‹ Par un moine bénédictin--Chapitre 92 sur 187 · DOM PITRA, CARDINAL · texte numérisé non relu

DOM PITRA, CARDINAL

rêta une nuit, accablé de fatigue, dans l'un des sites les plus sauvages de la région des Apennins. Il demanda sans succès l'hospitalité aux habitants du village de Royate et se retira à quelque distance dans une cavité rocheuse où il prit son repos. Plus hospitalier et plus accueillant, le rocher aurait gardé l'empreinte encore reconnaissable aujourd'hui d'un corps humain de très haute taille, couché sur le côté droit. Le ciseau d'un sculpteur est-il passé par là afin de traduire d'une façon réelle le récit de la tradition? nous n'oserions le nier : la pierre garde non seulement le dessin du corps mais l'empreinte des vêtements. Mais ce qui est beaucoup moins explicable, c'est que chaque année, vers la fête de saint Benoît, quelquefois dès le 19 mars et toujours le 20 et le 21, le rocher laisse transsuder un liquide d'une parfaite limpidité, qui de la tête et de la poitrine suit la pente douce du rocher et va se déverser dans la petite cavité creusée par le talon de l'homme endormi. On nous assure qu'à l'examen chimique cette liqueur a été reconnue pour être de la sueur humaine. Employée avec foi, elle a souvent apporté soulagement et guérison principalement dans les maladies des yeux.

Dom Bérengier qui avait vu rapportait à son abbé tous les détails de son pèlerinage, apportant ainsi sa contribution à la Vie de saint Benoît. Il racontait aussi son pèlerinage de Subiaco le 21 mars 1863, où il avait été aimablement accueilli par l'abbé Cazaretto. Auprès du Sagro Speco s'étaient rencontrés dans une piété commune des officiers français, des zouaves pontificaux, des prêtres de Cologne, des amis de Solesmes : le chanoine de Charnacé, Mme la marquise de Champagne; ensemble ils avaient reconnu l'emplacement de quelques-uns des douze monastères établis par saint Benoît sur le flanc de la montagne, et ensemble remonté le courant de l'Anio pour y retrouver moins les souvenirs fastueux des palais de Néron que les endroits assignés encore par la tradition aux miracles rapportés par saint Grégoire. La piété du moine solesmien tressaillait d'aise devant ces souvenirs, et lorsque le pèlerinage prit fin, — car tout finit en ce bas monde, — lorsque le pèlerin enthousiasmé rentra à Rome tout chargé de ses souvenirs, ce fut pour y apprendre et surtout pour transmettre à son abbé l'écho de l'affection singulière dont Pie IX usait envers le nouveau cardinal et qui de lui se répandait sur les moines de Solesmes, présentés par la nouvelle Eminence à l'audience du pape (1).

Savez-vous, mon très révérend père, entre les mains de qui j'ai vu à la chapelle Sixtine, durant les cérémonies de la semaine sainte, votre Année liturgique magnifiquement reliée? Entre les mains de Liszt, le fameux pianiste, aujourd'hui aussi bon chrétien que fervent disciple de sainte Cécile. Il ne porte à l'église

(1) D. Bérengier à D. Guéranger, lettres du 22 mars, du 5 avril 1863.

((lie cet ouvrage et a été grandement réjoui, lorsque je lui ai appris la publication prochaine du troisième volume du Temps pascal... M. de Rossi est père d'une petite fille, Maria-Csecilia (1).

Une fois de plus les relations épistolaires s'étaient ralenties entre l'abbé de Solesmes et M. de Kossi; et ce n'était que par le Bulletin d'archéologie chrétienne qu'il était avisé des admirables découvertes de son ami. Les lettres reprirent en mars 1863, après l'article consacré dans le Monde au tome premier des Inscriptions, déjà étudié par dom Pitra. Il restait peu à glaner là où avait passé dom Pitra, Aussi le dessein de dom Guéranger fut-il de présenter au public français, moins le livre que l'auteur en qui il saluait le « prince de l'archéologie chrétienne en nos temps ».

C'est grâce à lui, disait-il, que nous sommes rentrés en possession, avec complète certitude, du cimetière des saints Nérée et Achillée, creusé sous la voie Ardéatine avant la fin du premier siècle, dans des conditions d'architecture et d'ornementation qui en font la plus imposante région des catacombes. Bosio avait pris ce vaste labyrinthe pour le cimetière de Calixte qui ne fut creusé qu'au troisième siècle. Il était encore réservé au chevalier de Rossi de découvrir ce dernier cimetière, moins somptueux que celui de Nérée et Achillée, mais remarquable par la chambre sépulcrale destinée à une partie des papes du troisième siècle, dont quatre inscriptions tumulaires, celles d'Anteros, de Fabien, de Lucius et d'Eutychien, fracturées mais toujours lisibles, jonchaient encore le sol. De là il n'y avait qu'un pas pour retrouver le tombeau de la vierge Cécile, et ce fut l'affaire de quelques jours.

En peu de mots l'article faisait ressortir le prix inestimable de ces découvertes et surtout de l'ensemble des règles judicieuses qui avaient fixé la date des catacombes déjà explorées.

Chaque région de l'immense nécropole souterraine témoignait maintenant de sa date, à un quart de siècle près, pendant une durée de quatre cents ans. N'est-ce pas là une reprise de possession, non seulement des lieux fréquentés par nos pères dans la foi mais des mœurs mêmes de l'Eglise primitive en ce qu'elles eurent de plus intime (2)?

Je vous remercie de tout mon cœur, lui répondait le chevalier de Rossi, de votre article dans le Monde. Il a un grand défaut, celui d'être écrit plus à la louange de l'auteur que de l'œuvre. A chaque ligne on sent que c'est l'ami qui parle et que son cœur bat fortement. Lorsque j'aurai commencé l'édition française de mon Bulletin, il me faudra absolument un article de vous et bien promptement (3).

L'abbé de Solesmes pouvait-il se dérober alors que de Rossi lui disait :

(1) Lettre du 5 avril 1863.

(2) Le Monde, 27 février 1863.

(3) Lettre du 5 mai 1863.

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