LES TROIS SOUHAITS
I] y avait un homme auprès duquel était un démon. Aussi long-temps que ce démon habitait en lui , tous ceux qui avaient perdu quelque chose, ou qui possédaient quelque objet chéri en pays lointain , venaient le consulter, et le démon leur faisait voir tout ce qu'ils demandaient. Pendant vingt ans ce démon posséda notre homme , et Thomme vivait par ce moyen richement. Or un jour , le démon lui dit:
« Le roi des démons m'a ordonné d'aller dans une autre contrée, et je ne reviendrai plus chez toi ; c'est pourquoi je veux t apprendre comment, au moyen de trois formules, tu pourras obtenir de ton dieu raccomplisse-
ment de trois souhaits que lu formeras : tout ce que tu désireras, il te raccordera. »
Et il lui apprit les trois formules. Alors notre homme dit à sa femme :
« L'esprit m'a dit telle et telle chose ; que me coDseilles-tu malutenant de demander à Dieu ? *
La femme répondit :
<( Commence par tenter l'emploi d'une des formules ; si ce que tu demanderas ainsi t'est accordé, nous verrons alors ce que nous demanderons ultérieurement. »
«f Mais quel sera l'objet de notre première supplique? demanda-t-il. *
Elle répliqua : <( Supplie ton dieu de faire en sorte que ton corps tout entier soit couvert de *. j» Il fit cette demande, et son souhait fut aussitôt exaucé.
A la vue de celte singulière métamorphose, il dit à sa femme :
*■ La décence ne me permet pas de traduire ce mot.
« Qu*est-ce que tu as fait de moi ! »
« Supplie maintenant ton dieu , réponditelle qu'il te les enlève. »
Il fit cette prière à son dieu avec tant de précipitation, qu'il les perdit tous « même celui de son état primitif » de manière qu'il ressemblait à un eunuque.
<f Qu'as-tu fait de moi , maintenant , ô femme ! » lui dit-il. Mais elle répondit :
« Tu as encore une formule à ton service; de* mande que tu sois remis dans ton premier état. )>
Il fit cela, et dit : <( Quel conseil m'as-tu donc donné? Pourquoi ne m'as-tu pas fait demander la richesse ? »
<( Si tu étais devenu très riche, répondit-elle, tu m'aurais abandonnée et tu aurais pris une autre femme. ' *
« C'est pourquoi, ô mon seigneur et roi, je te
A Ivvrinxç, page 84; les Sept Vizirs [Taies, etc., page 154). Comparez Je conte des Souhaits ridicules , de Perrault ; et la fable des Trois Souhaits, de La Fontaine.
dis que c'est par jalousie que ta femme presse la mort de ton fils , car elle craint que , si tu viens à mourir , ton fils ne prenne une femme et en fasse la reine , ce qui l'empêcherait , elle y de monter sur le trône. »
Alors le roi donna l'ordre de ne pas faire mourir son fils.
Il arriva alors que la femme s'aperçut que le temps fixé approchait ; elle ordonna à ses suivantes d'aller avec elle au fleuve. Mais les conseillers comprirent qu'elle voulait se donner la mort ; ils placèrent donc des gardes pour l'en empêcher. Ils se dirent : Encore un jour seulement, et le fils du roi sera sauvé, car nous sommes sept conseillers pour les sept jours dangereux. »
La femme se rendit néanmoins au fleuve et s'y précipita ; mais les serviteurs des conseillers se hâtèrent de la sauver.
Lorsque le roi apprit cet événement, il ordonna de faire mourir son fils.
Aussitôt six d'entre les conseillers allèrent l'arracher aux mains du bourreau ; quant au septième , le plus grand d'entre eux , il courut se jeter aux pieds du roi, et lui dit :
(( Mon seigneur et roi , regarde ton servi-^ leur , comme tu as bien voulu regarder mes compagnons. Qui peut résister à la ruse des femmes sans s'exposer à ce qui arriva au mari d'une femme débauchée ? ^
<c Quelle est cette histoire )>, demanda le roi?
Et le conseiller dit ce qui suit :