‹ Par un moine bénédictin--Chapitre 97 sur 187 · CONGRÈS DE MALINES · texte numérisé non relu

CONGRÈS DE MALINES

devaient un jour trouver un si parfait accueil, ou bien obéissaicnt-iis à cet amour de la tradition vivante dont le mouvement d'Oxford avait réveillé en eux le charme et le besoin : toujours est-il que des ministres anglicans commencèrent dès lors à fréquenter l'abbaye; jusqu'à l'heure de 1901, ils n'en oublièrent plus le chemin.

Dom Guéranger mettait de beaucoup au-dessus de toutes réunions et de tous discours d'apparat cet apostolat discret et tout personnel qu'il exerçait sans sortir de sa vie claustrale. Invité à prendre part au trop fameux congrès de Malines, il renonça sans peine à paraître dans une réunion organisée par les chefs du parti catholique libéral et de laquelle il n'attendait aucun bien. Les questions de doctrine ne peuvent être fructueusement étudiées dans ces assemblées mobiles où l'esprit de parti, la stratégie des habiles et l'éloquence enflammée font acclamer sans peine par des esprits inattentifs les plus inquiétants sophismes.

S'il fut l'âme de ce congrès, Mgr Dupanloup ne le dirigea pourtant qu'à distance. Montalembert semble avoir eu conscience de tout ce qu'il y avait de factice et de tumultuaire dans les applaudissements qui saluèrent les orateurs de l'école libérale.

Le succès, écrit-il à Mgr Dupanloup, a été considérable et incontesté sur place; la jeunesse surtout y répondait avec un enthousiasme frénétique et presque unanime; mais nos adversaires, incapables de répondre, n'en prennent pas moins leur revanche en Belgique comme en France et surtout à Rome, puisqu'ils restent seuls maîtres du terrain par la presse. Tout ce beau feu s'éteindra faute d'un journal pour l'entretenir (1).

Il faut ajouter que la formule de « l'Eglise libre dans l'Etat libre » avait été nettement écartée par le président, baron de Gerlache : ce fut un motif pour Montalembert, après l'avoir créée, puis défendue contre Cavour, enfin gravée sur la pierre de La Roche-en-Breny, de la maintenir quand même. Les discours prononcés par lui à Malines ont été publiés dans le Correspondant 'du 25 août (2) et du 25 septembre (3) sous un titre qui avait des allures de défi : V Eglise libre dans VEtat libre. Le défi était tempéré, il est vrai, par une déclaration finale : « Je ne saurais terminer une étude où j'ai touché sur tant de points à des matières religieuses d'une nature si délicate, sans remplir mon devoir de catholique en soumettant toutes mes expressions comme toutes mes opinions à l'infaillible autorité de l'Eglise (4). » Comme si l'Eglise n'eût encore rien dit sur ces questions délicates qu'il se défendait d'aborder en théologien!

(1) Lagraxge. Vie de Mgr Dupanloup, t. II, chap. xx, p. 127.

(2) T. LIX, p. 565-59L

(3) T. LX, p. 5-34.

(4) hoc. cit., p. 34.

ii. m

« Mon cher évêquc, avait dit un jour Pie IX à Mgr de Dreux-Brézé, soyez sûr que je condamnerai la Révolution et ses doctrines. Je l'ai promis à Dieu, et je vous le promets. » Les fameux principes n'avaient donc qu'à attendre. « Je voudrais bien aussi, disait parfois le pape, que l'on m'expliquât le mot célèbre : VEglise libre dans VEtat libre. JeJta'ai encore trouvé personne qui en fût capable. » Et en effet la formule semblait bien plutôt un thème à développements sonores que l'énoncé d'un principe pratique, que l'Eglise ne pourrait admettre sans déserter sa mission divine. Un article très grave de la Civiltà (1), où il n'était pas difficile de reconnaître une très haute inspiration et dont le journal le Monde (2) a donné de copieux extraits, ne tarda pas à maintenu les principes, à distinguer entre un congrès et un concile et à prémunir les catholiques contre toute diminution doctrinale.

Au mois d'octobre 1863, à la même heure où Mgr Fillion recevait Mgr Pie au Mans et invitait l'abbé de Solesmes à s'y rendre, M. de Falloux s'annonça inopinément (3). Dom Guéranger s'excusa d'être retenu ailleurs et donna le motif. Avec une bonne grâce très dégagée, mêlée d'un peu d'ironie, M. de Falloux lui répondit :

Vous seriez trop mal à l'aise pour dire du mal de moi, mon très cher ami, si je venais ainsi me placer derrière la porte. Je vous fais donc grâce pour cette fois-ci de mon arrivée inopportune, mais je pose nettement mes conditions. Vous prendrez non avec moi, mais avec vous-même la ferme résolution de venir au Bourg-d'Iré dans le mois de novembre... Prenez-y garde : si vous n'adhérez pas pleinement à mon traité, je me fais avertir par le télégraphe de l'arrivée de M. Veuillot et je ne cesse de demeurer entre vous deux tant qu'il séjournera à Solesmes. 2\e vous réduisez donc pas vous-même à cette cruelle extrémité et rassurez-moi bien vite par une bonne parole, je veux dire une bonne promesse (4).

Ces empressements avaient pour objet dernier la publication, dont nous avons parlé déjà, des lettres et des méditations de Mme Swetchine. H était trois pièces particulièrement délicates sur lesquelles M. de Falloux se récusait et voulait obtenir l'avis de dom Guéranger. Avec une aimable insistance il était revenu souvent sur les lettres de son amie à l'abbé de Solesmes : « Je tiens plus que jamais à leur insertion, disait-il, dans le recueil général et à côté de celles du P. Lacordaire. H faut que vous soyez rapprochés devant le public comme vous l'étiez dans le cœur de Mme Swetchine (5). » Ces paroles contenaient peut-être une tardive excuse pour le silence que la Vie de Mme Swetchine avait gardé sur

(1) Il congresso cattolieo di Malines et la lilertà moderne, 2 octobre 1863. Série Y, vol. VIII, p. 129-149.

(2) Le Monde, 9 et 12 novembre 1863.

(3) Lettre du 12 octobre 1863.

(4) Lettre du 15 octobre 1863.

(5) Lettre du 1er février 1863.

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