‹ Par un moine bénédictin--Chapitre 143 sur 187 · LE BREF DU 12 MARS · texte numérisé non relu

LE BREF DU 12 MARS

tout pour le mieux. Mais après avoir été à la peine, il est juste qu'il soit au triomphe. Il faut qu'il vienne vers le mois de mai et qu'il signe au concile (1).

L'évêque de Poitiers se promettait de corrompre le médecin et de faire prescrire un voyage en Italie; mais, à la suite surtout des travaux de ces derniers mois, la santé de dom Guéranger ne lui eût permis aucun déplacement.

Tout en avertissant l'abbé de Solesmes du complot tramé contre lui, l'évêque du Mans disait l'impression produite à Rome par le bref qui avait honoré la Monarchie pontificale.

Pour ceux qui voudraient faire échouer le concile, le bref a été comme un coup de foudre. Us prétendaient que le pape devait rester impartial et se démettre aux mains du concile qui leur semble une assemblée constituante. Ici c'a été un événement d'autant plus remarqué que votre livre a été lu par tout le monde et a eu le succès le plus complet. Tous les jours encore on me charge de vous adresser les compliments les plus reconnaissants. J'en omets beaucoup, mais je ne puis taire ceux du cardinal Capalti (2).

De son côté, le cardinal Pitra était fier de son abbé.

Je reste persuadé, disait-il, que l'abbé de Solesmes présent au concile n'aurait pu y faire tout le bien qu'il y a produit par ses écrits, encore qu'ils y aient été distribués en trop petit nombre d'exemplaires. Le bref adressé par Pie IX vous a semblé bien fort : eh bien! dites en France que le pape en avait successivement dicté deux autres beaucoup plus énergiques encore, tellement que l'on crut bien faire de supplier Sa Sainteté de supprimer quelques passages; et le dernier, le définitif, n'est qu'un diminutif de ses deux frères aînés (3).

S'adressant à dom Guéranger lui-même, le cardinal lui racontait par le menu l'histoire de cette rédaction.

J'ai appris du très saint père lui-même que votre bref, qui a produit ici un éclat dont vous n'avez pu avoir idée peut-être, quoique le plus intéressé, avait été retouché trois fois. Le saint père m'exprima son regret d'avoir atténué la première forme. Il me restait à connaître le texte primitif. Rencontrant Mgr Mercurelli, je lui parlai si nettement des trois rédactions qu'il crut que je les avais lues, surtout le passage sur les opinions gallicanes où l'on avait dit d'abord : loties improoatas et sœpius damnatas (4).

Pourtant la minorité tenait bon et affectait de regarder comme la pensée d'un docteur privé les assertions de Pie IX.

(1) Lettre de Mgr Fillion à D. Guéranger, 9 mars 1870.

(2) Lettre du 3i mars 1870.

(3) Lettre de M. Guavs des Touches à D. Guéranger, 12 mai 1870.

372 DÛM GUÉRANGER

La minorité demeure ce qu'elle était, écrivait Févêque du Mans : elle ne veut que gagner du temps et attend telles circonstances qui dissoudraient le concile avant que la question fût terminée. Elle nous a inondés de brochures à l'approche des fêtes de Pâques. Vous avez reçu celle du cardinal Rauscher en latin teutonique. Je ne sais si vous connaissez celle de Ketteler qui est un abrégé de Mgr de Sura, celle du cardinal de Schwarzemberg qui repose tout entière sur la distinction du siège et de la personne. Il y a eu enfin celle du Dr Hefele, évêque de Rottenburg, qui, revenant sur ce qu'il a écrit dans son Histoire des conciles, soutient qu'Honorius a erré comme pape et a été condamné comme tel par le sixième concile. Il vous passe complètement sous silence.

Tout ce fracas allemand, mon bien cher père, n'a en rien détruit l'heureuse impression produite par vos écrits, et je ne crois pas être aveuglé par l'amitié en vous assurant qu'ils ont été le plus important événement du concile. Votre article sur la lettre de Févêque d'Orléans est de nature à éclairer les esprits fascinés par son éloquence brillante et tumultuaire (1).

Du Lac, à V Univers, appréciait de même les écrits de dom Guéranger.

En lisant ces réponses, où la vraie science justifie si puissamment la vraie doctrine, nous ne pouvons nous défendre de voir quelque chose de providentiel dans la maladie qui a retenu dom Guéranger à Solesmes et l'a empêché de se rendre au concile. A Rome, il n'aurait pas pu nous donner ces œuvres lumineuses auxquelles nos gallicans n'ont même pas essayé de répondre et qu'ils ne réfuteront jamais. Nous aurons souvent à revenir sur ces admirables écrits : ils forment un arsenal où désormais tout journaliste catholique devra chercher ses meilleures armes. Aujourd'hui en rendre compte, comme on dit, serait assez inutile puisqu'ils sont dans toutes les mains. ïï ne serait pas possible par ailleurs de les analyser : le savant bénédictin n'écrit pas pour le plaisir de faire des phrases; chacune de ses paroles porte et tout résumé est nécessairement incomplet (2).

Si désormais il était devenu évident que la question doctrinale était placée en pleine lumière, ne pouvait-on par l'intrigue politique réussir là où la discussion avait échoué? Au nom de la minorité, Mgr Bravard, évêque de Coutances, inclinait M. Thiers à se faire nommer ambassadeur au concile. On croyait encore que l'empereur se prêterait à ce dessein et que les services autrefois rendus au saint-siège par l'ancien ministre de Louis-Philippe lui assureraient, encore qu'il ne fût pas catholique, une influence réelle sur Pie IX et peut-être sur la majorité. M. Thiers. trop habile pour se laisser prendre à ce rôle, protesta qu'il avait beaucoup à faire et se refusa à solliciter cette mission (3). M. Thiers s'étant retiré, on songea à M. de Corcelles. M. Cochin protesta. « M. de Corcelles!

(1) Lettre du 27 avril 1870.

(2) U Univers, 21 avril 1870.

(3) Lettre de du Lac à D. Guéranger, 12 avril 1870.

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