‹ Par un moine bénédictin--Chapitre 131 sur 187 · LES DÉCLARATIONS DE SAINTE-CECILE · texte numérisé non relu

LES DÉCLARATIONS DE SAINTE-CECILE

bibliothécaire de la sainte Eglise romaine et qui, comme régulier et à raison de ses études spéciales, voyait affluer à lui les causes monastiques de l'Orient, éprouvait pour ses chers méchitaristes, pour les antonites du Liban, pour les missionnaires réguliers envoyés en Orient, des soucis analogues à ceux de l'abbé de Solesmes au sujet des moines d'Occident.

Avant que dom Maur Woltcr n'arrivât en France, le P. Laurent Shepherd était venu au cœur de l'hiver accomplir tardivement son pèlerinage ordinaire et, malgré les résistances de dom Guéranger, avait emporté pour l'abbaye de Stanbrook les déclarations de Sainte-Cécile, qui y furent adoptées sur l'heure et d'enthousiasme, à la grande satisfaction du révérendissime président, le P. Burchall. « Plus je pense à ce grand événement, écrivait dom Laurent Shepherd, plus je m'en étonne. Tout y est merveilleux. Le consentement du père président est une bénédiction. H parlait de vous, mon vénéré père, si respectueusement et avec tant d'éloges que votre pauvre fils avait la tentation de l'embrasser. » Ce n'était pas la seule conquête, nous allons le voir, que devait accomplir ce règlement de vie monastique au lendemain même de sa rédaction.

« Combien je regrette, écrivait à dom Bastide l'abbé de Beuron, que notre révérendissime ne puisse point publier au moins le premier volume de la vie de notre bienheureux père saint Benoît avant l'ouverture du concile! Nous prions pour que Dieu lui inspire de le faire. Ce serait si important pour faire triompher la réforme de Solesmes (1). » Dom Guéranger, lui, ne se hâtait pas. Les empressements ne lui étaient pas familiers; une longue expérience lui avait appris l'opportunité des saintes lenteurs. Peut-être se défiait-il un peu de l'ardente activité déployée à Saint-Martin de Beuron. « Dites à l'excellent abbé Maur qu'il ne manque pas de venir conférer avec moi. Je ne prendrai la plume qu'après que nous aurons causé ensemble. Au reste, je serai court : vingt à trente pages et en latin (2). »

Auparavant il se hâta de voir les siens à Marseille et d'encourager de sa présence le pusillus grex du prieuré de Sainte-Madeleine. A son retour commencèrent les conférences projetées. Dom Maur était arrivé à Solesmes le 9 mai. Les déclarations qui devaient servir de complément à la règle dans l'abbaye de Saint-Martin de Beuron n'étant pas rédigées encore, il s'épargna de refaire le travail achevé par l'abbé de Solesmes et, se bornant à traduire en latin sous les yeux de dom Guéranger les déclarations de Sainte-Cécile, les adopta pour sa congrégation naissante. Puis vint en discussion le projet de fédération monastique. Dom Guéranger n'estimait pas que, pour se défendre contre l'ambition et l'esprit de conquête, Tordre bénédictin dût renoncer à son

(1) Lettre de D. Bastide à D. Guéranger. 4 avril 1869.

(2) D. Guéranger à D. Bastide, 8 avril '1869.

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histoire. Il remania dans un sens plus traditionnel les bases proposées déjà par l'abbé de Saint-Paul, dom Zelli. Abbé de la veille ou de l'avantveille, le révérendissinie dom Wolter témoignait une grande déférence à l'avis de dom Guéranger et partageait tous ses principes; mais ce projet de fédération était un peu né de lui : il y voyait le salut de l'ordre bénédictin, une chance de figurer grandement au concile et un moyen de se faire dans l'Eglise un rang très honorable parmi les sociétés religieuses plus modernes. Ici comme souvent la divergence tenait à des pensées secrètes et à une diversité originelle des points de vue.

Pourtant l'abbé de Solesmes ne voulut pas se dérober. H s'appliqua à définir les bases d'une union fraternelle qui permettrait aux réguliers de se défendre efficacement au concile et en dehors du concile, tout en respectant l'autonomie des congrégations et des monastères.

L'ordre de Saint-Benoît dans son essence n'est pas une milice active, écrivait-il, mais une école de la vie contemplative; et les moines qui sont voués à la recherche de leur propre et individuelle perfection dans le silence du cloître, dans la célébration de l'office divin, dans le travail, l'obéissance, la mortification et la stabilité n'ont pas besoin de l'organisation centralisée, nécessaire aux milices actives de l'Eglise, afin que chacun des membres de ces milices puisse être employé aux utilités diverses auxquelles il est voué par sa vocation. Ceux qui sont entrés dans ces ordres cherchent l'action pour procurer la gloire de Dieu; le moine choisit le repos laborieux du cloître afin d'habiter avec Dieu.

Nous ne pouvons nous défendre d'appeler l'attention du lecteur sur cette dernière réflexion. Ce serait une grave méprise de n'y voir qu'une formule banale ou une précaution de circonstance contre un travail d'inféo dation. Tout dom Guéranger est dans ces lignes. Dieu lui avait donné de relever en France l'ordre de Saint-Benoît et de rattacher à l'esprit du saint patriarche son humble restauration. Il n'ignorait pas l'histoire monastique ni la pente facile qui parfois entraîne à de fâcheuses déviations des œuvres qui avaient bien commencé. L'exemple de la congrégation de Saint-Maur finissant dans le philosophisme était d'hier. Il avait pour l'intégrité virginale de la conception monastique que Dieu lui avait inspirée un amour si grand qu'il ne consentit jamais à surcharger la vie des siens d'une œuvre d'éducation qui lui eût fourni la base du recrutement de son monastère. A plus forte raison se maintenait-il étranger à l'adoption de tous procédés industriels quels qu'ils fussent; et le rouge lui montait au front lorsqu'il apercevait le nom de bénédictin servant de recommandation à une liqueur ou à un cosmétique. Mais il redoutait encore pour sa famille religieuse des infiltrations plus subtiles et par là même plus perfides. Il ne blâmait pas chez d'autres congrégations ces directions spéciales, nées de circonstances historiques impérieuses; simplement, il n'en voulait pas pour les siens. Le souci de

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