‹ Par un moine bénédictin--Chapitre 5 sur 187 · DIVISION DES CATHOLIQUES I I · texte numérisé non relu

DIVISION DES CATHOLIQUES I I

et ses devoirs, pour ne pas compromettre davantage les intérêts de la religion et lui faire une condition plus difficile (1).

Somme toute, le souverain pontife prononçait que l'église de France pouvait et devait profiter de la loi et il invitait à la concorde les esprits que la discussion avait un instant divisés. Hâtons-nous de le reconnaître : les deux parties de la circulaire pontificale étaient de très inégale difficulté. S'il était aisé à l'église de France de se réunir dans l'usage d'une loi de transaction que l'approbation romaine, sans faire abandon des principes, élevait désormais au-dessus des contestations qui l'avaient accueillie dès la première heure, rien n'était plus délicat que de grouper à nouveau des intelligences séparées maintenant par des divergences doctrinales et profondes. Un large sillon divisait dorénavant les catholiques en deux groupes : ceux qui avaient comme premier souci la liberté de l'Eglise et le maintien de ses droits dans une société encore chrétienne, et ceux qui premièrement s'efforçaient de déterminer la mesure de christianisme que la société moderne pouvait supporter pour ensuite inviter l'Eglise à s'y réduire. Le demi-siècle qui commençait alors a retenti du choc de ces deux familles d'esprits; nous ne saurions nous lasser de le redire, elles ont fait l'histoire de la France actuelle et se survivent dans les tendances qui en sont issues.

En attendant que cette division portât ses fruits, l'évêque de Poitiers, dans ses entretiens avec son clergé, déterminait avec une admirable sérénité et les raisons du conflit que Rome venait d'apaiser, et l'attitude de ceux qui en devenant les serviteurs dévoués de l'Eglise ne cessent pas d'être toujours ses fils. Il fut sans doute difficile à Montalembert de ne recueillir pas quelque chose de cette douce et grave leçon.

Quelques-uns des champions de la loi, disait Mgr Pie, ont paru s'aveugler sur les vices réels qu'elle contenait et, s'offensant des réserves les plus légitimes et les plus nécessaires, ils ont difficilement toléré que l'Eglise se dégageât de toute responsabilité directe par rapport à cette transaction hasardeuse et à certains égards inadmissible. On les entendit s'exhaler en plaintes amères et déclarer qu'il faudrait avoir plus que la vertu d'un ange pour s'occuper des affaires de l'Eglise.

J'avoue, messieurs, qu'il faut beaucoup de vertu pour être digne de traiter des intérêts si sacrés; mais aussi, c'est une si grande grâce et un si grand honneur qu'il n'est pas superflu d'y apporter beaucoup de modestie et de modération. Quand on négocie pour une puissance si haute, il y aurait excès à exiger d'elle un blanc-seing. Toujours encourageante et reconnaissante envers ceux qui se portent pour ses avocats et ses mandataires, l'Eglise ne se livre pas cependant à leur discrétion. Le service qu'on lui rend de la défendre sur quelques points ne crée pas le droit de l'abandonner sur d'autres. Tout en laissant

(1) L'Univers, 18 mai 1850.

à ses défenseurs une grande liberté d'action et de parole et sans vouloir gêner leur manœuvre à l'heure de la mêlée, elle s'applique cependant à ne pas se laisser engager envers des principes qui ne sont pas les siens et elle sait que 1 avantage équivoque et précaire du quart d'heure ne doit en aucun cas être acheté par un sacrifice de sa doctrine ou de sa discipline, qui serait un démenti à son passé et une arme fatale contre elle dans l'avenir (1).

Tout l'entretien de l'évêque de Poitiers se poursuit dans cette note élevée et pleine qui ressemble à la voix même de l'Eglise. « Ne m'enverrcz-vous pas bientôt votre Mémoire sur V Immaculée Conception? écrivait-il à dom Guéranger. Il me tarde de le recevoir (2). » Le nonce Fornari unissait ses instances à celles de l'évêque de Poitiers. Le Mémoire attendu parut en avril 1850. La science et la piété se sont plu depuis un demi-siècle à commenter le privilège qui fut en Notre-Dame l'aurore et comme la promesse de la maternité divine; et il semble que tout a été dit par les Passaglia, les Perrone, les Ballerini, dans les monuments qu'ils ont élevés à la gloire de Marie. Néanmoins aujourd'hui encore la théologie reconnaîtra fructueusement à quel centre d'observation se plaçait l'abbé de Solesmes afin de revendiquer pour la sainte Vierge un privilège que les impressions gallicanes de ses premières années lui avaient fait méconnaître d'abord, mais que sa vaste lecture, un sens théologïque rare, les inspirations de sa piété, l'autorité de la liturgie lui firent défendre avec tant de bonheur. Pie IX dans la suite signalait le Mémoire aux évêques comme l'expression la plus achevée de la foi de l'Eglise.

Il parut sous la devise : Dignare me lauclare te, Virgo sacrata. Trois conditions étaient requises, d'après dom Guéranger, pour que la croyance à l'Immaculée Conception pût être définie comme dogme de foi catholique : que l'Immaculée Conception eût été révélée de Dieu; — puis qu'elle fût ou consignée dans l'Ecriture sainte ou conservée dans la tradition ou même impliquée dans des croyances catholiques antérieurement définies; — enfin que l'Eglise l'eût proposée à la foi des chrétiens par sa profession solennelle et son enseignement ordinaire. Que les docteurs orthodoxes et que la liturgie de l'Eglise témoignent en faveur de l'Immaculée Conception, que les pères et les écrivains ecclésiastiques, que la tradition en un mot ait formellement reconnu à Notre-Dame ce glorieux privilège, l'abbé de Solesmes le démontre avec cette richesse surabondante de documents authentiques et précis que lui fournissait son information étendue : on reconnaît partout en ces pages l'homme de la tradition et de la liturgie sainte. Pourtant l'originalité puissante du

(1) Entretiens sur la nature du gouvernement ecclésiastique et sur quelques questions du moment présent, adressés au clergé diocésain pendant les exercices de la retraite pastorale, 27 août 1850 et 25 août 1851. Œuvres de Mgr Vévêque de Poitiers, t. I, p. 363.

(2) Lettre du 14 mars 1850.

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