M. DE ROSSI
Il fut facile au chevalier de Rossi de se disculper.
Vos adversaires doivent être bien pauvres de moyens contre vous, répondaitil à son ami, s'ils ont cru pouvoir exploiter de la manière que vous me dites quelques mots très simples, très discrets et tels que j'oserais les redire encore. A quelqu'un qui me parlait du mauvais effet que produisait la controverse dans une partie du public français, j'ai témoigné le regret que la paix et la concorde entre catholiques fussent troublées par de telles discussions. Je n'aime la guerre qu'à l'extrême nécessité. Du reste je n'ai parlé que très rarement de ce sujet, à ceux-là seulement qui m'ont interrogé, et toujours dans les termes de l'amitié la plus déclarée pour vous. Je vous remercie de m'avoir averti; je vois qu avec les Français il ne suffit pas de s'en tenir à la mesure de prudence qui suffit avec les Romains (1).
Ainsi tout nuage était dissipé; il ne restait à l'abbé de Solesmes qu'à féliciter M. de Rossi de l'édition de ses Inscriptiones romanœ, de sa Roma sotterranea et des glorieuses découvertes réalisées par lui en 1857. Le plan que M. de Rossi avait dessiné en 1852 de tout le réseau des cimetières de la voie Appienne se trouvait, cinq ans après, confirmé par des monuments positifs; et tout récemment encore, un pressentiment de génie lui avait fait reconnaître, au centre du cimetière de Prétextât, le tombeau du martyr Januarius, l'aîné des enfants de sainte Félicité. On devine la joie de dom Guéranger à voir, sous la main de son ami, reparaître au jour les témoins du second siècle de l'Eglise. Un peu de tristesse lui demeurait pourtant au cœur, lorsqu'il ne parvenait pas à détourner son ami romain de la confiance qu'il avait en Dôllinger et qui lui faisait attribuer à saint Hippolyte de Porto les Philosophumena et le pamphlet contre saint Calixte (2).
(1) Lettre du 7 septembre 1857.
(2) Lettre de D. Guéranger à de Rossi, 14 juillet 1857.