‹ Par un moine bénédictin--Chapitre 159 sur 187 · LES CONSTITUTIONS DE BEURON · texte numérisé non relu

LES CONSTITUTIONS DE BEURON

interjection; le « magistrat chargé du pouvoir exécutif » se regardait comme le délégué de l'Assemblée, eu qui réside l'autorité véritable et qui est l'expression vivante de la loi. Ceci une fois entendu, il était non seulement superflu, mais il était provocant de dire que le gouvernement devait être et serait énergiquement et résolument conservateur, puisqu'il était au pouvoir de l'Assemblée, par le simple jeu d'un déplacement de majorité, de signifier au gouvernement le devoir de se soumettre ou de se démettre. Une fois de plus la France était le sujet, l'âme élue sur qui on expérimenterait la doctrine libérale; l'effort de la prière nationale devait finalement échouer contre cette prétention.

Les constitutions de la congrégation de Beuron avaient été soumises à Rome à un examen prolongé. Au bout de quinze mois d'études et de lenteurs, elles obtinrent enfin l'approbation pontificale. L'abbé de Solesmes apprit la nouvelle avec joie, encore qu'il s'y mêlât pour lui personnellement une part de mortification; mais il avait l'âme préparée et si bien faite. La congrégation des évêques et réguliers, apprenait-il, en laissant intact l'ensemble des constitutions, avait jugé à propos de supprimer la déclaration d'union fraternelle et sans dépendance qui eût créé un lien officiel avec la congrégation de France, pour rattacher la famille bénédictine nouvelle à la congrégation du Mont-Cassin.

Ce changement, lui écrivait-on d'Allemagne, nous a affligés d'une manière d'autant plus vive que nos rapports avec la congrégation de France avaient été si intimes que nous lui devions une bonne part de nos institutions monastiques. Qu'il me soit permis de vous dire, au nom du révérendissime père abbé et de tous les membres de notre congrégation, que si un trait de plume a suffi à nous refuser extérieurement, pour des motifs graves sans doute, le bénéfice d'une union qui existait déjà tout entière, rien ne pourra jamais diminuer la reconnaissance ni refroidir l'affection qui nous unit aux moines de Solesmes et avant tout à Votre Paternité révérendissime. C'est avec joie que nous avons appris que Votre Paternité travaille avec une ardeur infatigable à la Vie de sainte Cécile, et nous attendons avec un vif désir l'œuvre nouvelle qui, nous assure-t-on, sera parfaite sous tous les rapports. Mais notre révérendissime père abbé me charge de demander bien humblement si notre grand patriarche saint Benoît n'a pas un peu à se plaindre de la vierge martyre ou s'il n'a rien à lui envier. Il ose m'inspirer une telle demande parce qu'il se souvient que l'un de vos fils, le cardinal Pitra, assurait que le but de votre vie était d'écrire celle du patriarche des moines d'Occident (1).

Aux yeux de l'abbé de Solesmes qui n'avait jamais demandé pour lui que d'être agréé de^Dieu en esprit d'humilité, c'était fort peu de chose

(1) Lettre du 30 août 1873.

que le nom de Solesnies effacé des déclarations de la jeune congrégation allemande. On ne pouvait aussi facilement effacer l'histoire des premiers temps de cette congrégation, et, en tout ordre, les liens de fraternité réelle n'ont pas besoin de textes. On ne pouvait davantage ravir à la filiation solesmienne la communauté d'oblates régulières de saint Benoît, dites les Servantes des Pauvres, que le P. Camille Leduc venait de fonder à Angers. Le berceau de l'œuvre fut d'abord, après un essai à Cholet, la maison paternelle du fondateur lui-même, à Angers. Un quart de siècle a suffi à cette famille religieuse pour s'établir non pas seulement à Angers, à Paris, dans l'ouest et le nord de la France, mais pour porter en Belgique et en Angleterre, avec le spectacle de son héroïque confiance en Dieu et de sa charité, la preuve que l'esprit de saint Benoît, après avoir inspiré la vie contemplative, est apte aussi à préparer aux héroïsmes de l'action. Aussi bien une simple mention ne suffit pas : c'est à une histoire complète qu'aurait droit cette glorieuse manifestation de la charité que la sève bénédictine a produite en ces derniers temps. Mais les annales du bien s'écrivent trop lentement.

S'il ne lui était pas toujours possible de fonder, du moins la congrégation de France pouvait recueillir dans son sein une petite institution religieuse dont l'accession l'eût fortifiée en nombre. Trente ans auparavant un jeune acolyte de Saint-Sulpice était venu à Paris entretenir dom Guéranger de son désir de vie religieuse, sans pourtant consentir à le suivre à Solesnies pour se soumettre à l'essai d'un noviciat. L'acolyte était devenu prêtre et, de retour au diocèse de Troyes, avait été mis par son évêque à la tête de la paroisse de Mesnil Saint-Loup. Tout y était à relever. L'abbé André mit sa paroisse sous la protection de la sainte Vierge, avec le vocable de Notre-Dame de la Sainte-Espérance, y organisa un pèlerinage et obtint des résultats merveilleux. Les oppositions ne découragèrent pas son zèle; le mouvement des conversions devint tel qu'il crut pouvoir solliciter de Pie IX l'érection en archiconfrérie de la fraternité de Notre-Dame d'Espérance : il l'obtint. H alla plus loin encore, et, sentant se réveiller en lui le désir de vie religieuse qui l'avait autrefois porté vers dom Guéranger, il s'appliqua à convertir en une sorte de monastère le presbytère de Mesnil Saint-Loup. Mgr Ravinet, évêque de Troyes, avait consenti à donner l'habit religieux à M. André et à un autre prêtre. La congrégation nouvelle était celle des bénédictins de Notre- Dame de la Sainte-Espérance, et M. l'abbé André prenait le nom de P. Emmanuel.

L'œuvre ne se rattachait jusque-là à aucune famille bénédictine existante et n'avait de bénédictin que le nom. Après quelques démarches demeurées infructueuses, le P. Emmanuel pour en assurer la durée et la vie vint à Solesmes en juillet 1873 et remit entre les mains de dom Guéranger les éléments qu'il avait réunis autour de lui. Mgr l' évêque de

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