‹ Par un moine bénédictin--Chapitre 158 sur 187 · INCIDENTS POLITIQUES · texte numérisé non relu

INCIDENTS POLITIQUES

gnation et de paix, de cette paix assurée à quiconque prend sa conscience comme guide et Pie LX pour modèle (1).

Ces dernières paroles portaient d'autant plus sûrement que Mgr Dupanloup avait invité le comte de Chambord à solliciter l'avis du souverain pontife; et l'évêque d'Orléans attachait un prix extrême à la solution, puisque pour l'obtenir conforme à ses vues il avait écrit au cardinal Antonelli et au souverain pontife. Pie IX avait lu la lettre et écrit en marge : Non responsione secl commiseratione cligna (2).

Par un concours heureux, l'évêque de Poitiers était à Rome en même temps que M. de Vanssay; l'historien de Mgr Pie nous a appris comment l'évêque devenu pour un instant le conseiller du trône rédigea sur la prière de M. de Vanssay le programme général d'une royauté et d'une politique chrétiennes (3); mais c'était très précisément la royauté et la politique que les cljefs de l'école libérale prétendaient écarter au moyen de l'incident du drapeau. Ne serait-ce pas un souvenir de cette excursion d'un instant sur le terrain de la politique, un écho à l'invitation de gouverner hardiment qu'il avait donnée à l'exemple de Bossuet et aussi un douloureux pressentiment que nous trouvons dans les paroles de l'évêque de Poitiers à son peuple :

L'expérience dira, si elle ne l'a pas assez dit encore, ce que les nations auront dû de stabilité, de prospérité, de liberté à ces monarchistes éprouvés, dont le système exclut simplement toute volonté sérieuse du monarque et par suite tient assez volontiers sa personne à l'écart, quand elle ne se montre pas suffisamment disposée à se laisser annuler (4).

« Mon bien cher père, écrivait Mgr Pie, je désire aller vous voir en me rendant à Laval, au sacre de Mgr Sebaux. Serez- vous chez vous vendredi soir, 2 mai (5)? » C'était la première fois depuis la fondation de Sainte- Cécile, que l'évêque de Poitiers revoyait Solesmes, et on se souvient peutêtre qu'il avait conçu quelque inquiétude que cette fondation nouvelle ne nuisît à V Année liturgique et à la Vie de saint Benoît. Il vint comme il s'était annoncé; il regarda attentivement et après examen déclara préférer à toutes les fondations de dom Guéranger cette dernière fondation, comme lui ressemblant plus que les autres. Peu de temps après, il fit parvenir à Mme l'abbesse de Sainte-Cécile un exemplaire de ses œuvres, avec ces mots :

(1) L'Univers, 25 février 1873, citant V Espérance du peuple de Nancy.

(2) U. Maynakd, Mgr Dupanloup et son historien M. Lagrange, 2e édit., 2e partie, p. 299, en note.

(3) Mgr Baunard, Histoire du cardinal Pie (2e édit.), t. II, chap. iv, p. 504 et suiv.

(4) Homélie pascale au retour d'un voyage, ad limina, Pâques 1873. Œuvres de Mgr Vévêque de Poitiers, t. VII, p. 511-512.

(5) Lettre du 29 avril 1873.

« Souvenir d'une visite à l'abbaye de Sainte-Cécile en stipulation d'un souvenir au nécrologe de l'abbaye après ma mort.

Louis-Edouard, évêque de Poitiers, 3 mai 1873. »

« Pendez-vous, écrivait de son côté l'abbé de Solesmes à dom Gardereau alors absent : nous avons eu Mgr de Poitiers deux jours et vous n'y étiez pas (1). » Et à Louis Veuillot : « Mon très cher ami, Mgr de Poitiers, que nous avons eu ici quelques jours, serait heureux de voir insérer dans V Univers son homélie du jour de Pâques. L'exemplaire que je vous adresse de sa part est corrigé de sa main; d'où vous conclurez qu'il désire beaucoup l'insertion. Je ne la désire pas moins que lui (2). » Sans doute V Univers estima que l'homélie était trop ancienne déjà et d'ailleurs trop connue pour avoir besoin d'être reproduite. Le mois de mai de cette année 1873 fut d'ailleurs plus que tout autre riche en incidents politiques considérables. A la même heure des élections partielles montraient nettement le progrès du radicalisme, tandis que M. Thiers, après avoir prononcé son intimation fameuse à la république d'être conservatrice ou de n'être pas, devenu par ses habiletés mêmes le prisonnier de la gauche, entrait ouvertement en conflit avec la portion conservatrice de l'Assemblée nationale, donnait sa démission au sortir de la séance du 24 mai et laissait la présidence au maréchal de Mac-Mahon. Un nouveau ministère était constitué dont le chef était le duc de Broglie. Quelques jours après, un pèlerinage national réunissait aux pieds de Notre- Dame de Chartres plus de quarante mille pèlerins, cent quarante députés de l'Assemblée nationale, des officiers en grand nombre, quatorze évêques. A défaut de l'homélie de Pâques, V Univers inséra le discours prononcé à Chartres par Mgr Pie. Jamais le politique chrétien, l'évêque pieux et fort, le fils et le client de Notre-Dame de Chartres ne fut mieux inspiré.

Les affaires publiques s'inspiraient de pensées moins hautes. Avec le duc de Broglie, le libéralisme était monté au pouvoir. Le message présidentiel, signé Mac-Mahon mais écrit par le président du nouveau conseil des ministres, ne contenait que la plus pure doctrine parlementaire. Oublieux de leur propre expérience, les hommes qui prétendaient gouverner et sauver le pays mettaient une sorte d'obstination à se diminuer eux-mêmes, à s'incliner devant des fétiches et à se priver en une heure décisive de la vigueur que leur eût donnée cette vérité chrétienne qu'ils n'osaient proclamer tout entière. H n'était pas question de l'Eglise; le nom de Dieu n'était prononcé qu'à la faveur d'une

(1) Lettre du 5 mai 1873.

(2) Lettre du 12 mai 1873,

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