‹ Paraboles de Sendabar sur les ruses des femmesChapitre 3 sur 21 · nn^D · texte numérisé non relu

nn^D

J'ai lâché de conserver, autant qu'il était

*■ Dans le manuscrit de Paris, page 2, au lieu de ce nom il y a pTOK .

* Au lieu de ce nom le manuscrit de Paris a D^bDDK .

possible j la rédaction îropriinée ; quaacl je m'en suis un peu éloigné , j'ai toujours , dans mes notes, averti le lecteur. Pour les noms propres , j'ai suivi la leçon imprimée dans le nom du roi, afin de le distinguer du nom du sixième Sage , qui est le même suivant la leçon manuscrite. Le nom du second Sage tûlpDl*^ est évidemment une corruption de lû^p1D'*î< Hippocrate , et nonEpicure , comme le suppose M. de Sacy' ; ^IvIDÎ* est sans doute Apollonius ^ le philosophe stoïcien qui assista aux derniers moments de Gaton d'Utique , ou le célèbre philosophe pythagoricien Apollonitis de Tyanes; et ^iplb est certainement une altération de ]Dp1?, Lokman 2, et non Lucanus, ou Lucianus ^.

* Notices et extraits, tome IX, page 417.

2 Comparez ^Un IDD page 19:>]1DV'?^Dn D3?^3 IDNl

pPT? nny ]wh2 î(ip:n « Et Balaam le philosophe , qui est nommé en arabe Lokman, dit.. »

' Notices et extraits IX ; page 417.

Dans ma tradaction je me suis proposé , avant tout , de suiwe le texte le plus liltérale-ment qu'il m'a été possible , et j'ai souvent sacrifié Télégance de la phrase au désir d'une exactitude scrupuleuse^

E. Gahmoly,

liEIII PABABOUEill

DE SENDABAR

■•^flU^^HMÉ

En ce temps-là, régnait dans Tlnde un roi nommé Bibor^ . Il était au nombre des sages indiens. Les habitants du pays l'aimaient beaucoup y car il était un héros à la guerre, et aussi bon pour le conseil que pour Taction. Il exerçait la justice envers tout le monde, et était un grand sage. Il avait quatre-vingts ans et pas de fils. II avait quatre-vingts femmes. Chaque semaine, il allait chez Tune d'elles, et restait avec elle pendant cet espace de temps, jusqu'à ce qu'arrivât le tour d'une jeune fille, qui s'appe-

' Dans le texte grec le roi 5e nomme Cyrus , et la scène est placée en Perse.

lait Beria; le roi raimait plus que toutes les autres femmes. Cette jeune fille prépara m grand festin pour le monarque, pour toute sa maison et tous ses serviteurs. Le roi arriva à la maison du repos ; mais son cœur ëtait triste, et il restait silencieux.

La jeune femme se mit à pleurer devant le roi f à cause de la tristesse dans laquelle elle le voyait plongé. Elle prit les insignes du pouvoir qui ornaient sa tête, versa des larmes, tomba aux pieds du roi, et lui dit : « Je t'en supplie, seigneur et roi, qu'as-tu trouvé de mal dans ta servante ? pourquoi le roi ne se réjouit-ii

pas du repas de son esclave, et pourquoi n'ai-je pas trouvé grâce devant tes yeux, a Le roi lui dit : « Que la paix soit avec toi , Beria ! n'aie aucune crainte, car tu as trouvé grâce devant mes yeux , et tu es bonne ; mais la tristesse a envahi mon cœur, et voilà pourquoi je suis ici silencieux. » Elle tomba de nouveau à ses pieds, et lui dit : « Mon seigneur et roi, nous

nous r^ouissons du contentenient de mon roi:

comment ne serions-nous pas afQigés de sa tristesse ? Si cela parait convenable à tes yeux » mon seigneur et roi , fais-nous connaître la cause de ta tristesse. Si elle est née parce que le roi veut la guerre , n'a-t-il pas des héros et leurs rejetons? si c'est parce que le roi veut des conseils , n'a-t-il pas des conseillers et des sages? et là où est le conseil, là est le salut. » Ce mot frappa l'esprit du roi , et il lui dit : a Je pensais précisément que je suis par^ venu à un âge avancé , que je suis devenu vieuXy et que je n'ai pas de fils qui puisse s'asseoir sur mon trône. Dans le temps passé, mes ancêtres ont régné et dominé sur l'Inde ; mais, maintenant, mon nom va disparaître de l'empire Indien. Voilà à quoi je pensais et pourquoi j'étais triste. »

La jeune fille répondit : « Ce que le roi dit est vrai ; mais beaucoup d'hommes bien plus âgés que le roi ont doDué le jour à des fils,

parce qu'ils ont imploré Dieu , et que Dieu les a écoutés. Et maintenant, mon seigneur et roi, tu e:j(erces la justice, la justice véritable, tout le peuple t'aime, et Dieu t'est favorable. Laissenous donc proclamer un jeûne, et nous humilier devant Dieu et l'implorer devant sa face : car il est clément et miséricordieux, et ne souffre pas que l'espérance de ceux qui ont confiance en lui se change en opprobre , ni que ceux qui cherchent sa présence reviennent les mains vides. >» Le roi approuva ces paroles et fit proclamer un jeûne pour lui, pour toutes ses femmes et tous ses parents.

Dieu l'entendit et l'exauça; et £ma,sa femme, devint grosse, et mit au jour un fils. Le roi montra alors une grande joie ; il fit réunir tous les sages de l'Inde , et leur prépara un grand festin , et leur donna de grands présents. Lorsqu'ils voulurent s'en aller, le roi leur parla en ces termes : <( Choisissez parmi vous mille sages! Ils le firent. Et il leur dit : « Choisissez

encore cent sages parmi ces mille ! » Et ils les choisirent. Et il continua à leur parler, et il leur dit: <c Parmi les cent choisissez-en sept. » Et ils choisirent sept sages parmi les cent. Ces sept étaient des hommes instruits et versés dans les sciences du temps, et personne n'était aussi distingué qu'eux dans le pays. Voici quels étaient leurs noms * : Sendabar , Hippocrate, Apollonitis, Lokman^ Àristote^ Biberet Omar.

Le roi leur dit alors : «c Considérez la constellation de mon fils, et voyez, d'après l'étoile sous laquelle il est né, s'il restera en vie ou s'il mourra, s'il héritera de mon royaume et si mon nom continuera à vivre sur le trône. »

Les sages lui répondirent : « Il vivra, il héri-

i Les noms des sept philosophes n'existent ni dans le roman grec de Syntipas, publié par M. Boissonade , ni dans le roman arabe des Sept Vixirs, traduit par M. Jonathan Scott; mais ils sont nommés dans VHistaria septem Sapientum Rome»

fera de ton royaume et occupera \aa trâne. Cependant, lorsqu'il aura atteint sa vingtième année , nous craignons qu'il ne meure, car il sera bien près de la mort. »

L'enfant devint grisind ; il eut bientôt sq)t ans. Le roi le confia alors à Sendabar, le chef des sages de Tlnde, pour apprendre de lui la sagesse. Le jeune prince resta pendant douze ans et six mois auprès de Sendahar. A h fin des dix-neuf ans et six mois de son âge , le roi ordonna au sage de le (aire paraître en sa présence ; il interrogea le jeune homme sur les sciences et le mit à l'épreuve ea loi proposant des problèmes. Mais il ne trouva aucune sagesse en lui. Alors le roi frappa les mains l'une contre l'autre, et dit : <c II aurait mieux valu qu'il ne fût jamais né, et qu'il n'eût jamais vu la lumière du monde, car il sera la honte de la maison de son père, Celui-ci serat-il souverain ou roi dans son peuple? »

Les sages répliquèrent , et lui dirent :

<f Toute espérance r^est pas détruite; oar il est jeune, et il est dans un âge où l'on peut encore apprendre et devenir prudent et sage. Là faiblesse dcf rage, le défaut de raison détournent les jeunes gens de Tétude. Parce que ton fils est ton unique enfant , Sendabar a craint de lui faire du mal et de Texciter à l'étiide. Or , un jeime homme que la crainte ne pousse pas n'apprend rien. Car c'est par la disdptine qu'on apprend la science , et c^est la science qui conduit à la sagesse. Ton fils apprendra davantage lorsqu'il aura vingt ans et plus , que tant qu'il sera au dessous de cet âge. Les uns apprennent par leurs dispositions naturelles , par amour prar la sagesse et par émulation à l'égard des autreà'; les autres par la crainte et par la disdpliAe. Un homme apprend-il, par son talent et son propre zèle, de manière à pouvoir discerner le bien et le mal , alors son esprit retient pluis fortement ce qu'il a appris. Et voilà quelle est notre opinion sur ton fils. »

Le courroux du roi s'apaisa un peu par ces paroles. Et le roi dit : <c Je donnerai la troisième partie de mon royaume à celui qui voudra enseigner mon fils. » Les sages lui répondirent, et dirent : <( Vive le roi! le fils du roi apprendra la sagesse ; il deviendra sage , et sera un roi puissant dans son royaume. » Un d'eux éleva la voix ensuite, et dit : « J'enseignerai la sagesse au fils du roi au bout de cinq ans, de telle sorte que dans toute l'Inde on ne puisse trouver personne qui soit plus sage que lui. » Un deuxième dit à son tour : « Je l'instruirai en deux années. » Un troisième répartit : «Je l'instruirai en un an. i>

Sendabar , de son côté, dit : « Pour moi, six mois me suffisent pour l'instruire , et il n'y aura pas moyen de trouver dans tout le pays quelqu'un de plus sage que lui. » Ces paroles amenèrent le courroux des sages, et ils dirent à Sendabar : <( Pourquoi ne l'as-tu pas instruit pendant ces douze ans et demi qu'il était près

de toi? j» (c II y avait à cela d'obstacles , répondit Sendabar^ ma jeunesse et l'âge tendre du prince ; je pensais qu'il y avait des hommes plus sages que moi ; maintenant, que je suis devenu vieux et que le jeune prince a grandi , je me réjouis de ma sagesse, parce que je vois que personne n'est sage comme moi. »

Ses compagnons répliquèrent et lui dirent :

«c Les paroles de Sendabar sont comme le brouillard, le tonnerre et les éclairs sans pluie. » Sendabar répondit : <( Ne savez-vous pas que la sagesse, dans l'homme, est comme le musc et l'ambre? sitôt que l'on fait couler goutte à goutte de l'eau sur ces parfums, ils répandent une odeur : c'est ainsi que le zèle excite la sagesse à se manifester. »

Aristote répondit, et dit : «cil y a quatre choses semblables l'une à l'autre en ceci que personne ne peut croire à la certitude de leur existence avant de voir Tissue de l'événement , et ne peut se fier à elles avant qu'il ne connaisse le

dénouement. Ces choses, les voici : un navire en mer, avant quHl soit arrivé dans le port; le guerrier, avant son retour après la conchision de la paix ; le malade , avant qu'il soft guéri; la femme enceinte, avant qu'elle soit accouchée. De même, il nous est impossiUede louer Sendabar avant que nous ayons vu soa; ouvrage. »

A ces mots d'Àristotû 9 Sandabar fut en^ flammé de colère à l'égard de ses compagnons, et il parla entres termes : « Vive le roi ! si j'instruis ton fils de manière à ce qu'il surpasse les sages eii sagesise, tu m'accorderas la demande que je ferai alors; mais si cela n'est pas, j'abandonne mes biens, ma vie et tous mes trésors au roi. »

Les sages eurent alors peur de lui , car ils pensaient en eux-mêmes : pourvu seulement qu'il ne demande pas alors au roi notre vie!

Et ils dirent : ^ Nous devons convenir que Sendabar est sage, et qu'il fera ce qu'il a dit.»

Alors le roi conGa son fils à Sendabar^ à coipdition que, si au bout de six mois Sendabar instruisit son fils de manière à le rendre par- Mtement sage, il lui accorderait tout ce qu'il pourrait désirer d'obtenir de lui ; mais qu'en revanche, si cela n'arrivait pas ainsi , SendfibQf périrait, et le roi lui prendrait tout ce qui pour* rait lui appartenir. Le roi désigna Tannée, le mois, le jour, l'heure a laquelle son fils lui se* rait rendu.

Sendabar se fit construire un palais spr une montagne , situé au milieu d'un désert. Il écrivit tous les livres qu'il avait composés sur les murailles du palais, et grava sur les plafonds les planètes, les astres, le dragpn céleste, avec leurs noms autour. Personae ne vint le: trou^ ver , à l'exception d'un seul vieux serviteur , qui était eunuque. Sendabar employa tous ces moyens pour souffier , en quelque sorte , son esprit au jeune homme. Aussi l'époque désignée n'était pas encore arrivée , que déjà le

jeune prince avait appris tonte la sagesse et était plassage qne tons les sages de son pays.

Le temps fixé étant éeoulé , le roi envoya quelqu'un à Sendabar pour s'informer des dispositions d'esprit de son fils. Sendabar envoya au roi la réponse suivante : c Sob content, demain ton fils viendra vers toi , et les vœux de ton cœur seront pleinement satisfaits. » En entendant ces mots, le roi manifesta une grande joie ; il fit appeler tous les seigneurs du pays et tous ses sages.

Cette nuit-là , Sendabar dit au fils du roi : c( J'ai envoyé à ton père Theureux message que tu iras le trouver demain. » Et il ajouta : <( Je n'ai pas encore recherché quelle est Tétoile de ta naissance, ni quelle est ta constellation. Aussi veux-je cette nuit même inspecter les étoiles. » 11 observa donc Tétat des astres, et il découvrit que si le jeune homme, le tils du roi , venait à ouvrir la bouche peu-

dant Tespace de sept jours, il était menacé de mort.

Sendabar, à cette vue, fut saisi de frayeur ; il se tordit les mains et poussa un cri. Le jeune homme lui dit: « Qu^as-tu donc, mattre, qu'as-tu vu ? )> Sendabar lui répondit : « Regarde toiinéme les étoiles en cet endroit ! » Il leva les yeux, aperçut à son tour ce que son maître avait vu, et dit : <( Maitre, ne t'inquiète pas ; car, si c'est ta volonté que je n'ouvre pas la bouche pour parler pendant sept mois , je n'enfreindrai pas tes ordres, d Sendabar lui dit : a J'ai envoyé à ton père le message que tu iras le trouver demain ; le temps qui a été convenu entre nous est expiré. Depuis long-temps le roi a convoqué tous les seigneurs du royaume et les sages. Tu te lèveras donc de bonne heure, et tu suivras les serviteurs de ton père. Quant à moi , je resterai caché pendant sept jours. » Gela fut fait ainsi.

Le jeune homme se rendit auprès de son

père, et baissa le visage vers la terre* Lonsqoe le roi s'aperçut que son maître n'était pas avec lui, il lui demanda : « Pourquoi toi) maître n'est-il pas venu avec toi ? » Le prince ne répondit pas un mot. Mors le roi dit aux sages: <c Que pensez-vous de cela? » ÇeuxH^i répondirent : (f Rien autre chose, sinon que Sendabùr a cherché à instruire le jeune homme; lorsqu'il s'est aperçu que son esprit était bouché, il lui a donné une boisson, pour lui ouvrir l'esprit; mais la boisson a encbahié.sa langue, 4^ manière qu'il est devenu muet. ».

Le roi , en entendant ces parolç |, poussa m grand et amer cri , se mit en courroux , frappa sa tête , s'arracha la barbe et déchira ^ vêtements. Tous ses serviteurs accoururent alors pour le consoler; mais leurs consolations furent vaines. Une jeune femme d'entre les femmes du roi vint également ; le jeune prince avait été élevé avec elle , et le roi Taimait plus que toutes ses autres femmes. Elle dit au roi : <r Moa

seigneur , abandcmae-le-moi , car il m'aime comme une sœm*, et n'a aucun secret qu'il ne m'ait dévoilé : peut-être à force d^exbortations lui ouvrirai-je la bouche , et verrai- je s'il est. muet , oui ou non. »

Le roi répondit : <( Prends-le ! » Cette femme le conduisit alors dans un appartement, et dtercha, par toute sorte de raisons, à l'émouvoir; mais lui ne pairla pas. Cependant elle découvrit qu'il se taisait par ruse. Elle lui dit alors : « Laisse-là cette feinte ! car je sais que tu aimes les belles femmes qui sont dans le palais du roi , et que tu cherches une occasion de te trouver auprès d'elles. . . Mais de toutes les jeunes filles du roi, qui peutron me comparer ? Tu es un beau jeune homme, moi je suis jolie femme ; ton père est vieux, et n'a plus la force nécessaire pour régner plus long-temps. Découvronsnous donc mutuellement nos pensées, et formons une alliance, toi et moi. Je tuerai ton père, tu régneras, et je deviendrai ta femme. »

Le jeune homme» en eoteodant cela, se sentit enflammé de courroux ; ses yeux se remplirent de sang, sa bouche se couvrit d'écume, et il lui fit entendre par signes ^: « Laisse seulement s'écouler ces sept jours , alors je te donnerai une réponse! »

La jeune fille remarqua le courroux du jeune homme, elle en conçut une grande frayeur, et pensa en elle-même : <( Si je ne le tue pas dans les sept jours, il me tuera. » Aussitôt elle se leva, déchira ses vêtements, s'arracha les cheveux, se frappa la tête de ses mains, appela au secours, poussa des cris, et vint dire au roi: (( Tu m'as dit que ton fils était muet, c'était par ruse qu'il a fait cela , pour m'attirer dans un appartement, et puis il a employé tous ses efforts pour me séduire. ^i> Là-dessus, la colère

*■ Le texte imprimé et le manuscrit de la Bibliothèqae nationale portent tous les deux : et il lui dit, malgré l'engagement du prince de garder le silence.

^ Cet incident a beaucoup de rapport avec l'histoire

du roi fiU violemment excitée : il s'enflamma de fureur, et dit : « Il vaut mieux qu'un fils indigne comme l'est celui-ci disparaisse de la terre, que de le laisser vivre à ma honte. >» Et il ordonna de le metlre à mort, et de lui porter la tête du coupable.

Alors les sept conseillers du roi se consultèrent entre eux , et dirent « :

c Le roi n'a qu'un fils ; s'il le fait mourir aujourd'hui dans sa colère , il s'en repentira , et il fera retomber le mal sur nous , parce que nous n'avons pas essayé de fléchir son courroux. Que six d'entre nous s'en aillent donc, et sauvent le jeune homme des mains du bourreau; que l'autre se rende auprès du roi et apaise sa colère. »

de Joseph et Patiphar et laTentare de Phèdre et d'Hippolyte.

* Ces conseillera n'ont pas de rapport avec les sept Sages dont Sendaba/r était le chef, puisquMl s'était caché pour échapper au conrroux da roi.

Les six conseillers se hfttttent donc d -aller retirer le jeone prineedes màkis Un bourreau» tandis que le sepiidnie se rendit auprès dn roi , se courba devant lui jusqu'à terre \ tomba à ses pieds, la face prosternée, et dit : « lioasetgneur et roi, je t'en supplie, pardonne à ton fils, ton serviteur, la faute qu'il a cominise; laisse ton esclave If adresser la parole , et écoute les conseils de ton serviteur; car les sages écoutent les conseils. Le peuple, parfois, fliit quelque chose inconsidérément ; ifaais cela ne convient pas à un roi : car les paroles durci sont des ordres, et sont aussitôt exécutées; s'il se repent plus tard, cela n'est plus d'aucube utilité. L'homme croit que beaucoup de choses sont la vérité, et cependant ces choses ne sont pas véritables. Puisse ne pas t'arriver ce qui

est arrivé à un homme avec le roi IRsra !

Le roi dit au sage : « Quelle est cette histoire-là? »

Le sage répondit en ces termes :

LA tRACE DU LION.

n y avait jadis un roi nommé Kisra : ce roi avait un grand pouvoir ; il était aimé de ses sujets, et on ne lui reprochait aucun défaut, si ce n'est celui d'aimer trop les femmes. U se promenait un jour sur sa terrasse et aperçut une femme fort belle de figure et de taille, mais qui était mariée. Le roi se leva aussitôt, s'en alla avec deux de ses eunuques, el arriva inopinément à la maison de cette femme. Lorsqu'elle vit le roi, elle lui dit :

a Je suis en ton pouvoir, ô roi, comme ta servante ; fais avec moi ce qu'il te plaira :

cependant permets-moi d'aller dans mes appartements pour me parfumer et me baigner ; après quoi, je reviendrai auprès de toi. »

Et le roi lui dit : « Fais cela. » Elle plaça

devant lui un livre, et lui dit : <i Oroi, lis ce livre jusqu'à ce que je revienne. »

La femme alla dans ses appartements , soilil par une autre porte , et s'échappa. Le roi, en attendant, s'assit et se mit à lire dans le livre : on y trouvait marquée la peine de celui qui commet un adultère avec la femme d'autrui. Le roi reconnut alors que c'était par ruse que la femme avait fait ce qu'elle avait fait. Le roi se leva là-dessus, et s'en alla; mais il oublia le bâ* ton ' qu'il portait à la main : la femme ne s'en aperçut pas.

Le mari revint chez lui et trouva dans sa maison le bâton du roi. Il dit alors : a D est donc vrai que le roi a des relations avec ma femme. )> Il ne voulut pas cependant lui faire de reproches; il ne lui parla ni avec amitié ni avec mécontentement ; mais il ne mangea

* Dans la rédaction de SynUpaSj le roi oublie aa bague, de même que dans celle des S^t Ftstr».

Ai n6 butvVec elle y et nie resta pas ma ^liis avec elle. La fèanni» alla à la maison de son pire et y demeura^esite Jôtirs.

Alors le père de la femme et ses frères s'en allèrent parler au roi , en présence de son mari : « Vive le roi ! » dirent-ils. « Nous avons donné à cet homme une portion de champ , à condition d'ensemencer la terre , de Tarroser, de la labourer. Le sol était fertile et bon et portait des lrui(s aux époques convenables, lé champ n'avait aucune mauvaii^e qualité. Tant que cet homme s'est trouvé auprès du champ, il l'a arrosé , ^isemeneé et bien travaillé , et le champ a porté des fruits. Mais depuis plusieurs jours il a abandonné le champ , il n'est

plus revenu auprès de lui et ne fa pas arrosé, et voilà que le champ est devenu aride , et ses fruits se sont desséchés. »

Le roi dit alors au mari delà femme : « Brave homme , qu'as-tu à répondre à cela ? » Il répondit : <( Mon seigneur et roi , il est vrai

qae ces hommes m'ont confié leur terre, et qae, depuis Tépoque où je Tai obtenue , je Yai travaillée, ensemencée et arrosée. Hais on jour, lorsque j'arrivai , j'ai trouvé un lion sur cette terre, et j'ai craint, à l'avenir, d'aller encore sur le champ, pour ne pas rencontrer le lion et ne pas être tué par lui : voilà pourquoi j'ai aussitôt abandonné le champ. )»

Le roi comprit très-bien le sens de ces paroles , et lui dit : « Il est vrai que le lion est venu sur le champ et a trouvé des fruits magnifiques ; mais il n'a pas traversé le champ , n'a pas mangé de ses fruits , et il a résolu de n'y retourner plus jamais. » L'homme comprit la signification de ces paroles , et il retourna auprès de sa femme ^

1 zuvrtica$, édlt. de Boissonade, page 16. Ce conte est nn de ceux que M. Dacier a analysés dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions, tome XLI , page 549. On le trouve dans les Mélanges de littérature orientale, de

« Voilà comment , ô mon maître et roi^ nous croyons beaucoup de choses comme vraies qui ne sont pas la vérité. Ne fais donc pas mourir ton fils, ton fils unique , pour obéir aux paroles de ta femme ; ne te laisse pas séduire par sa ruse , car l'astuce des femmes est grande. Qu'il ne t'arrlve pas ce qui est arrivé à un mari avec sa femme. »

Le roi lui dit : <( Quelle est cette histoire-là? »

Le conseiller lui conta ce qui suit :

Cardonne , tome I , page 8, sons le titre de la Pantoufle duSuUan.

Page 1