‹ Par un moine bénédictin--Chapitre 9 sur 187 · CONCILE DE BORDEAUX · texte numérisé non relu

CONCILE DE BORDEAUX

plus tard au concile du Vatican, Mgr Pie fut nommé de la commission de fide. Il réclama presque impérieusement les notes de l'abbé de Solesmes sur les matières dont il était spécialement chargé, les erreurs contre la foi, l'approbation des livres (1). Ce dernier point était un souci pour l'évêque de Poitiers. Autant il était désireux de maintenir les précautions sages et tutélaires qui garantissent l'orthodoxie et la pureté de la foi, autant il lui paraissait redoutable de constituer aux mains d'un pouvoir métropolitain un droit de censure dont l'exercice se fût égaré parfois pour atteindre non des écrits' dangereux, mais simplement des ouvrages qui avaient le tort de déplaire et des journaux qui manquaient de souplesse. Avant même d'avoir été éclairé par l'expérience, il était naturel de se demander quel usage éventuel ferait de son autorité sur les livres et les imprimés un prélat d'humeur assez despotique, tel que l'archevêque de Paris. Une récente querelle sur l'Inquisition avait remué les esprits. L'abbé Jules Morel avait relevé des affirmations intolérables, échappées au P. Lacordaire sur un point d'histoire qui dérangeait, nous le savons déjà, les conceptions libérales de l'éminent conférencier. Une partie de l'épiscopat s'était émue; on pouvait craindre que les autorités libérales n'usassent de toutes leurs sévérités contre ceux qui ne partageaient pas leur libéralisme. Tout à la fois il s'agissait donc et de maintenir la règle de l'Eglise et de sauvegarder contre l'arbitraire la liberté légitime des écrivains catholiques. L'avenir nous montrera l'opportunité de ces craintes.

Le concile de Bordeaux traita prudemment la question, rappelant la règle générale de l'Eglise sans imposer aux auteurs catholiques ni aux clercs aucune limitation nouvelle de leur liberté; il décréta le retour à l'unité de la liturgie et témoigna de son attachement aux doctrines romaines. Rien n'était moins gallican que la teneur de ses décrets. Les évêques crurent de leur devoir de s'occuper des livres de l'abbé Bernier, dont le gallicanisme faisait scandale. Le lecteur n'a pas oublié peut-être que la troisième lettre de dom Guéranger en réponse au pamphlet de l'évêque d'Orléans avait molesté le vicaire général d'Angers. De là était née son Humble remontrance au R. P. dom Guéranger, abbé de Solesmes (2). Ce n'était encore qu'un manifeste de gallicanisme. La tendance s'était accentuée dans une brochure anonyme, écrite au temps de la présidence de M. Cavaignac, au moment où le préfet d'Angers voulait, de ce vicaire général qui avait su lui plaire, faire un évêque. La brochure portait ce titre : VEtat et les cultes ou quelques mots sur les libertés religieuses. Nous en donnerons tout l'esprit dans une simple citation .

(1) Lettre du 14 juillet 1850.

(2) Humble remontrance au R. P. dom Prosper Guéranger, abhé de Solesmes, sur sa troisième lettre à Mgr l 'évêque d'Orléans, par M. H. Bernier, vicaire général d'Angers (1847).

22 DOM GUERANGER

Dieu n'a confié ni à un individu, ni à tous les hommes ensemble la charge de faire prévaloir ses droits et ceux de la vérité. S'il a mis à notre disposition l'instruction et la persuasion pour agir sur les esprits et sur les ccours, il s'est réservé l'autorité et le commandement; donc toute force, toute coaction, toute gêne appliquée au culte, sous prétexte des droits de Dieu et de la vérité, est une violence inique et sacrilège (1).

Le concile de Rennes avait pu lire ces propositions; mais quel moyen de procéder eanoniquement au cours des sessions contre un personnage que la confiance de son évoque avait associé aux travaux du concile et qui même y avait exercé la charge de promoteur? Du moins le concile de Bordeaux n'avait pas été retenu par cette difficulté, et l'examen de la brochure allait commencer, lorsque survint un incident qui en dispensa et dessaisit les pères de leur dessein (2). A la date du 25 juillet, V Univers insérait un décret de l'Index portant condamnation des deux brochures de l'abbé H. Bernier : Humble remontrance au R. P. dom Prosper Guéranger, abbé de Solesmes, et l'Etat et les cultes.

Les critiques élevées contre le gallicanisme de l'abbé Bernier par Jules Morel, l'abbé Bouix et le chanoine Pelletier auraient dû faire pressentir le décret : il produisit néanmoins l'effet d'un coup de foudre. L'évêque d'Angers s'excusa en protestant qu'il n'était pour rien dans les écrits de M. Bernier et qu'il ne les avait pas lus, ce qui laissait entendre que l'évêque ne se souciait pas des questions de pure orthodoxie. L'abbé Bernier cessa d'être vicaire général d'Angers pour se retirer dans une petite paroisse du Saumurois. La consternation fut grande en certains milieux lorsqu'ils virent censurée, avec la brochure VEtat et les cultes, l'autre brochure. Tout était perdu, si l'Eglise s'armait de ses foudres contre ceux-là mêmes qui adressaient simplement à dom Guéranger une humble remontrance. H advint d'ailleurs ta l'abbé Bernier ce qui est ordinaire aux catholiques suspects de n'obéir à l'Eglise qu'à contrecœur : des voix protestantes s'élevèrent pour lui applaudir.

Ceux qui dans leurs souvenirs remontaient de vingt ans en arrière et suivaient d'un œil attentif la marche des idées et des événements constataient le progrès des doctrines romaines. Le pouvoir pontifical croissait en autorité, à mesure qu'il se dégageait des entraves politiques où il avait longtemps aliéné quelque chose de son entière liberté d'action. Aussi le gallicanisme tenta-t-îl un effort offensif afin de reconquérir les positions perdues et de couvrir les points menacés. L'occasion de cette démonstration lui sembla tout naturellement offerte par le rappel à Rome du nonce Mgr Fornari, nommé cardinal au consistoire de septembre et remplacé à la nonciature par Mgr Garibaldi. La fermeté de

(2) Mgr Pie à D. Guéranger, 4 août 1850.

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