‹ Par un moine bénédictin--Chapitre 46 sur 187 · II · texte numérisé non relu

II

130 DOM GUERANGER

l'autorité souveraine du pape ne réclamaient pas, avec la sécularisation du gouvernement, l'organisation à Kome d'un système administratif conforme aux tendances du siècle, les esprits un peu avisés n'avaient nulle peine à comprendre que les Etats de l'Eglise et la puissance temporelle des papes étaient menacés sinon condamnés déjà dans l'aréopage des rois. Quelques-uns s'étonnaient seulement que cette menace de dépossession, si volontiers formulée par des puissances sectaires, si joyeusement accueillie par les ambitions piémontaises, n'eût pas été écartée par la fille aînée de l'Eglise, à l'heure même où le souverain pontife entretenait avec la France les plus affectueuses relations et honorait d'une délégation solennelle le baptême du prince impérial dont il avait consenti à être le parrain. H était d'ailleurs notoire, et l'évêque de Poitiers à son retour de Rome ne le laissa pas ignorer à l'empereur, que le peuple romain était le plus heureux de l'Europe, qu'il payait peu d'impôts, qu'il jouissait d'autant plus de libertés pratiques qu'elles étaient moins écrites dans les constitutions, enfin que l'Etat pontifical n'avait que faire d'une occupation étrangère, si l'Europe ne l'eût sans cesse inondé de sa presse démagogique (1). Mais enfin, si considérable qu'elle fût, cette démonstration au sein du congrès de Paris n'avait été après tout qu'un incident; et, malgré la complicité des pouvons publics, la tendance dont cet incident fournissait l'indice n'aurait sûrement pas obtenu, au cours du demi-siècle qui vint ensuite, de si étonnants succès, si elle n'avait trouvé jusque chez les catholiques un auxiliaire inattendu.

Qu'ils l'aient voulu ou non, — et il n'est que juste de reconnaître qu'ils ne l'ont pas voulu, — les catholiques qui cherchèrent alors à régenter l'Eglise et à lui mesurer, par égard pour les exigences de la société moderne, le champ exact sur lequel il lui était loisible encore d'exercer son action, pactisèrent avec les mécréants qui la congédiaient et firent leur jeu. Je sais qu'on estime aujourd'hui peu séant de revenir sur ces lointaines origines; mais pourtant si elle veut être pour la vie des hommes un guide et une lumière, si elle a le souci de ne rien dire que ce qui est vrai, de ne rien taire de ce qui est vrai, l'histoire impartiale ne saurait s'interdire de reconnaître les responsabilités alors encourues.

Nous avons raconté l'évolution accomplie par le comte de Montalembert quatre ans auparavant ; elle fut considérable et décisive. Sous l'action directe de Mgr Dupanloup se groupèrent en un faisceau compact et en vue d'une œuvre commune, des hommes qui n'avaient pas toujours fraternisé et qui sans doute à la première heure furent étonnés de se "voir réunis. M. de Falloux, M. de Montalembert, M. de Broglie, le P. Lacordaire et d'autres formèrent les éléments de ce que Ton est convenu d'appeler le parti catholique libéral. Ils avaient pour organe

(1) Lettre de Mgr Pie à D. Guéranger, 6 mai 1856.

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