La reine. — Le Renard
Gomme on le voit par ce tableau, la reine
ne répond pins au sixième Sage, parce que , voyant approcher le moment où le jeune prince pourra parler, elle se jette dans un fleuve. Les Sages la sauvent ; mais comme le roi , en apprenant le désespoir de sa femme , ordonne d'exécuter la sentence de mort contre son fils, le septième Sage accourt pour demander la révocation de son ordre, et lui conte, comme ses collègues, deux histoires. Enfin, les sept jours étant écoulés , le jeune homme , qui peut alors parier, fait connaître à son père la vérité et finit par un conte. Le roi , plein de joie de n'avoir pas cédé aux instigations de sa femme, demande aux Sages quel châtiment il doit infliger à la coupable. Un d'eux propose de lui
couper les mains, un autre de lui arracher les yeux , un troisième de la faire mourir. La mal-
heureuse femme répond par une fable. Les cruelles propositions des conseillers sont reetées par le prince, qui demande à son père,
comme nous l'avons déjà vu ^lagifâce de sou ennemie. Le. roi lui accorde sa demande et fé* licite son précepteMr de la sagesse; et du bon naturel de spn fils. Il veut jie récompenser, mais le sage Sendabar ne veut d'autre récompense guç, ee^le-ci ; c'est, que le roi lui-même suive les préceptes de la sagesse^
Les nombr^un; manuscrits . qui existent de ces Pariaboles prouvent . le cas qu'on en fil dans les écoles Juives. La collection de J.-B. de Rossi, à Paj*me ».en compte trois; la bibliothèque de Leipzig, deux ; la Bibliothèque na^ tionale de Paris, le British Muséum de Lon-* dres et mon cabineit , en possèdent des exemplaires. Ces manuscrits sont généralement plus corrects et plus complets que les trois différentes éditions qui en ont été faites l'une d'àprès l'autre, Gomme j'ai devant moi ces trois éditions, et que d'ailleurs la description qu'on
' Plus haut , page 25.
«n a doDBée jasqu'ict n'est pas tout à fait exacte , je veux entrer dans quelques détails à leur égard.
La première est de Cmstantinople , m-4.
Elle lait partie d'un rectaéil précieux de onze'
pièces, et non pas dix, comme le dit 'M;* de Rossi.L-éditeôr lui-même en mit rénutnéràtion à la fin du 38* feuillet , en ces fermés :
TPD5 :^rmmm m>6»i . yvn»
C'eSt-MnC^.; . .■.,■/■: .'.- '■ rr ■ ■;■■■
« Dans ce recueil se trouvent la Chronique de » Mme^ notre maître, avec qui soit la paix ; » la 3Iort d'Aaron * ; la Mort de Mme, notre
^ Ici réditeur passe une petite pièce intitulée : tS^l*l*7 tiriK n*l^t9DS. Si cette pièce n'est pas une seconde par-
» «hef : qae la paix soit sur lui ; le Uore de » Tobie, fils de Tobiel ; Eldad le Danite ; les » Paraboles de Sendabar ; l'Histoire du Jérusa- » lemite ; le livre d'Hénoch^ les Fables d'Eso- « pe ; les Paraboles de Sdomon } le Poëme » d'Aphar et Dina. »
Âpres cette note, l'éditeur date son travail de la manière suivante :
mnm a^yau;*) DfnjjDV d^d^k n^on rmn^i .min^ i?;:;in li^D^Di i^d^di * vib
Ce qui veut dire :
(c Cet ouvrage magaifique fut termioé par
lie de la Mort d'Aaron , il y a douie pièces dans le recueil , au lieu de onze.
» la main de l'artiste R. Samuel Ebn Naa"
)* mias rimprimeur, à Gonstantioople , qui est
» sous la domination de notre seigneur et roi
» le sultan Selim , que sa gloire soit élevée I
» au mois de cbesvan^ Tan 5277 de la créa-
» tion du monde (octobre 1516). Que dans son
)> temps et dans le nôtre . Juda soit secouru , » et Israël demeure en paix ; qu'il vienne à
» Sion un libérateur, ainsi soit-il, et nous di^ » rons amen. »
Cette édition, en caractères dits raschi, et à deux. oolonneSy contient 45 feuillets non pagi* nés 9 dont 58 sont consacrés aux dix premières pièces, et les sept autres à la dernière. Gomme cette pièce vient après la date de l'im* pression (l'éditeur a mis cette date à la fin de la dixième pièce, parce qu'il y avait du blanc) beaucoup d'exemplaires n'ont pas cette dernière pièce * .
' La Bibliothèque Bodiéienne , à Oxford , ancien fonds , possède un exemplaire complet.
La seconde éditioD, Venise, iS449 m*8, n'est qn'une réimpression des dix premières pièces de l'édition de Constantinople. Les PO' raboleê de Sendabar occupent dans cette réinh pression le feuillet 41 verso josqu'an feuiOet S5 verso.
La troisième et .dernière édition ^ Veniser chez Jean de Gara , 1605 , in«8» 64 feniHets, ne contient que hnit pièces du recœil des deux premières éditions (la Mort de M^i» et celle é^Aaran y ont été supprimées). Nos Paraboles s'y trouvent du feuillet 24 verso au feuillet 39 recto. M. Silvestre de Sacy parle d'une qua-^ triëme édition , Venise , 1868 ; mais cette édition n'existe pas.
Après avoir parlé de compositions orientales des Paraboles de Sendabar, il me reste à dire un mot sur les diverses traductions et imitations occidentales. La plus ancienne composition date du XIU^ siècle. Un moine de l'abbaye de Haute-Sel ve, dans le diocèse de Nancy, ap-
pelé Ûam Jéhans, composa, d'après la rédac^ tioD hébraïque du livre de Sendabar < , un livre latin auquel il donna le titre d'Histoire des Sept Sages de Rome '. Ce livre obtint un succès pro^ digieux i il fut traduit et imité dans presque toutes les langues de l'Europe «
Le DokpathoSf poème composé d'après VHis^ toire des sept Sages de Rome y vers la même é-' poque, par Herbers *, parait être la plus ancienne compoBition de ce roman célèbre, en vieux français; Après lui, il faut placer le Roman dçs Sept Sages, soit en vers^, soit en
^ Comparer Êsiai swr les fàbksindtertnès, page 85.
* HiHoria Septem Sapientum Romœ.
* Leroux de Lincy nous a donné VÀiMlyse et Ex^ traits de Ddlopdthos', à là suite du Romin des Sept Sages* Paris , 1838 , in-^. Dans sa préface , dlHerbers dit avoir imité le moine de Haute-Selve.
* Li Romans des Sept Sages , nach dér pariser Handschrift berauBgegeben von A. KeHer. Tùbingen , 1836 , in-8.
prose S et la version française des Sept Sages de Rome ^.
Le roman latin de VHistoria septem sapienr tum Romœ fut encore tra4uit et imité en ita* lien ', en espagnol ^, en anglais ^, en allemand % en hollandais % en danois ^, en suédois % en polonais ^^; et, chose singulière, ces traductions servaient de modèles à des compositions hé-
* Essai sur les fables indiennes , par Loiseleur Deslong' champs ; suivi da Roman des Sept Sages , par Le Roux de Lincy. Pans , 1838 , in-8.
. 2 Les Sept Sages de Rome, Genève , 1492 , iii-4.
* Voyez Loiselear Deslongchamps , Essai , page 17.
^ Libro de los Siete Sabios de Roma, Sevilla , ld38 , in-4.
* The Seven Wise Masters. Sans date , in-4.
' Bystori von den Syhen Weisen Meystem, Augsboarg, 1473 , in-fol.
^ Die Bystorie van de seven Wise Mannen van Romen, TeDelf,1483,in4.
' Die hestorie va die sevd Wise mànë van Rome,
* Voyez Skandinavisk Maseam , 1798 , 1799.
^^ Historia siedmin mendrcow , etc.
braïques et hébréo-allemandes . J 'ai sous les yeux trois éditions de ces deroières compositions appartenant à la Bibliothèque Bodléienne , à Oxford, fonds Oppenheim *•
Voici quelques détails sur ces compositions, qui ont échappé à tous ceux qui ont fait mention de diverses traductions de notre roman.
La première porte le titre de :
C'est-à-dire :
« Ce livre d'histoire est nommé Les Sept Sa-
• ges maîtres de Rome. 11 parle de beaucoup }> de jolies histoires. Imprimé à Amsterdam , du
* petit Comput, 437.» 1677, in-8, 50 feuil-
* Anciens naméros , 0. 852 , 53 et 54. Ce dernier numéro porte dans le catalogue imprimé , pages 652 et 653 , l'année 477 ( 1717 ) , au lieu 474 (1714) , comme rindique le catalogue manuscrit. Voyez la note ci-après, page 40.
lets. L'auteur, dans sa préface rimée, se nomme Jakob bar Méïfj de Maarsen.
13 3p2?^ ♦ ûiî<p3 ^iî<n rN na^nijr isi
Commencement :
p^^n^a ûnî<ii no^p î^^î* iî«n on w
(( À Rome, il y avait lin empereur appelé }) Pontianus, qui était fort sage.»
Fin :
y'hii ï^335?rï p^îîn mn pt ^^ûi:r n^N î<>t
:pî<^>it3m^m♦p^
(T Laquelle voulut pendre son beau-fils , » comme Haman^ sur cela je dis amen. »
La seconde composition hébréo-allemande est intitulée :
V Les sept Sages Maîtres. Avec TautorisatioD
* de notre seigneur Frédéric P' , en 467 » (1707), à Berlin. » 30 feuillets in-8.
Cette version , par un auteur anonyme , est différente de la composition d'Amsterdam , comme on peut en juger par le commencement et la fin , que voici :
nîî Dn n no'^v r^J* ^*<i3 T^** ^^^i ^^
« Il y avait une fois un empereur à Rome ; » il était nommé Pontianus, un sage etinteli> ligent seigneur. »
: p2)^ Nn tN 3i? itN
<c Les sept Sages Maîtres furent traités avec » grand honneur tant qu'ils vécurent. »
La troisième composition enfin n'est qu'une réimpression de l'édition de Berlin , faite à Offenbach en 1714, in-8 , 30 feuillets , dans la
nouvelle imprimerie de Seligman Reis. En voici le titre complet :
J'ai vu chez feu Bamette , à Londres , une nouvelle composition de ce célèbre roman , en hébréo allemand , plus complète que les précé* dentés, sortie de la presse d'Abraham Proops d'Amsterdam, 1775, in-8 , 47 feuillels. Elle a pour titre :
ce qui veut dire :
* C'est-à-dire nyri > et non |Vf) , comme il y a, parer' reur dans le Catalogue imprimé.
' Elle est indiquée dans le catalogue de ses ]i?res, publié en hébreu et en anglais , page 27. Mon cabinet s'est enrichi depuis de deux exemplaires de cette dernière édition.
(( Une merveilleuse belle histoire , du nom : Les sept Sages Maîtres de Rome.»
Voici le commencement :
a II y avait à Rome un empereur , qui fut très spirituel , du nom de Pontianus. »
La fin est ainsi conçue :
o^D y)iii psïV ^^^{ ^{n îWJiJns 1T^{ ijik
i( Et ainsi ils passèrent leur vie avec le secours de Dieu jusqu'à leur fin. »
L'auteur de cette nouvelle composition , qui se nomme Sender ben Eliah Mossel , dit , dans une courte préface rimée ', qu'ayant lu cette histoire dans une ancienne version faite en Allemagne , il l'a trouvée si mauvaise , qu'il entreprit cette nouvelle d'après le texte hollandais. Schabtai Bas ' fait mention d'une édition
* O^iittf 1 inB«r , page 22 , n* 15.
d'Amsterdam deJ664, in-S. Si on en juge par le titre :
e'est une autre rédaetiou du roman des' Sept Sages,, faite direetement d'après VHisioria Septem SapierUum Romœ. Wolf , dans la description des livres hébreux anonymes ' , cite , sous le même titre , uue édition de 1724 , in-8, 28 feuillets , sans nom de lieu , mais chez Kœlner 2.
Tous les auteurs de ces imitations , à ce qu'il paraît , ignoraient l'existence des Paraboles de Sendahar, le modèle de toutes les compositions occidentales qui leur avaient servi de texte. Il faut en dire autant de l'auteur anonyme de la Vie d'Eraste , fils de Dioclétien, roi de Rome , composée en hébreu ' ;
*■ Bihlioth. hehr, , tome lY, page lOtô.
* Probablement à Francforl-sur-le-Mein.
' ''DM ^bD DUî(0'»bpî(n p lûDIIN '»'»n . Voyez Litbl. des Orients , 18i4 , page 481.
d'Abraham ben Âbi Esri Selig, deGlogau,qui a publié , en 1 750 y à Hambourg , V Empereur Octauianm '; et eufin de Simson Friedbourg, qui, en 1777, traduisit de rallemand en hébreu l'Histoire de Dioclétien, roi de Rome, que j'ai vue en manuscrit, il y a bien longtemps, à Francfort-sur-le-Mein, chez Âbram Stern ».
C'est seulement de notre temps qu'on est revenu à l'original hébreu. En 1838, M. Picbard se proposait de publier une nouvelle édition de Paraboles de Sendabar y accompagnée d'une traduction française et d'un commentaire'.
Malheureusement le jeune orientaliste mourut avant d'avoir pu accomplir son , œuvre. L'an 1842 vit naître une traduction allemande, sous le titre occidental : Dos Buch von den Sieben
* Wolf, Biblioth. hébr. , tome IV, page 754.
^ Ce manuscrit a passé depuis dans la belle collection de H. Michael, à Hambourg.
> * Voy. Essai sur les Fabks indiennes , page 84 , note 1.
Weisen Meistem « . L'auteur» M. Henri Sengelmann , avait promis de donner , l'année suivante , le texte hébreu , et à cet efTet il s'était adressé à moi pour s'informer de l'édition priaceps 9 ; mais jusqu'à présent rien n^a encore paru.
Arrivé au terme de cette notice , qu'il me soit permis de dire un mot de mon travail sur les Paraboles de Sendabar. Le texte imprimé de trois éditions , évidemment copiées les unes sur les autres , a été revu et corrigé sur le manuscrit de la Bibliothèque nationale et de notre cabinet. Le manuscrit de la Bibliothèque nationale porte le numéro 510 de Tancien fonds hébreu ; c'est un volume petit in-S, relié en parchemin.
Il contient quatre différentes pièces, savoir:
' A Halle, chez J.-F. LIppert, in-12.
^ Voyez Buch von den Sieben Weîsen Meistem, page 28.
lo Les Paraboles de Sendabar ;
2*» L'Histoire de Salomon ;
5"* Galila et Dimna ;
4* Traité de cérémonie.
La notice détaillée que M. Silvestre de Sacy a donnée de ce manuscrit ' me dispense de revenir sur ce sujet. Pour le manuscrit de mon cabinet, il fait partie du volume dans lequel se trouve la relation d'Eldad le Danite., et que j'ai fait connaître dans ma lettre à M. le marquis de Fortia d'Urban ^.
La Bibliothèque nationale , ancien fonds»
n^ 21 2 , possède un second manuscrit hébreu des Paraboles de Sendabar, mais il ne m'a été d'aucune utilité. Exécuté par une main peu exercée , il n'est d'ailleurs que la copie ,
* Dans le Recueil des notices et extraits, tome IX, page 404.
^ Voyez Relation d'Eldad le Daniu. Paris , 1838, in-8, page 19.
souvent fautive , du teite imprimé. Trois contes entiers y ont été supprimés.
Outre les dilTérences que Ton remarque entre la rédaction du teste imprimé et celle du manuscrit, on voit également quelques variantes dans les noms propres^ Le nom du roi» au lieu de 113*^3 , qui est la leçon d^ l'imprimé» le manuscrit porte lil'^^ . Voici les noms des sept Sages dans les deux rédactions :
Imprimée. Manuscrite.