‹ Par un moine bénédictin--Chapitre 106 sur 187 · ATTITUDE DU PARTI LIBÉRAL · texte numérisé non relu

ATTITUDE DU PARTI LIBÉRAL

l'examiner et de la discuter, sans forfaire à ses devoirs d« filiale soumission envers l'Eglise (1).

De l'état d'esprit dessiné par ces lignes et du concert de toutes les habiletés et souplesses dont nous venons de parler, naquit la brochure demeurée célèbre : la convention du 15 septembre et V encyclique du 8 décembre, où Mgr Dupanloup parvint, en la sollicitant avec habileté, à donner de l'encyclique un commentaire tel que le ministre Rouland en disait : « Oh! mais l'encyclique de Mgr Dupanloup, nous en voulons bien; elle n'est plus reconnaissable. » Le Dr Friedrich a cité une lettre deMontalembert tout ravi encore de l'habileté consommée de la brochure orléanaise : « L'évêque (d'Orléans) a fait, dit-il, un véritable tour de force, ni plus ni moins; sa brochure est un petit chef-d'œuvre d'éloquent escamotage (2). » M. Lagrange (3) et l'abbé Rouquette (4) tombent en extase eux aussi devant cette conception prestigieuse; mais Rome avait des raisons pour être peu satisfaite d'un commentaire qui « éteignait » l'encyclique. Par l'ordre de Pie IX, Mgr Dupanloup fut discrètement invité à donner à son peuple le vrai sens de ce document apostolique qu'il avait éloquemment défendu déjà contre de calomnieuses interprétations.

Dans les lettres de M. de Falloux à l'abbé de Solesmes, il court, sous la courtoisie persévérante des formes, un sourd grondement de colère mal contenue.

Mon très révérend ami, vous me croyez peut-être mort, et vous êtes sans doute tenté de me traiter comme tel. Je viens donc vous apprendre qu'il y aurait là quelque exagération de votre part. Je déplore de plus en plus la séparation qui se creuse entre l'organe principal du clergé (le Monde) et tant de cœurs droits, tant d'intelligences élevées; et puisque vous, qui y pourriez quelque chose, ne le tentez pas, je m'y résigne et j'en appelle à des temps meilleurs.

Ne me croyez pas pour cela en révolte latente contre l'encyclique et le Syllabus. Je n'ai même pas eu le moindre effort à m'imposer pour m'y soumettre. Vous rappelez-vous que je vous répétais sans cesse, au Bourg-d'Iré, que l'on entrait dans de bien grandes colères et que l'on voulait mettre le feu partout pour des querelles qui roulaient sur bien peu de chose? N'est-ce pas ce qui est arrivé le jour où l'encyclique a paru? Aucun catholique n'a eu la pensée de refuser sa soumission. Ce n'est point l'évêque de Poitiers, c'est le cardinal de Besançon qui monte sur la brèche, et c'est à l'évêque d'Orléans que Pie IX adresse un bref de félicitations (5).

Ainsi c'était sans raison que Rome avait parlé, sans motif que l'école libérale avait tremblé. Simples questions de personnes ou menues riva-

(1) L'Eglise et VEtat. Morceaux divers (Post-scriptum, 1867).

(2) Histoire du Concile du Vatican, t. II, chap. xli.

(3) Vie de Mgr Dupanloup, t. II, chap. xxn, p. 456 et suiv.

(4) UEvêque d'Orléans. Notes et Souvenirs (1879), chap. xxxi, 111.

(5) Lettre du 2 mai 1865.

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lités exaspérées par des prélats trop batailleurs : après comme avant L'encyclique, M. de Falloux ne voulait voir autre chose dans tout ce bruit. Il y avait pourtant autre chose et le gouvernement ne s'y méprit Au mois de mars 1865, durant la discussion de l'adresse et à propos des rapports de l'Eglise et de l'Etat, il plut à M. Rouland de rééditer di anï le Sénat, dans un réquisitoire très étudié et très venimeux, tous les griefs des vieux gallicans et des parlementaires contre les doctrines nltramontaines. Pour M. Rouland, l'ultramontanisme était l'ennemi. Le vice-empereur était tout pénétré de regret pour les traditions de cette vénérable église gallicane, « la seule que Napoléon Ier, en signant le concordat, eût consenti à ressusciter »; venaient ensuite avec un éloge pompeux des quatre articles de la déclaration de 1682, le palladium des libertés de l'église de France, des caresses compromettantes à la communauté de Saint-Sulpice : — le tout avec une précision de détails et une exactitude de langage laissant soupçonner que le ministre n'avait pas dédaigné l'aide de canonistes expérimentés; — puis, en face de ces éloges, une large part d'anathèmes contre les ennemis : ennemie, la presse ultramontaine avec le fanatisme de ses excitations; ennemis, les ordres religieux, coupables d'appauvrir le clergé paroissial sur qui pesaient toutes les fatigues, mais que le gouvernement, en échange, entourait de son estime, de sa faveur, de sa considération; ennemis, les ultramontains, coupables d'humilier devant la papauté le pouvoir temporel et d'affaiblir le pouvoir épiscopal; en un mot, la série très complète de ces déclamations auxquelles les sectaires d'aujourd'hui n'ont rien ajouté.

J'arrive à un fait plus grave, disait l'orateur avec un redoublement de solennité et comme effrayé à la pensée de révéler un secret trop plein d'horreur; je demande compte au parti ultramontain de la destruction de la liturgie française. Pourquoi la détruire, cette vieille liturgie de nos pères et la remplacer par la liturgie romaine? Pendant longtemps les papes, je le sais, ont désiré faire disparaître ce qui était à leurs yeux comme une protestation de l'église particulière de France en face de l'Eglise de Rome. Ils ne l'avaient pas entrepris. Le parti ultramontain, dom Guéranger en tête, avec sa ténacité ordinaire, s'est mis à l'œuvre et, sans tenir compte des regrets, des souffrances, des supplications de Fépiscopat, il est arrivé à son but. Pourquoi changer ainsi nos chants, nos hymnes, nos prières? Pourquoi prier autrement que nos pères?... On balbutie le mot d'unité, mais le vrai dessein est de briser le peu qui restait encore des franchises gallicanes.

Et après avoir ainsi donné un regret aux liturgies disparues, après avoir déploré avec une compassion que jusqu'alors on ne lui avait pas connue, la servitude où gémissait l'épiscopat, le ministre prenait en main la défense de la civilisation moderne et plaidait devant le Sénat la cause du parti libéral, « de ce petit parti remarquable par le talent et les convictions, séparé des ultramontains par des haines implacables », parti

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