L'UNIVERSITÉ D'ANGERS
l'œuvre qu'avaient autrefois bénie les souverains pontifes Eugène IV et Clément V, il ne restait rien. Tout était à relever et l'évêque d'Angers savait trop l'évangile pour n'avoir pas supputé d'avance la somme d'efforts, les dévouements personnels et les dépenses que nécessiterait la résurrection de son antique université. Il avait très sagement compris que, dans l'état actuel de la France et avec l'obligation de trouver sur l'heure tout un personnel enseignant, des professeurs de droit, de médecine, de sciences, de lettres, de théologie, à la fois religieux et instruits, il était impossible, sous peine de se vouer à un échec certain, de constituer en France plus de deux ou trois universités libres; et il estimait non moins sagement que ce ne serait pas trop d'un grand effort régional accompli ensemble pour réaliser dans l'ouest de la Fiance l'œuvre conçue par lui. Tours, Le Mans, Laval avaient promis leurs concours; mais Mgr Freppel redoutait non sans raison que Nantes et la Bretagne ne voulussent créer une œuvre rivale. L'établissement de deux universités libres, à trois heures de chemin l'une de l'autre, lui semblait devoir être néfaste et préparer à bref délai la chute de l'une ou de l'autre ou peut-être de toutes deux. Une telle rivalité, pensait-il, eût été déplorable; elle ne pouvait que réjouir les ennemis de l'Eglise, et alors que jamais Nantes n'avait connu d'université, une possession de huit siècles semblait créer à Angers un titre à n'être pas dépossédé. Rome d'ailleurs encourageait vivement son entreprise.
L'évêque d'Angers n'ignorait pas la part qu'avait eue l'abbé de Solesmes dans l'élévation de Mgr Fournier à l'épiscopat. H savait aussi l'estime que l'évêque de Nantes professait hautement pour la personne de dom Guéranger; il réclama le concours de son influence afin d'assurer à l'université d'Angers un appui sans lequel il croyait presque compromise la cause de l'enseignement supérieur. En même temps il sollicitait directement, par un plaidoyer très habile, auprès de Mgr Fournier, que la Bretagne reprît ses traditions anciennes et, pour ne pas éparpiller des ressources qu'il importait au plus haut point de concentrer, consentît à former encore une des nations de la nouvelle université. Il y avait un précédent puisqu'en 1849 les évêques de la province de Tours réunis à Rennes en concile avaient décrété la création à Angers pour toute la province d'une école de hautes études. Nous ne savons pas ni n'avons à rechercher quels furent ou les motifs ou les influences qui semblèrent prévaloir un instant auprès de Mgr Fournier. Ni l'habileté de Mgr Freppel ni l'intervention de l'abbé de Solesmes n'eurent tout d'abord grand succès. Le chagrin qu'il en ressentit ne découragea point l'évêque d'Angers et le temps qui use tout finit par lui donner raison au moins auprès du diocèse de Nantes; le reste de la Bretagne se joignit à l'université de Paris.
A cet échec momentané vint bientôt s'ajouter un plus grave ennui. Les querelles soulevées par le concile du Vatican, nous l'avons dit,