ALBERTUS PRINCEPS DE BROGLD
On reconnaît la formule chère à Montalembert : « L'Eglise libre dans l'Etat libre. » Elle était pour lui non un laissez-passer résigné, donné à l'hypothèse, mais, comme il l'a dit hautement, l'idéal, un grand bien, un grand progrès. Il n'en reviendra plus. Ni le plagiat de Cavour qui s'était donné le malin plaisir de cueillir la formule sur les lèvres d'un catholique, ni le péril que courut un instant à Rome son œuvre de 1853 : les Intérêts catholiques au dix-neuvième siècle, ni les avertissements que les hommes de doctrine ne lui ménagèrent pas, ni enfin les anathèmes de l'Eglise ne parvinrent à le dégoûter de sa triste chimère. Jamais, tant ce mot de liberté l'enivrait, il ne parvint à soupçonner que chez un peuple chrétien la liberté de l'Eglise consiste à exercer sur ceux qui sont à elle sa souveraineté maternelle; jamais non plus, heureusement pour lui, il ne pressentit à quels excès de haine et d'arbitraire se laisserait emporter la politique de séparation qui s'est réclamée et abritée de son nom.
L'année 1862 se termina pour l'abbé de Solesmes par un deuil de famille. Le plus jeune de ses frères, Constantin, devenu curé de La Chapelle-Saint-Aubin, mourut presque subitement à la fin de décembre. Dom Guérangcr l'aimait tendrement. Si la soudaineté de cette mort ne lui permit pas d'adresser à son frère un dernier adieu, il trouva, dans les