DERNIERS JOURS DU CONCILE
ecclésiastique n'avait pas connus. L" ton s'était contenu dans l'exoide; mais il s'éleva ensuite à tel point qu'il valut à l'orateur gallican un rappel à l'ordre auquel sa surdité lui épargna d'obtempérer. Ce fut le coup de grâce. Le cardinal de Angelis prenant la parole consulta l'assemblée sur la clôture de la discussion générale. L'immense majorité se leva en signe d'approbation; la clôture fut prononcée. Il restait quarante-six orateurs inscrits qui durent renoncer à la parole ou réserver leurs arguments pour la discussion des articles.
On pressent avec quel intérêt l'abbé de Solesmes suivait ce; débats lointains auxquels il assistait vraiment, grâce à l'évêque de Poitiers, à l'évêque du Mans et au cardinal Pitra. « Le désarroi paraît grand dans la minorité (1) », écrivait le cardinal Pitra au commencement de juin, lorsqu'on entrait dans la discussion spéciale. Il y eut dans les rangs de la minorité du flottement, de la lassitude, des hésitations, finalement des adhésions à la majorité conciliaire; — quelques-uns disaient des défections. Le quatrième article relatif à l'infaillibilité fut promptement abordé. On ne parut pas se souvenir d'une bulle de Léon X déclarant qu'à partir du mois de juillet le séjour de Kome est funeste aux étrangers et la fête de saint Pierre se passa sans que le concile eût achevé son œuvre. Le fruit ordinaire d'une discussion doctrinale, lorsqu'il s'y mêle un degré de passion, c'est non de réduire mais d'exagérer encore la distance des esprits. Au sein du concile, le gallicanisme avait d'ailleurs accompli une évolution considérable. La déclaration de 1682 reconnaissait que les décrets pontificaux devenaient irréformables par l'accession tacite de l'épiscopat; la minorité de 1870 avait été entraînée par sa situation même à exiger que l'épiscopat concourût et de façon antécédente à la formation du décret. En donnant à son livre ce titre : De la Monarchie pontificale, dom Guéranger avait écarté ce système d'une oligarchie ecclésiastique, inauguré par l'assemblée de Constance, renouvelé de Eicher, prôné par l'évêque de Sura, mais que Bossuet lui-même eût nettement réprouvé.
Comment expliquer que le 4 juillet les quarante-deux orateurs inscrits pour prendre la parole dans le concile et parmi lesquels se trouvaient les opposants les plus résolus, Mgr Dupanloup, Mgr Strossmayer, Mgr Darboy, renoncèrent à se faire entendre? Comment les meneurs de la minorité n'eurent-ils pas au moins l'inspiration d'attendre jusqu'à l'arrivée d'une dépêche qui ce jour-là même leur était expédiée de Paris pour leur aire en clair : « Tenez bon quelques jours, la Providence vous envoie un secours inespéré »? Or ce secours inespéré, c'était la guerre, déjà reconnue inévitable dans les régions officielles et dont la déclaration allait disperser les évêques et renvoyer à une époque indéterminée la
(1) Lettre du 6 juin 1870.
définition dont on voulait à tout prix l'ajournement Mais il était trop t ard : les orateurs avaient renoncé à la parole le matin; la discussion était close.
Le dépit causé par un tel contretemps se traduisit dans une brochure nouvelle : La dernière heure du concile, écrite de la même main et conçue sous la même inspiration que son aînée : Ce qui se fasse au concile : manœuvre de la dernière heure qui provoqua la réprobation et le dégoût. Une tentative de Mgr Dupanloup s'efforça d' obtenu- de Pie IX qu'il consentît, pour rallier à lui la minorité, à insérer d'autorité dans le décret trois mots qui eussent consacré le gallicanisme : innixus testimonio ecclesiarum. A ce prix, Mgr Dupanloup s'en portait garant, l'adhésion eût été unanime (1). Le pape eût été supérieur au concile, tout au moins pour prononcer qu'il ne l'était pas. Manifestement le trouble envahissait les esprits. Enfin le 17 juillet, l'évêque d'Orléans offrit au souverain pontife « un moyen très simple de conjurer les maux affreux dont l'Eglise était menacée par la définition »; c'était de renoncer de lui-même, dans un sentiment d'éminente modération, à confirmer le vote du concile et d'écarter de lui au moins pour le présent l'honneur de l'infaillibilité qui lui était déféré. Il était malaisé de pousser plus loin l'audace. Le saint père se borna à dire après avoir lu : Mi prende per un ragazzo (2)? Le soir même l'évêque d'Orléans quittait Rome. Le 18 juillet eut Heu la proclamation. Le lendemain la guerre éclatait entre la France et la Prusse : le secours invoqué était arrivé quelques heures trop tard.
(1) Lettre à Pie IX, 16 juillet 1870.
(2) U. Maynard, Mgr Duyanlowp et son historien M. Lagrange, 2 partie, p. 286.