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de Mme de Vergennes au milieu des embarras qui avaient suivi son veuvage. Admis dans la familiarité de la retraite de Sannois, il y avait fait naître un sentiment que justifiaient, à défaut dé la jeunesse, — il avait près du double de l'âge de Clary, — une grande droiture, des goûts simples et une intelligence ornée. Un portrait de Clary tracé à ce moment la représente : « de taille moyenne, mais bien proportionnée, fraîche et d'un embonpoint gracieux, avec de beaux yeux expressifs, noirs comme ses cheveux, des traits réguliers, bien qu'un peu forts, une physionomie sérieuse au repos, bienveillante et aimable, dès qu'elle s'animait.... »
En changeant de nom, Mme de Rémusat ne changea ni de milieu, ni de vie. Sous la direction de son mari, elle continua d'étendre et de fortifier son éducation, se mit^u latin, traduisit Horace, s'essaya à Tacite, jalouse sans doute en cela de suivre l'exemple de Mme de Lafayette et de Mme de Sévigné, mais sans autre pensée que de profiter pour elle-même de ce commerce et d'en partager le fruit avec ceux qu'elle aimait. Une maternité précoce — elle avait dix-sept ans à peine — acheva d'assurer à son foyer un bonheur plein et doux. C'est avec une reconnaissance très pénétrée qu'elle se reportait à ces premières années de tendresse satisfaite et de studieux repos. Elle n'allait pas à Sannois que le sentiment ne lui en remontât délicieusement au cœur. Dès ce jour, activité intellectuelle, activité morale, don de soi-même, elle était en possession de tous les intérêts, de tous les mobiles, de toutes les jouissances de
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sa vie. « Je lis, je pense, je rêve, écrivait-elle à son mari en voyage.... Vous souririez, si vous voyiez par combien de projets, d'espérances, d'illusions, mon imagination se plaît à remplir le vide où je me trouve sans vous. ... Je dresse des plans, ... j'ai des conversations avec des personnes intéressantes, je m'amuse à faire parler des interlocuteurs, à leur répondre, je conte, je discute, tout cela dans mon fauteuil, les bras croisés, ou dans mon lit, en attendant le sommeil.... Ce qui ne veut pas dire que je sois un songe-creux. 11 y a du bon, du solide dans mes rêveries. Je fais de la morale, de la raison. Je me fortifie dans les principes que je dois à l'éducation que j'ai reçue et au bonheur que tu m'as donné.... » « Je suis née pour une vie d'affection, dit-elle ailleurs. Il faut que mon cœur se mêle à tout,.. . qu'il anime mes actions, qu'il s'unisse à mes projets. J'aimerais encore mieux les chagrins qui me viendraient de lui que son inaction. » Et raisonnements ou rêveries se rapportaient alors à son mari, comme elle devait les rapporter plus tard à son mari et à son fds; c'était sa constante pensée. Les événements allaient décider de sa carrière ; les vicissitudes de la fortune, les agitations de la politique, les crises d'une santé délicate en détermineraient le cours ; rien ne devait altérer ce fonds de raison exercée, de sentiment épanoui, d'ardeur et d'effusion dans le dévoûment qu'elle apportait à la vie.
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Mme de Vergennes avait connu Mme de Beauharnais en 1793, pendant Tété qu'elle passa dans un petit village des environs de Paris, au lendemain de la mort de son mari et avant de se fixer à Sannois. Elle l'avait retrouvée alors que Joséphine était devenue Mme Bonaparte, et de Croissy, où elle séjournait chez un ami, elle fréquentait à la Malmaison. Le nom qu'elle portait, la situation qu'avait occupée sa famille sous la monarchie, son esprit, l'avaient mise en crédit, au moment oii le Premier Consul, cherchait dans les débris de l'ancienne société régénérée les éléments de la société nouvelle. M. de Rémusat aurait souhaité entrer au Conseil d'État. Il y voyait le moyen de refaire sa fortune à l'ombre d'une grande fonction, conforme à ses goûts. C'était aussi l'ambition de Mme de Rémusat. Ils avaient l'un et l'autre le souci de l'avenir pour leurs enfants, non moins que pour eux-mêmes. Il leur tardait c< de sortir de l'obscurité et de la gêne. » Bonaparte, qui avait pu apprécier l'esprit judicieux, l'activité réfléchie, les connaissances étendues et la courtoisie de M. de Rémusat, résolut de le prendre auprès de lui, comme Préfet du Palais, 28 novembre 1802. Quatre jours après, il attachait Mme de Rémusat au service de Joséphine.
Les deux premières années de leurs fonctions ne les séparèrent point. Mme de Rémusat suivit son mari en