‹ Par un moine bénédictin--Chapitre 141 sur 187 · EFFORTS DE L'OPPOSITION · texte numérisé non relu

EFFORTS DE L'OPPOSITION

par les flatteries de gens qui n'en savent pas plus que lui et qui ont trouvé une distraction assez neuve à entendre un cliquetis de noms propres et de termes inconnus, qui les lançait pour quelques quarts d'heure dans une région qu'ils ne soupçonnaient pas et qui doit leur rester à jamais étrangère (1).

L'abbé de Solesmes ne voulut pas laisser sans réponse même un mémoire anonyme mais qui trahissait une plume française, imprimé à Naples sous ce titre : Observationes quœdam de infallibilitatis Ecclesiœ subjecto (2); non plus que la lettre à Mgr l'archevêque de Malines où l'évêque d'Orléans contestait l'opportunité de la définition et élevait contre une décision pontificale la barrière de six difficultés qu'il regardait comme invincibles à une autorité spirituelle prudente (3). C'était le dernier effort d'une opposition à bout d'arguments et incapable désormais, malgré son éloquence et sa souplesse, de poursuivre la lutte doctrinale. L'évêque d'Orléans se résignait à la définition redoutée et réservait toutes ses forces pour la discussion du libéralisme et des idées modernes, que l'on sentait communément devoir venir après épuisement du schéma sur l'Eglise et l'infaillibilité. M. de Falloux, habituellement si maître de lui-même, ne parvenait plus à dissimuler son dépit. La divulgation toujours mal démentie d'une parole peu mesurée sur le besoin qu'avait l'Eglise d'un 1789 qui renouvelât sa constitution, l'embarrassait; il s'en prenait un peu étourdiment à l'archevêque de Cambrai qu'il appelait M. Régnier, et à l'improbité morale de la cour romaine. Oublieux de tout ce qui avait été écrit au Correspondant sous ses yeux et de l'attitude du parti depuis 1867, il se défendait par beaucoup de paroles d'avoir prétendu donner à l'Eglise des conseils, alors qu'il n'avait voulu, disait-il, que donner des renseignements : défaite peu habile, puisque ces renseignements et ces conseils avaient si souvent pris le ton des plus hautaines sommations.

La discussion doctrinale épuisée, l'opposition, comme tous les partis vaincus, se laissa entraîner aux résolutions désespérées. Si l'on ne pouvait triompher de la majorité, ne pouvait-on du moins la fatiguer? L'obstruction n'est-elle pas un procédé pour les parlementaires aux abois? C'était trop peu de spéculer sur la fatigue des pères du concile et même sur la mort du pape : on appelait de ses vœux je ne sais quel événement inattendu, une révolution, une invasion italienne qui eû1 entraîné la prorogation; enfin l'on s'efforçait de provoquer une intervention du pouvoir civil qui pouvait seule conjurer une décision désormais imminente. Le récit que M. Emile Ollivier en a donné nous dispense de

(1) Troisième défense de l'Eglise romaine..., p. 52.

(2) Réponse aux dernières objections contre la définition de V infaillibilité du pontife romain, 40 pas:es in-8°.

(3) De la définition de Y 'infaillibilité pontificale à propos de la Mire de Mgr d'Orléans à Mgr do Malines, 48 pages in-8 .

rappeler aux catholiques de tristes appels adressés au bras séculier, l'indépendance de l'Eglise livrée par des évêques, et néanmoins maintenue grâce aux conseils de M. Guizot, grâce surtout à la fermeté de M. Emile Ollivier. L'attitude du cabinet français envers le concile réglait alors l'attitude de tous les cabinets européens. L'empereur, sollicité par son grand-aumônier, hésitait; le cabinet était partagé : tout tenait à un fil.

Je conduisis aux Tuileries, dit M. Emile Ollivier, M. Guizot qui m'avait prié de l'y conduire. La conversation en vint aux affaires du concile et à l'intervention. L'empereur demanda à son visiteur ce qu'il en pensait.

— H y a des difficultés, répondit M. Guizot, qui n'existent que si on les accepte : n'acceptez pas celle-là.

— Vous avez raison, dit l'empereur (1).

M. Emile Ollivier avait été toujours hostile à toute idée d'intervention; il adressait au marquis de Banneville, ambassadeur de France à Rome, les instructions suivantes :

Veuillez dire à nos évêques libéraux que notre abstention n'est pas de l'indifférence, c'est du respect, c'est surtout de la confiance. Leur défaite serait bien amère si, par son intervention, le pouvoir civil ne l'avait pas empêchée, et leur victoire aura tout son prix s'ils ne la doivent qu'à leurs propres efforts et à la force de la vérité (2).

N'était-il pas naturel que la liberté de l'Eglise menacée par des évêques fût défendue par des protestants et des politiques?

Il y eut d'autres tristesses encore, plus amères s'il est possible. M l'âge ni les douleurs physiques n'avaient ralenti l'ardeur du comte de Montalembert; et, du lit où le clouaient ses souffrances, il n'avait pas cessé de suivre avec une anxiété passionnée les péripéties de la lutte engagée à Rome et de la controverse partout soulevée par le concile. 11 ne se souvenait plus, il ne voulait plus se souvenir des doctrines professées autrefois et s'indignait que l'on pût confondre, avec le gallicanisme du P. Gratry qu'il applaudissait aujourd'hui, le gallicanisme qu'il avait poursuivi de ses éloquents anathèmes un quart de siècle auparavant. Ses vœux maintenant allaient à la thèse du prévôt Dôllinger l'apostat de demain, du P. Hyacinthe l'apostat d'hier « qu'il chérissait de la tendresse d'un vieillard et d'un mourant pour le fils chéri de son âme (3) ». Il partageait toutes les indignations de l'évêque d'Orléans, tous les dépits de M. de Falloux, et, avec la passion de sa véhémente nature,

(1) L'Eglise et VEtat au concile du Vatican, t. II, chap. vu, p. 137.

(2) Ibid., p. 232.

(3) Lettre de Montalembert au P. Hyacinthe, 29 septembre 1869. — Lecanuet, Moniabmbert, t. III, chap. xx, p. 449.

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