‹ Par un moine bénédictin--Chapitre 18 sur 187 · REVELATIONS · texte numérisé non relu

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et l'étendue de travaux qu'il lui confiait, semblait s'appliquer à le retenir à Eome. C'était l'époque où fidéisme et traditionalisme s'appliquaient de concert à saper l'autorité de la raison. Le pape sollicita de l'abbé de Solesmes un mémoire sur le traditionalisme; le cardinal Fornari qui recevait dom Gùéranger dans son intimité fut chargé de le lui demander.

— Il faudrait une bonne constitution sur le traditionalisme qui menace de gâter les esprits en France, disait le cardinal. Si j'étais pape, je vous en chargerais. Sans doute vous n'accepteriez pas mon offre, car vous aussi, vous êtes traditionaliste.

— Moi, Eminence? répondit dom Gùéranger avec un peu d'étonnement, c'est une plaisanterie. Il n'y a pas d'erreur que je déteste comme le jansénisme, et le traditionalisme y est apparenté.

— Cependant on me l'a certifié, ajouta le cardinal; je le tiens du R. P. R... Et il lui cita un des religieux les plus considérés de Rome.

Le même jour, l'abbé de Solesmes se rendit auprès de son accusateur : « Mon révérend père, lui dit-il, j'apprends de source certaine que je suis pour vous un traditionaliste; voulez-vous avoir la bonté de m'en donner quelque preuve? » En face de cette question directe, l'interpellé se troubla : « Je le croyais, on me l'a affirmé. I\ 'étiez- vous pas d'ailleurs de l'école de M. de Lamennais? Quelle distance y a-t-il entre le traditionalisme et la doctrine du sens commun? » Une fois de plus, dom Gùéranger fut amené à rappeler quelle avait été la nature de ses rapports avec l'abbé de Lamennais et à quelle distance il s'était tenu du système philosophique incriminé. Il y a des préventions de nature très tenace; et plutôt que de prendre contact avec un homme et sa pensée, des esprits simplistes préféreront longtemps encore ranger chacun une fois pour toutes dans une catégorie rigide avec une étiquette verbale, comme pour le retrouver au besoin. Il ne semble pas que ces préventions aient été aucunement partagées par Pie IX, trop assuré pour l'avoir éprouvée souvent de la parfaite orthodoxie de dom Gùéranger.

De longues négociations ne vont pas sans une part de conversations un peu libres, où les esprits qui ont discuté tout à l'heure et tout à l'heure reprendront la discussion, se délassent des difficultés et des litiges par un échange de propos et d'anecdotes. Mgr Bizzarri, alors secrétaire de la congrégation des évoques et réguliers, n'avait pas la réputation d'être très favorable aux réguliers; mais il aimait à conter et avait d'intéressants souvenirs. Il apprit à l'abbé de Solesmes l'imminence du péril couru par lui sept années auparavant, en 1845, lors de l'application de ces mêmes mesures extrêmes dont il venait solliciter la mainlevée. Si sévères et si injustifiées qu'elles parussent, les décisions, qui semblaient alors ruiner de fond en comble les espoirs de la congrégation de France en la maintenant sous la dure main de l'évêque du Mans, pouvaient ressembler à

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une miséricorde. Telles avaient été les instances du gouvernement français auprès de la cour de Rome que le cardinal secrétaire d'Etat et le préfet des évêques et réguliers avaient été sur le point de livrer au ministère le bref de la fondation de Solesmes. Le bref eût été déféré au conseil d'Etat et annulé comme contraire aux articles organiques. Solesmes qui ne vivait que de l'institution apostolique eût perdu son titre à exister; le monastère eût été dispersé sur l'heure. L'opposition de Bizzarri avait mis obstacle à ce plan meurtrier. Les mesures décrétées par le cardinal Ostini auraient eu pour résultat de substituer l'asphyxie lente à une mort rapide.

L'acte de haute conscience accompli en 1845 n'empêchait pas Mgr Bizzarri de tramer une fois encore les choses en longueur et de prétendre que le bref de fondation, grâce à la rédaction habile du P. Rozaven, avait accordé aux bénédictin s^des privilèges exorbitants. C'était un siège à recommencer chaque jour. Sur ces entrefaites, le cardinal Orioli, préfet de la congrégation et, comme tel, président du comité des cinq cardinaux, vint à mourir. Il fallait, pour que les séances fussent reprises, attendre un consistoire et la création d'un nouveau préfet des évêques et réguliers; et il y avait quatre mois déjà que l'abbé de Solesmes avait quitté son monastère. Heureusement le pape vint à son secours et les séances continuèrent sous la présidence du cardinal Antonelli. Les lenteurs de la procédure lui laissèrent du moins le loisir de préparer de concert avec le P. Passaglia un projet de constitution apostolique sur l'Immaculée Conception. Chose remarquable! la pensée de Pie IX avait été tout d'abord d'unir ensemble la proclamation du dogme et le Syllahus et, à l'occasion de la reconnaissance authentique du privilège de Notre-Dame, de tourner contre les erreurs du temps présent la main maternelle qui selon la parole de l'Eglise a vaincu à elle seule toutes les hérésies. A la réflexion il divisa ensuite les deux causes et en fit l'objet de deux actes séparés.

La patience et les instances de dom Guéranger eurent finalement raison de toutes les lenteurs. La faveur du pape et l'influence du cardinal Fornari ne furent pas étrangères à l'heureuse issue qui vint, au commencement du mois de mars, couronner quatre mois de longs travaux. Outre le calendrier propre à la famille bénédictine de France obtenu dès la fin de 1851, toutes les mesures prises en 1845 dans les circonstances auxquelles nous avons fait allusion plus haut et qui ruinaient l'exemption canonique, en même temps qu'elles s'opposaient au développement de l'institution religieuse par elles si durement atteinte, toutes ces mesures étaient rapportées. En cas de vacance, la juridiction sur l'abbaye passait de droit, non à l'évêque mais au prieur institué par l'abbé; l'abbaye de Solesmes rentrait en possession du droit de fonder de vrais monastères exempts comme elle, moyennant qu'ils fussent

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