‹ Par un moine bénédictin--Chapitre 137 sur 187 · REFUS D'ASSISTER AU CONCILE · texte numérisé non relu

REFUS D'ASSISTER AU CONCILE

Pie IX. la joie et le désir que le pape avait exprimés de revoir dom Guéranger : « Votre absence désolerait des amis plus nombreux que vous ne pensez et serait un triomphe pour la minorité qui se fera bruyante pour dominer (1). » Louis Veuillot avait obtenu une audience du pape au commencement de décembre. Pie IX avait fait cette remarque :

— Dom Guéranger ne vient pas.

— Il est très souffrant, avait répondu Louis Veuillot; mais il travaille pour la papauté.

— Je sais qu'il est souffrant, avait dit le pape, je sais son bon et rude travail; mais il ne vient pas. Je regrette qu'il ne vienne pas (2).

Lorsqu'il vit bien que dom Guéranger était résolu à ne pas se rendre au concile, l'évêque de Poitiers ne le tint pas quitte.

Mon révérend et bien cher père, lui écrivait-il, nous attendons avec vif désir et impatience votre travail qui viendra bien à point, et votre personne qui serait encore ici à temps opportun, si vous arriviez avant le carême. Voyez ce que votre santé vous permettra. La brochure fera un vrai bien; il nous la faudrait ■ici absolument avant le 10 janvier. L'archevêque de Cambrai et moi sommes les seuls Français nommés par le suffrage universel à la commission de la doctrine. Vous pensez si certaines gens se remuent. Us sont un peu matés à cette heure, mais ils ont bien des façons de se reprendre aux branches (3).

Le cardinal Pitra de son côté avait fait agréer au judex excusationum les motifs qui avaient retenu l'abbé de Solesmes loin du concile. Il commençait à s'incliner devant la décision prise.

Le temps obstinément détestable contre lequel les plus robustes peuvent à peine lutter depuis un mois m'a rendu votre absence moins regrettable. Si vous eussiez été ici, votre énergie n'aurait pu suffire à réagir. Nous attendons pour nos étrennes votre mot à Mgr Maret. Mgr du Mans a perdu la gageure du 15 décembre; ne me faites pas perdre celle du 15 janvier 1870 (4).

Mais le 20 janvier, rien n'était venu encore, et Mgr Fillion écrivait :

Votre brochure nous arrivera, je l'espère, la semaine prochaine; ce sera le moment le plus opportun (5).

Autour de la question de l'infaillibilité pontificale et de l'autorité souveraine du vicaire de Jésus-Christ, il s'était fait tant de bruit et le parti libéral avait accumulé tant d'obstacles que la discussion qu'on voulait écarter s'imposa à raison des efforts conjurés contre elle. Le concile

(1) Lettre du 24 novembre 1869.

(2) Elise Veuillot à D. Guéranger, 5 décembre 1869.

(3) Lettre du 19 décembre 1869.

(4) Lettre de décembre 1869.

(5) Lettre du 19 janvier 1870.

300 DOM GUÉRANGEK

était à peine ouvert qu'il fut universellement saisi du problème; déjà dans les discours prononcés sur le premier schéma, de la foi catholique et des erreurs naturalistes, chacun sentait que la préoccupation était ailleurs et que les arguments songeaient à l'infaillibilité, alors même qu'ils n'en prononçaient pas le nom. Les publications du parti libéral avaient créé une tension extrême. La pensée des évêques se contenait dans les réunions conciliaires, mais au dehors se traduisait plus librement. Une neuvaine de prédications dans toutes les langues fit entendre à Saint- André délia Valle la grande voix de Mgr Berteaud et de Mgr Pie. L'écho ne s'en était pas affaibli encore le 20 janvier 1870, lorsque parut le livre de dom Guéranger : De la Monarchie pontificale à propos du livre de Mgr de Sura, « fruit merveilleux et comme spontané d'une maturité théologique dont on citerait peu d'exemples, a dit l'évêque de Poitiers. Les pères du concile y trouvèrent la solution que tant de sophismes leur dérobaient, et les derniers nuages furent dissipés (1). »

L'abbé de Solesmes avait calculé l'heure et, afin d'être lu facilement, s'était appliqué à ramasser dans une concision puissante sa réponse aux deux volumes de Mgr Maret. La brochure ne compte pas trois cents pages.

H faudrait un livre d'une dimension quadruple de l'ouvrage de Mgr de Sura, disait dom Guéranger dans sa préface, pour élucider toutes les questions de fait qu'on y trouve rassemblées. Heureusement ce travail est inutile. Dès longtemps il a été répondu péremptoirement à toutes les difficultés historiques à l'aide desquelles le gallicanisme essaya trop longtemps d'imposer à l'Eglise une autre constitution que celle qu'elle a reçue de Jésus-Christ. Usant de la liberté que tout auteur donne à la critique sur un livre qu'il publie, je me permettrai de présenter ici quelques considérations sur les questions posées par Mgr l'évêque de Sura, en soumettant préalablement au lecteur divers préjugés qui me paraissent de nature à infirmer considérablement la portée du livre (2).

Vient ensuite l'exposé de divers préjugés décisifs contre la thèse gallicane, telle qu'elle se produit dans le Mémoire de Mgr Maret : c'est la première partie. La seconde est consacrée à l'examen de cette question : l'infaillibilité personnelle du pontife romain peut-elle être l'objet d'une définition doctrinale qui en fasse un dogme de foi catholique?

Le prétexte dont s'était couvert Mgr Maret pour écrire son livre, c'était la paix religieuse à rétablir dans l'Eglise. La paix, demandait l'abbé de Solesmes, était-elle donc menacée? Quel étrange procédé que

(1) Oraison funèbre de D. Guéranger. Œuvres de Mgr l'évêque de Poitiers, t. IX, p. 65.

(2) De la Monarchie pontificale à propos du livre de Mgr l'évêque de Sura, 2e édit, p. 3.

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