XIV ETUDE
Correspondance de 1804 à 1814, qu'elle permette de reconstituer en quelque sorte les Mémoires originels, ou tout au moins d'en retrouver l'exacte inspiration. On y peut suivre, saisie sur le vif, non seulement telle ou telle impression de passage, mais la succession des sentiments divers, qui, du Consulat à Waterloo, traversèrent l'âme de Mme de Rémusat et expliquent les contradictions de son jugement.
Son admiration grandit, comme elle devait décroître, peu à peu. Elle avait commencé par la confiance, cette confiance que le duc Victor de Broglie exprimait avec tant de force, lorsqu'il décrivait « la société, le pays, la civilisation, se relevant, par enchantement, à la voix du nouveau César et sous sa main puissante ». Ce sentiment de renaissance universel se doubla d'une gratitude particulière, quand les hautes charges vinrent, elle et son mari, les trouver. Sa fortune lui avait été une surprise. « Est-elle méritée, écrivait-elle à M. de Rémusat? Qu'avons-nous fait pour la Révolution, qui justifie la faveur de la situation où nous sommes? » Elle n'en jouissait pas d'ailleurs sans inquiétude. Dès les premiers temps, dans la période qui aurait dû être, à ce qu'il semble, la période d'ivresse, elle se trouvait mal à l'aise en « ce pays maudit ». Elle en détestait l'excitation, l'intrigue, le sourd et perpétuel tangage. La fièvre y règne. On a beau parler modestie dans les désirs, bienveillance dans les sentiments; les jalousies sont allumées, les passions fermentent, la contagion des petites haines chemine. C'est de 1805 que date ce ta-
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