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CHAPITRE XVI

« Y a-t-il un accord secret entre ceux qui veulent entendre parler de religion le moins possible et ceux qui à force de scrupules rendent ce sujet tellement délicat à traiter que par cela même ils Texcluenl? » Cette réflexion, qui n*est pas de moi, mais qu'une femme distinguée a placée dans un ouvrage remarquable par les sentiments religieux et moraux qui Font inspiré*, frappe ma pensée au moment où je commence ce chapitre. En effet, quand tous les hommes trouvent au fond de leur âme une idée

1. Cet ouvrage serait trop incomplet, on en connaîtrait trop mal l'auteur, si l'on n'y trouvait pas quelque idée de ses sentiments religieux qui se mêlaient à toutes ses opinions et tenaient tant de place dans sa vie. Aussi, quoique ce chapitre ne soit pas fini, et que toute la dernière partie ne se compose que de pens^ies détachées, je n'ai pas hésité û le publier. Ua mère y attachait une grande importance, elle l'a recommencé à diverses reprises; et ce n'est qu'après l'avoir déchiré plusieurs fois qu'elle s'était arrêtée au plan que je donne ici, et dont le commencement seul a été exécuté. Tel qu'il est, ce chapitre peut donner une idée de l'importance qu'elle mettait h la religion ot de sa manière sérieuse et libre de la concevoir. Tout général qu'il est, on pourra facilement aussi entrevoir quel rôle elle destinait à la religion dans l'éducation, et comment, dans l'application, elle l'eût présentée à son élève. Il n'est pas difticile au reste de reconnaître à quelle doctrine reUgieuse sont puisés les principes de ce chapitre. C'est encore une considération qui m'a déterminé à le publier. Nous sommes dans un temps où la religion doit citer Port-Royal. (Note de l'éditeur.)

2. Notice sur le caractère et let écrits de Mme de Stael^ par Mme Necker de Saussure.

172 LEDUCATIO>' DES FEMMES.

nécessaire de la Divinité, quand il se rencontre si peu d'instants dans la vie où ils n'éprouvent le besoin de la prendre à témoin de leurs sentiments ou de leurs actions, il arrive que, par une circonspection timide, frivole ou dédaigneuse, ils évitent de s'épancher entre eux sur un sujet commun à tous, sur le plus grand intérêt de l'humanité. Particulièrement dans la société française, les personnes d'une même classe, je pourrais dire d'une même famille, se font mutuellement un mystère de letirs croyances. Jamais celles-ci ne deviennent l'objet de ces entretiens où chacun apporte une idée de plus pour s'éclairer,- un sentiment nouveau pour se convaincre; il semble que chacun prétende exploiter Dieu à son profit, et croie perdre quelque chose de ce qu'il attend de sa bonté en communiquant aux autres sa inanière de l'aimer, de le comprendre et de le prier.

Celte circonspection, cet isolement des individus dans la même communion, peut avoir ses avantages pour ce qu'on appelle la sociabilité : cela facilite les rapports des gens du monde qui sL souvent meltent au premier rang des obligations humaines la politesse des actions et l'indifférence des sentiraenls. Mais à bien y regarder, une telle disposition procède souvent d'un orgueilleux égo'fsnie assez mal déguisé. De plus elle contrarie le but de la morale chrétienne, qui invite les hommes à l'association par le lien d'une même espérance, et, chez les catholiques au moins, d'une foi pareille. Peut-être, en effet, n'aurionsnous pas bien bon air à nous vanter aujourd'hui de notre unité, lorsque nous n'osons, ni ne voulons nous assurer de notre union. Rien ne prouve que notre accord soit autre chose que du silence. Rien ne nous autorise à confondre notre mutuelle complaisance avec la réserve et la soumission que la religion commande. « Les catholiques, dit « Bossuet*, négligent trop les hvres de controverse. Ap-

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