II
n'étaient pas apaisées encore; nulle passion ne se range en un instant. Louis Veuillot n'avait pas posé les armes et, en même temps que sa rude verve s'exerçait contre la révolution et les complaisances qu'affectait pour elle le gouvernement, sa polémique n'avait pas consenti à se détourner des hommes qui pour lui représentaient toujours l'ancien parti gallican et dont la molle politique lui semblait trahir à la fois l'Eglise et la patrie. Lorsque l'évêque d'Orléans en coquetterie avec M. Thiers s'associa par son vote et un témoignage formel de confiance à l'ajournement indéfini des pétitions catholiques en faveur du pouvoir temporel du souverain pontife, la France catholique eut un sursaut de surprise et d'indignation de se voir trahie par ses chefs. L' Univers, « le moniteur du catholicisme » (l'expression est de M. de Belcastel), s'étonna de ce scandaleux abandon. On pouvait penser que V Univers ne gémissait que de l'insuccès d'une campagne qui avait été menée par lui; mais il était impossible de prêter un souci personnel à la protestation de l'évêque de Versailles, lorsqu'il écrivait à un député de l'Assemblée nationale :
Ce qui vient de se passer à Versailles est une nouvelle douleur ajoutée à toutes nos poignantes douleurs. Pourquoi les réclamations de plus de cent mille catholiques sont-elles écartées d'une manière si leste et si peu digne? Il y a des hommes qui par leur position et leur caractère devraient être les premiers à la brèche et y entraîner tous les bons. Us ont du talent et de la célébrité. Us pourraient faire beaucoup pour le triomphe des principes, mais on ne sait quelle crainte les arrête tout à coup. Qu'est-ce que cela signifie? c'est pour nous un mystère. Auraient-ils quelque vue surhumaine que nous n'avons pas ou bien se seraient-ils mis par leurs antécédents dans l'impossibilité de servir utilement l'Eglise (1)?
Ces paroles désignaient presque nommément Mgr Dupanloup. Aux 'félicitations nombreuses qui accueillirent sa protestation, Mgr Mabile put comprendre qu'il avait dit la pensée de la France catholique. L'Univers donna de la publicité et des commentaires à cette lettre. Un peu plus tard survint une conversation avec le R. P. Petetot, supérieur de l'Oratoire, au sujet d'éloges sans réserve que le P. Perraud avait décernés en Sorbonne à la mémoire du P. Gratry. Le P. Petetot n'était pas un ennemi; il enveloppait la leçon dans l'éloge en disant à Louis Veuillot : « Me sera-t-il permis d'exprimer un vœu qui me tient fort au cœur? Combien je serais heureux et d'autres avec moi de voir la noble cause de l'Eglise qui nous est si chère, défendue avec des armes toujours parfaite* ment dignes d'elle! Elles n'en deviendraient selon moi, dans des mains comme les vôtres, que plus redoutables et plus puissantes (2). » A la fin
(1) Lettre du 25 mars 1872. (VUnivers, 28 mars 1872.)
(2) Lettre à VUnivers, 31 mars 1872. (VUnivers, 5 avril 1872.)