actions. Nous marions nos filles si jeunes, qu'elles n'ont eu réellement le temps de rien regarder. Hors de Paris, on les marie un peu plus tard, mais on les tient dans un état de dépendance qui sert à prolonger ce qu'on appelle l'air de jeunesse; et pour soutenir cette petite ruse, qui ne trompe personne, on court le risque de les faire femmes et m^res, c'est-à-dire de leur donner les plus grands devoirs envers autrui, sans qu'elles aient appris seulement à se conduire pour elles-mêmes. Si les habitudes reçues pouvaient se rompre tout à coup et que l'on consultât la nature, je crois que l'âge de vingt-cinq ans serait celui qu'elle prescrirait pour le mariage des filles; mais, nos mœurs s'opposant à des transitions si brusques, au moins pourrait-on bien attendre qu'une fille eût dépassé sa vingtième année, et ne rien épargner jusque-là pour hâter la maturité de sa raison.

11 est bien difficile qu'une jeune personne, jetée comme à l'improviste dans toutes les émotions du ménage, n'apporte pas dans sa maternité naissante quelque chose des

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puériles habitudes de sa récente enfance : son maillot lui apparaîtra toujours un peu comme une poupée vivante, et son premier sentiment pour lui se confondra avec le plaisir qu'elle trouve à le parer et à s*en divertir. Gomme ici-bas les dangers touchent toujours de très près aux jouissances, les plus naturelles ne peuvent se passer de la raison.

Rousseau a reproché aux mères de son temps de se tenir écartées du berceau de leur enfant; peut-être aujourd'hui leur reprocherait-il d'y demeurer trop attachées, et de troubler le repos dont il doit être environné. Sûrement du moins il blâmerait ce luxe nouveau qui décore avec tant de goût le petit ménage des nouveau-nés. L'élégance a fait de grands progrès en France : elle se mêle aux soins d'une extrême propreté fort utile aux enfants. Mais si les petits garçonâ et les petites filles d'autrefois, du reste assez mal soignés, offraient un aspect fort ridicule, les uns avec leurs habits brodés et leur épée, les autres frisées, poudrées, surchargées de lourdes étoffes comme leurs mères, je ne crois pas qu'il soit beaucoup plus raisonnable d'orner nos enfants, sous un vêtement plus commode, de tout le faste des broderies qui fournissent les boutiques de nos lingères. Rien n'est si joli dans les promenades que cette foule d'enfants qui s'y jouent en liberté; leurs visages frais et nets témoignent les soins dont ils sont l'objet; leurs cheveux bouclés ont passé et repassé dans les doigts maternels; leur costume décent par sa forme donne de l'aisance aux mouvements : il faut s'y tenir. Mais ne peut-on supprimer cette profusion de dentelles et de falbalas dont les petites filles se montrent si fières, et qui les rendent propres à être exposées comme de jolies poupées? Ce luxe a une apparente simplicité qui disparaît aux yeux des connaisseun. Mieux le goût l'a dissimulé, plus il a peut-être d'inconvénients. Je me souviens qu'un jour j'admirais la robe et le pantalon de percale d'une petite fille de huit ans, dont on avait brodé et orné ce que nous appelons les garnitures, avec une recherche qui sûrement devait avoir

coûté fort cher. La petite, qui paraissait très contente de voir sa toilette devenir l'objet d'un examen attentif, me répondit, avec cet air demi-vrai, demi-content, qu'elle avait vu prendre à quelques femmes qui, sur l'article de la parure, font toujours des aveux d'humilité et des déclarations de modestie toutes pleines de petits mensonges : « Cela est pourtant bien simple ! » Je ne sais si elle se donnait un air y ou si l'habitude lui faisait croire qu'une robe blanche si ornée n'était qu'une parure ordinaire, mais, dans ce cas, il n'était nullement bon de lui avoir donné l'idée qu'il fallût dépenser beaucoup d'argent pour être vêtue simplement. Pendant qu'elle me parlait, près d'elle était une de ses compagne^, à peu près du même âge, dont la robe blanche n'avait aucun ornement ; et la manière dont ces deux petites filles se regardaient en ce moment ne me parut déjà plus appartenir à l'enfance, et me causa un sentiment de pitié pour l'une et pour l'aulre.

Ce luxe, appliqué à la toilette des enfants, devient quelquefois une occasion de dépense qui peut bien déplaire à la raison d'un mari, mais dont il n'osera se plaindre par condescendance pour les faiblesses d'une mère. Mais pourquoi faut-il qu'à ses yeux les débuts du sentiment maternel apparaissent sous la forme d'un véritable enfantillage?

Rousseau a déclaré si positivement que la coquetterie était native chez les femmes, et elles ont si volontiers consenti à le prouver par le fait, que je n'essaierai de démentir ni les femmes, ni Rousseau. Je me borne à souhaiter que. comme de la beauté, on tire parti de la coquetterie ; c'est une habileté nécessaire que de mettre tout à profit, les défauts comme les qualités, les avantages comme les inconvénients. On pourrait essayer de tourner d'abord la coquetterie des petites filles vers le soin de leur personne et de leurs vêtements; ensuite, de les habituer par l'exemple et le conseil à choisir ce qui leur sied plutôt que ce qui est cher ou seulement à la mode. Les idées de proportion et d'harmonie appliquées à tous donnent quelque importance

morale aux choses les plus légères. La parure d'une femme peut être conforme ou opposée à l'expression de son visage, à la nature de son caractère, surtout à sa situation dans le monde. H y a, pour les maris, des professions qui commandent un extérieur différent à leurs femmes, et cela, dans toutes les classes de la société. L'épouse du premier magistrat du lieu ne devrait pas frapper les regards de la même manière que celle d'un gentilhomme delà chambre; et, là où la considération s'attacherait surtout aux fonctions patriotiques, le droit accordé à cette femme d'un homme de cour d'attirer l'attention par un luxe plus éclatant, pourrait promplement cesser d'être regardé comme un privilège.

Ces détails indiquent suffisamment ^ ce me semble, comment une pensée séHeuse peut se mêler à tout, et tout diriger dans l'éducation. Je ne doute pas qu'on ne trouve que je fais abus du sérieux, et qu'il y a pédanterie à porter de la moralité jusque dans la toilette. Les hommes légers auront pitié de ces conseils; lesjeunes femmes peutêtre s'indigneront qu'on veuille aussi régler systématiquement les soins involontaires, les mouvements abandonnés, les plaisirs entraînants de la maternité. Quand on s'occupe de l'éducation, on croit n'avoir affaire qu'aux enfants ; mais on s'aperçoit bientôt qu'il faudrait reprendre celle des parents. Pour élever en effet la petite fille au berceau, j'aurais besoin que la mère eût été élevée comme elle, et dans un chapitre destiné à tracer des règles pour la première enfance, je me vois conduite à donner des leçons aux jeuues filles qui se marient. On me passera ce manque apparentde méthode; c'est au fond l'ordre naturel du sujet. Pour instruire les enfants, il faut avoir éclairé les mères.

(îomment pourrais-je espérer d'être entendue en effet de ces jeunes femmes élevées selon le inonde, qui ne les croit naturelles, que lorsqu'elles sont évaporées, ou raisonnables, que lorsqu'elles sont rusées? J'ai besoin qu'elles soient réfléchies et sincères; j'en ai besoin surtout, lorsque

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je vais entreprendre d'indiquer des règles pour la pratique du sentiment le plus impérieux et le plus libre, de la tendresse maternelle.

Les femmes sont destinées à éprouver des sentiments de plus d'un genre. Ceux dont les excès ne font de mal qu'à elles demeurent au jugement de Dieu, et devraient être indépendants de celui des hommes. Il faudrait respecter le secret des combats qu'elles ont alors à supporter avec leurs joies et leurs peines, et les laisser ensevelis au fond de leur pauvre cœur. Mais quand nos affections peuvent, selon la manière dont elles se manifestent, influer différemment sur ceux qui les inspirent, force, c'est-à-dire devoir, est bien qu'elles s'accordent et se soumettent à la raison. On sait comme la nature éveille sur-le-champ toutes les sortes de tendresse et de dévouement chez une femme devenue mère. Il n'en est pas une qui, dès le premier des jours de son enfant, ne fût prête à lui sacrifier les siens. Ses moindres souffrances la pénètrent d'effroi, ses cris prolongés lui arrachent des larmes. Craintive de tout pour ce cher et nouveau trésor, une mère croit apercevoir une chance de le perdre dans le moindre malaise qu'il éprouve sous ses yeux : entraînée au printemps de sa vie par une émotion si naturelle et si légitime, une jeune femme ne pense pas le moins du monde qu'elle doive s'en défendre ; et loin de là, elle s'y abandonne avec enthousiasme. Malheur à l'époux, à sa mère, à ses amis, qui s'aviseraient de lui faire apercevoir les inconvénients d'une tendresse trop inquiète! Et cependant les plus vraies jouissances nous sont tellement accordées en ce monde à un certain prix, que dans les plus intimes et les plus innocentes nous découvrons des devoirs importants. Cet amour qu'inspire un enfant, avec tous les caractères de la passion, doit avoir encore tous les effets de la prudence : pour une mère, il ne s'agit pas d'aimer seulement. Les jeunes fennnes sont bien peu capables d'apercevoir tout cela d'elles-mêmes, ou de consentir à s'y soumettre. La plupart d'entre elles repousseraient avec

emportement ou mépris les conseils de modération qu'on voudrait leur donner. Curieuses et charmées d'être si purement émues, elles se persuadent que c'est une condition essentielle de leur état que de se livrer au trouble que le moindre incident leur cause, et qui devient tel quelquefois, qu'en étant de beaucoup les plus intéressées, elles sont les moins propres à secourir et à conserver l'être frêle qui leur est confié. L'instinct maternel est admirable, il remplace presque tout, quand il est soutenu par l'habitude d'exercer sa force sur soi-même : mais s'il se complique des vivacités de l'imagination, toutes les actions se précipitent, une souffaance vive les accompagne et les confond ; elle est presque un tort, puisqu'elle s'oppose à l'accomplissement de la mission qu'on a reçue.

Qu'une femme soit donc bien convaincue que ce qui nuirait aux autres, même dans sa manière d'aimer, doit être réprimé; ei quels aw^'f^s pour elle que ses enfants, si je puis m'exprimer ainsi et croire que je serai suffisamment comprise ! Il faut qu'elle sache d'avance que, dès les premières occasions, quand il serait si naturel, si excusable de se montrer faible, elle acquerra de grands droits à la confiance d'un mari qui ne la connaît pas encore tout entière, si elle lui prouve ce dont la rend capable le sentiment éclairé de ses devoirs. Il y a grand profit à paraître de bonne heure sage et courageuse devant ce compagnon de notre vie qui n'oubliera pas un effort entrepris pour lui et pour la raison. Non qu'il s'agisse de remplacer une exaltation par une aulre et d'imposer le stoïcisme à la sensibilité maternelle; je ne demande point des mères Spartiates, mais des mères chrétiennes qui sachent encore réfléchir dans l'inquiétude et dans la joie, se contenir dans l'ivresse et se gouverner dans la douleur. Elles ne diront point comme A rie : Pétus, cela ne fait point mal ; mais : Cela fait mal, et il le faut.

Il est superflu d'insister sur les soins physiques qu'exige la première enfance ; le temps est passé, où de tels conseils

étaient indispensables. La philosophie des sensations poussée à l'extrême dans le siècle dernier, et qui, secondée en France par une disposition à la fois sceptique et frivole, faillit mettre Tâme hors de cause dans Faction de la vie humaine; cette philosophie, qui nous a tant égarés, a du moins eu l'avantage d'attirer une attention utile sur toutes les choses qui se rapportent aux organes et à leurs besoins. C'était bien le moins qu'on pût faire en faveur de la matière dont on tirait si grand parti, que de pourvoir aux moyens de la maintenir intacte et saine. Les sciences relatives à la conservation, à l'amélioration de la vie, y ont gagné, et depuis cinquante ans leurs progrès sont continuels. Rousseau s'est occupé avec succès du régime des enfants ; les deux premiers chapitres de son Emile me semblent propres à bien diriger les mères; mais je ne crois point cependant qu'elles soient obligées de s'assujettir sans réflexion à l'obligation solennelle qu'il leur impose de nourrir leurs enfants. Alors qu'il écrivait, un travers absolument contraire à la nature et à la morale rompait les liens maternels. Il avait à combattre de sots usages, des coutumes dépravées, une insouciance factice que protégeait la mode. Il a dû parler fort pour être entendu, et fouler aux pieds toutes ces considérations qui l'irritaient à bon droit. Mais aujourd'hui que les sentiments naturels ont repris leur empire, que les femmes ont plutôt à lutter contre leur excès, ce n'est plus un devoir pour elles de nourrir leurs enfants. Rien n'oblige une femme délicate et trop jeune d'affaiblir ainsi sans ressource, jeje sais, une constitution déjà faible, pour donner à son enfant un tempérament probablement appauvri. Sans mettre aucune exaltation à ce premier plaisir de la maternité, elle fera sagement de consulter les circonstances de tous genres, de suivre les conseils des médecins, la volonté de son mari, les avis des personnes qui l'aiment. Les préjugés qui exagèrent les obligations des diverses conditions de la vie doivent être évités à l'égal de ceux qui tendent à les atténuer.

Quoiqu'il soit très certain que les progrès de la science et des mœurs aient déjà depuis longtemps diminué la mortalité des enfants, et que communément leur extérieur annonce la santé et le soin, toutefois, par une triste contradiction, ces enfants si exactement surveillés n'ont pas composé une génération aussi fortifiée qu'on pouvait l'attendre. Les petites filles de Paris surtout sont presque toutes devenues des femmes délicates ou des mères infirmes. Sans rechercher les causes médicales de cette apparente inconséquence, sorte d'entreprise dont je me tirerais sûrement très mal, quelques circonstances m'en expliquent une partie. D'abord les soins, le régime et l'art ont peutêtre fait vivre beaucoup d'êtres délicats qui, dans un autre temps, n'eussent pas lutté si heureusement contre la souffrance. En second lieu, les influences morales qui ont agité notre génération ont pu multiplier et diversifier les émotions au point d'altérer, en afîaiblissant les mères, le principe de vie des enfants; enfin, et cette raison rentre dans mon sujet, nous marions nos filles lorsque à peine elles ont pris leur croissance; avant que la nature ait achevé le travail nécessaire à une seule, on la force de se partager pour l'existence de deux. Aussi voyons-nous la plupart de nos jeunes mères, après avoir donné le jour à un premier enfant, demeurer dans un état valétudinaire qui fait peine à observer, qui gêne leur existence, et les rend incapables de remplir une grande partie des engagements pris devant Dieu à l'égard d'un époux, de la société et d'elles-mêmes.

Ici se place naturellement un conseil dont l'expérience m'a montré les avantages. Les femmes sont propres aux soins physiques. La souffrance les touche, et, bien loin d'eflrayer leur délicatesse, le triste aspect des maladies éveille en elles une sollicitude secourable. A quelque excès que la mollesse et le luxe les aient énervées, jamais on n'a vu s'éteindre entièrement en elles cet instinct charitable, cette vocation de sœurs-grises qui leur est commune à toutes. Mais à cet égard encore, satisfaites et fières de

suivre le penchant de pitié qui les domine, il est rare qu'elles sachent le diriger et le contenir par la réflexion. Quand elles secourent les malheureux ou les malades, le dévouement qui les anime leur paraît suffire à tout, et leur zèle n'est pas toujours selon la science. Quelquefois même elles écoutent impatiemment les conseils, et y opposent avec quelque présomption, soit l'empirisme de leur charité, soit une médecine d'inspiration. Voici encore une occasion de les préserver contre l'entraînement du bien et l'illusion d'un bon sentiment. Précisément parce que c'est un instinct tout-puissant qui les porte à soigner ceux qui souffrent, et surtout leurs enfants, leur mari, leurs domestiques, le devoir est ailleurs, le devoir est de le bien faire, c'est-à-dire de le faire raisonnablement.

Les médecins se plaignent souvent des embarras qu'ils éprouvent par la faute des mères trop ignorantes ou trop faibles. Us déplorent à juste titre la perte de temps qu'elles leur causent, les observations puériles qu'il leur faut combattre, les préjugés qu'il faut vaincre, les complaisances qu'on exige, les alarmes ou les négligences également hors de propos. On obvierait à tout cela avec un peu plus de réflexion et de lumière. Il suffirait qu'une femme apprît par quelque étude à les comprendre, et, quand elle ne le peut, à savoir que le devoir est de déférer à l'autorité de la science, sans rien chicaner, sans rien éluder. Les médecins d'aujourd'hui n'ont plus de ces ridicules dont Molière tenta de les corriger. Ils ont pareillement abandonné cette existence factice que leur donna plus tard cette singularité de modes qui allait à tout défigurer. Nous ne rencontrons plus auprès du lit des nialades, ni dans les boudoirs des belles dames, le Purgon du Malade imaginaire ni le docteur musqué du Cercle. Nos médecins remplissent naturellement et simplement les devoirs de leur noble état. Dans le sein des hôpitaux ou à la suite des armées, témoins longtemps des souffrances du pauvre ou du soldat, la plupart se sont rapprochés de la nature; ils

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ont vécu avec riiumanité tout entière; ils se présentent dans le monde avec la confiance du savoir et le senliment des verlus qu'ils exercent. En général, ils excitent l'intérêt et les égards, jmrce qu'ils ont pris sérieusement leur mission. On pourrait les admettre très utilement dans Tintérieur des ménages. La société d'un médecin éclairé, et il y en a beaucoup maintenant, serait fort avantageuse pour la mère de famille. Sa conversation, écoutée dans un intérêt pratique, la préserverait d'une foule d'erreurs et même de dangers qui suivent les minuties de l'ignorance. Elle s'inf truirait pour le salut de tout ce qui l'entoure.

Une femme pourrait être taxée de sotte pédanterie ou de vaine curiosité, si elle s'informait sans discernement des choses qui ne servent qu'à la parade de l'esprit ou qui lui feraient perdre son temps, car elle n'en a guère à perdre : mais quelque savoir est nécessaire à qui veut se défendre d'agir mal à propos. Les gens les plus éclairés ne sont pas à beaucoup près les plus agités; l'esprit tranquillise et le savoir rassure. Qui donc pourrait blâmer ou sourire, parce qu'une femme aura cherché dans la conversation d'un homme instruit des idées plus justes sur les moyens de conserver ce qu'elle a de plus cher au monde? Si elle sait bien que les connaissances chez les personnes de son sexe ne doivent être acquises que dans un but utile, elle s'arrêtera d'elle-même là où elle n'apercevra plus la nécessité de savoir. Presque naturellement les femmes ont en tout du tact. Il est très facile de les pénétrer de ce précepte de Fénelon : « Apprenez-leur qu'il doit y avoir pour leur sexe « une pudeur sur la science, presque aussi délicate que « celle qui inspire l'horreur du vice. » Mais il ne faut pas oublier que ce même Fénelon disait : « L'ignorance d'une (( fdle est cause qu'elle s'ennuie et qu'elle ne sait s'occu- « per innocemment ». — Et tout cela peut s'accorder.

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