‹ Par un moine bénédictin--Chapitre 126 sur 187 · CRITIQUE DE M. D'HAUSSON VILLE · texte numérisé non relu

CRITIQUE DE M. D'HAUSSON VILLE

pas seulement profit, il y a beaucoup d'agrément à être contredit et critiqué d'une façon si courtoise et si douce. Les choses théologiques me sont si étrangères et de leur nature elles sont si ardues, elles réclament pour les bien comprendre une science spéciale d'une si difficile acquisition, qu'autant que j'ai pu, j'ai évité de me hasarder sur ce terrain. Tout au plus ai-je osé expliquer tant bien que mal la nature des questions que mon récit m'obligeait à indiquer au lecteur (1).

On aurait pu contester la valeur de l'excuse; car M. le comte d'Haussonville avait très nettement pris parti sur une question de doctrine, et contre l'enseignement de l'Eglise. A la suite de la manœuvre savante de l'évêque d'Orléans, tout le parti libéral semblait entré dans une résolution commune de négliger les enseignements du Syllabus. Mais s'il esquivait le point de vue des doctrines, l'historien appelait son critique sur les questions de fait où il se croyait moins vulnérable.

Je n'ai d'assurance, disait-il, que sur le terrain des faits que je crois avoir étudiés de près, avec détails, et sur lesquels j'aurai de plus en plus à faire des révélations, je crois, assez inattendues, particulièrement sur le séjour du pape à Savone et le concile de 1811. Ce sont ces faits que je soumets à la clairvoyance du clergé, sans prendre sur moi de m'en servir comme d'arguments pour l'incliner vers telle ou telle ligne de conduite vis-à-vis des autorités existantes.

M. d'Haussonville poussait même la déférence jusqu'à réclamer la correction de l'abbé de Solesmes en faveur des articles que publiait alors la Revue des Deux Mondes, avant que ces articles n'entrassent dans la composition d'un volume nouveau, et s'excusait de ce qu'il appelait son indiscrétion.

Vous vous l'êtes attirée, monsieur, disait-il en terminant, par votre courtoise manière d'entrer en discussion avec quelqu'un qui n'a d'autre parti pris que de chercher la vérité dans les faits historiques et de laisser chacun en tirer comme lui-même ce qu'il pense être la vérité raisonnable sur des choses qui ont hélas! des aspects bien changeants suivant les circonstances, mais sur lesquelles les consciences honnêtes ne diffèrent jamais très profondément (2).

Invité si courtoisement, l'abbé de Solesme;. poursuivit sa critique. Conformément aux désirs de M. d'Haussonville elle entrait cette fois dans l'ordre des faits. Un historien, ami de la séparation de l'Eglise de l'Etat, désireux de voir se briser les liens qui unissaient encore les deux pouvoirs, devait être entraîné par système et peut-être à son insu à juger défavorablement le concordat, à en diminuer la nécessité, à en atténuer l'importance, à réduire les avantages qu'en avait obtenus

(1) Lettre du 26 mai 1868.

(2) Ibid.

l'Eglise, en un mot à le considérer comme un contrat léonin où l'Eglise s'était amoindrie par un souci exagéré de ses biens matériels et avait laissé la puissance civile confisquer pour elle seule presque tout le profit. C'était très exactement le cas de M. d'Haussonville. Les faits qui faisaient ombre à sa thèse demeuraient chez lui presque inaperçus. Vingt mille prêtres exilés rendus à leur patrie et à leur ministère, le schisme étouffé, l'abrogation de toutes les lois antérieures qui proscrivaient le culte insermenté, le rétablissement en France de la religion catholique, la reconnaissance officielle de cette Eglise romaine avec qui on traitait de puissance à puissance, la hiérarchie légitime restituée, la doctrine religieuse librement prêchée, les consciences apaisées, les sacrements administrés, la perpétuité du sacerdoce assurée par la liberté rendue aux séminaires, de tels avantages conférés à l'Eglise ne devaient-ils pas entrer en ligne de compte pour estimer avec équité la portée du concordat de 1801? Ne devait-on pas en toute justice s'abstenir de confondre 1801 et 1811 et juger le concordat dans son objet précis, dans les avantages de son présent, dans son rapport avec une période douloureuse dont il avait pour dessein de clore définitivement les anxiétés, et non d'après les interprétations violentes et despotiques qui furent ensuite le fait d'une ambition démesurée? L'acte sauveur du concordat consenti par Pie VII ne pouvait être à l'origine diminué par les violences futures qu'il avait précisément pour dessein de conjurer. Après tout, n'était-ce point l'honneur de Rome de n'avoir pas commencé un concordat par la défiance et de n'avoir pas prévu les articles organiques? Il était trop facile aussi d'écarter le reproche adressé à l'Eglise d'avoir vendu une part de son indépendance pour émarger au budget de l'Etat.

M. d'Haussonville s'était laissé entraîner à dire un mot des doctrines ultramontaines, « redevenues aujourd'hui à la mode (1) ». Cette réflexion légère ne pouvait passer inaperçue, elle fut gravement relevée. Après avoir observé que les doctrines ultramontaines étaient même en France la croyance de l'immense majorité des catholiques et que, sauf d'imperceptibles exceptions, tout ce qui viendrait désormais de Rome serait toujours accepté purement et simplement, dom Guéranger se croyait en droit de donner cette leçon :

Il serait à désirer que les adversaires du prétendu ultramontanisme, qui n'est que la croyance des catholiques dans le monde entier, se missent bien dans l'esprit que ceux qu'on appelle ultramontains sont tels par motif de conscience. On peut être gallican par intérêt personnel; mais il y a peu à gagner pour ce monde à être ultramontain. Il suit de là que ceux qui le sont, — et en fait de catholiques aujourd'hui, c'est à peu près tout le monde, — ont toute l'indépendance que donne une conviction. C'est dire assez qu'ils ne changeront pas, ni

(1) L'Eglise romaine et le premier Empire, t. Ier, introduction, p.

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