‹ Par un moine bénédictin--Chapitre 148 sur 187 · LA COMMUNE · texte numérisé non relu

LA COMMUNE

funérailles de la Commune. On y préluda par une bataille de jour et de nuit, qui dura sans discontinuer du lundi 22 mai au dimanche suivant, 28 mai, fête de la Pentecôte. Les Tuileries, le ministère des finances, la Cour des comptes, le palais de justice, l'hôtel de ville, des rues entières furent la proie des flammes. Notre-Dame et la Sainte-Chapelle n'échappèrent à l'incendie que par la promptitude des secours. Prisonnier depuis le 6 avril, l'archevêque de Paris, Mgr Darboy, avait vainement essayé d'échapper aux mains du gouvernement de l'émeute, en négociant un échange de sa personne contre Blanqui. Le 24 mai à huit heures du son, dans la compagnie du sénateur Bonjean, de l'abbé Deguerry curé de la Madeleine et d'autres prêtres et religieux, il sortit de la Roquette pour aller à la mort. Le lendemain vit le martyre des dominicains de l'école Albert-le-Grand. Le surlendemain, ce fut le massacre de la rue Haxo où tombèrent avec le P. Ollivaint, le P. Caubert et le P. de Bengy, des religieux, des prêtres et des soldats auxquels se joignit l'ancien postulant de Solesmes, Paul Seigneret. La Commune n'eut pas le temps, mais le temps seul lui manqua pour achever son œuvre sanglante : il restait encore à la grande et à la petite Roquette treize cents otages à massacrer.

La leçon était effrayante, venant au lendemain d'une guerre déjà désastreuse; mais en France tout s'oublie, tout s'efface. Nous avons des trésors d'indulgence pour les plus sinistres personnages et, non contents de les réhabiliter, s'ils savent attendre, nous les mettons à la tête des affaires publiques et les supplions de nous gouverner. La leçon ne devait pas suffire : les châtiments, les ruines, le démembrement, le sang versé ne furent bientôt plus que des événements comme les autres; les meilleurs se bornèrent à les maudire, sans songer aux fautes nationales qui avaient armé la main de l'émeute. Un instant sous le coup d'une terreur suprême, la nation avait semblé se tourner vers Dieu et l'Assemblée nationale avait demandé la bénédiction de Dieu sur ses travaux. Mais le chef du pouvoir exécutif n'avait qu'un souci : combattre le cléricalisme qu'il trouvait prépondérant dans l'Assemblée, née des élections de 1871 et suspecte à ses yeux de n'être pas la vraie représentation du pays. Aussi nourrissait-il le projet d'amener la dissolution de cette nouvelle Assemblée introuvable, afin de placer définitivement la France sous le régime qui nous divise le moins, la république, une république sage, honnête, conservatrice, confiée à la présidence de M. Thiers. Grâce à ue patients efforts, M. Thiers devait réussir; aujourd'hui encore nous jouissons de son succès.

Je me suis remis au travail dès Le commencement d'août, écrivait dom Guérang) r à M. de Rossi, au moment où les Prussiens envahissaient la France. Ce labeur a été pour moi une utile distraction au milieu de nos malheurs. J'ai mis

en train une vaste monographie de sainte Cécile dont la première partie contiendra les origines de l'Eglise romaine jusqu'à la paix de Constantin. Cécile y occupe la place d'honneur comme résumant en elle les deux Kome. Je suis arrivé au pontificat de Victor où je commence à parler de Calixte d'après votre beau travail. Zéphyrin viendra bientôt avec la crypte cécilienne devenue la crypte des pontifes. Il va de soi que je ne marche qu'avec vous et par vous. Ma seconde partie renfermera presque exclusivement l'épisode cécilien depuis le quatrième siècle jusqu'à la découverte du tombeau par vous en 1853. Malgré ma mauvaise santé, je pousse mon travail avec autant de vigueur qu'il m'est possible. H me faudra du temps pour achever, et c'est pourquoi, dès que notre pays sera pacifié et que l'on pourra reprendre les œuvres httéraires, je donnerai la troisième édition de Sainte Cécile, extraite de mon grand ouvrage qui ne paraîtra que plus tard. Daigne le ciel nous rendre les temps où la science peut être cultivée! Vous avez su comment la France a failli sombrer dans la barbarie (1).

Ainsi au déclin de sa vie l'abbé de Solesmes revenait à ces origines romaines qui avaient été l'objet privilégié de ses premières études. Le cercle s'achevait là où il avait commencé. Dieu, par de menues trouvailles, encourageait son ouvrier : avant de venir occuper sa place à l'abbaye, M. Cartier avait visité Rome; des indications fournies par M. et Mme Ratel lui avaient signalé chez un brocanteur une copie de la sainte Cécile de Maderno, exécutée une quarantaine d'années auparavant. L'adresse du brocanteur avait été heureusement conservée : M. Cartier se rendit via de' due Macelli, 86. 0 bonheur! la statue n'avait pas encore trouvé d'acquéreur. Elle fut sur-le-champ obtenue, réparée, emballée, expédiée de Civita-Vecchia à Marseille, de Marseille en gare de Sablé. « J'arriverai à Solesmes avant elle », écrivait M. Cartier (2). Les nouvelles de Rome étaient sombres; les travaux de M. de Rossi étaient déconcertés par l'insouciance absolue de l'administration italienne, trop occupée ailleurs pour veiller à la tutelle des catacombes; une grande solitude s'était faite autour du cardinal Pitra qui en souffrait cruellement.

Vous n'avez pas oublié, écrivait-il, combien j'aimais la vie commune et comment, dès le lendemain de ma profession, il m'a fallu me trouver seul, souvent en pays étranger et aux prises avec d'inextricables difficultés. Je demandai ce matin à saint Jean-Baptiste (la lettre est datée du 24 juin) de m'expliquer cet isolement ou de me dire au moins où cela doit aboutir. Lui aussi aimait la vie de famille et il va au désert. Il aimait Jésus et sa société : à peine il l'entrevoit et meurt. Faudra-t-il le suivre en sa prison et n'y suis-je pas déjà (3)?

On le voit, la plaie saignait toujours. M Rome, ni les honneurs n'avaient

(1) Lettre du 4 juin 1871.

(2) Lettre du 21 juin 1871.

(3) Lettre du 21 juin 1871.

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