EFFORT DE SÉCULARISATION
Le succès de ses négociations à Kome, l'amitié de Mgr Pie, la bienveillance marquée du nouvel évêquc du Mans, l'érection de Ligugé l'avaient consolé déjà. Les épreuves portées en commun groupaient autour de lui ses fils dans un sentiment plus affectueux; sans que jamais la bénédiction du nombre lui fût accordée, des vocations de haut mérite lui montraient pourtant qu'il n'avait point souffert ni travaillé en vain. En la fête de saint Pierre et saint Paul, dom Charles Couturier fit profession. Il était dans la pensée de dom Guéranger, nous le savons déjà, le maître des novices longtemps cherché, longtemps attendu. Ainsi se dessinait déjà le lendemain de Solesmes et se réunissaient autour de l'abbé, jusque-là un peu seul, quelquefois même un peu contesté, des éléments nouveaux d'intelligente affection et de cordiale fidélité. L'aurore d'une vie nouvelle se levait enfin. Dans les affections jeunes et empressées que Dieu lui donnait au déclin de sa vie, l'abbé de Solesmes ne vit qu'un encouragement providentiel au travail et à l'effort; c'est à dater de cette époque que sa parole à l'intérieur et à l'extérieur du monastère se répandit avec plus d'abondance et d'autorité, justifiant le mot de nos livres saints : Et ipse tamquam imbres millet eloquia sapientiœ suœ, et in oratione confitcli/hn- Domino.
Cette énergie accrue lui était inspirée d'ailleurs par les pressants besoins de son époque. A toute heure de sa vie, l'Eglise devant l'attitude des pouvoirs politiques a pu comprendre qu'elle était ici-bas pour eux une étrangère, presque une intruse; et il est si facile de devenir l'ennemi lorsqu'on est l'étranger! Le protestantisme, la Kévolution avaient consommé leur œuvre néfaste, en montrant l'un et l'autre comment une société de baptisés peut se constituer en dehors de l'Eglise et durer quand même après s'en être ouvertement séparée. Ces grandes apostasies des peuples se prolongeaient dans un mouvement universel de sécularisation. La société européenne, née de l'Evangile et formée par l'Eglise, avait si bien profité de l'éducation reçue qu'elle donnait congé à son éducatrice. Comme le prodigue de l'Evangile, elle se trouvait en âge de jouir seule de son bien et le réclamait impérieusement. Cet effort de sécularisation ne s'arrêtera plus désormais jusqu'à ce qu'il ait ramené la société à la condition païenne et effacé de la doctrine, des mœurs, des codes, des institutions, de la pensée et du cœur de chacun, tout vestige de l'ordre surnaturel, tout souvenir de l'Eglise, et de Jésus-Christ, et de Dieu. Le chrétien ne s'étonne pas de cette évangélisation à rebours; il y voit le progrès de ce mystère d'iniquité qui, sous les yeux de l'apôtre, se nouait déjà dès la première heure du christianisme.
Lorsque le congrès de Paris, assemblé pour conclure la paix entre la Russie et les puissances coalisées contre elle, s'écartait de la question d'Orient qui était son objet propre et, sur la proposition d'une puissance protestante, recherchait si le bien des Etats pontificaux et l'intérêt de