LA FEMME ET LE PERROQUET
II y avait un jour un homme fort riche , marié à une femme très belle ; aussi en était-il jaloux. II voulut un jour entreprendre un voyage pour son commerce^ et, dominé par sa jalousie à Tégard de sa femme, cet homme acheta un perroquet et le plaça dans sa chambre à coucher, après lui avoir donné l'instruction suivante : «c Si tu vois quelque chose dans ma maison, tu ne manqueras pas de m'en avertir, v La femme ne se doutait pas qu^elie avait affaire à un oiseau qui parlait. Le mari se met donc en route. Aussitôt la femme se lève, fait venir son amant , et reste avec lui pendant tout le temps de l'absence du mari.
Un an après , celui-ci revient chez lui de
fion voyage, et interroge en secret le perroquet, qai lui raconte tout ce que sa femme avait fait. Alors le mari renvoya sa femme de sa maison ; elle alla habiter une autre demeure dans le voisinage. Mais il eut soin d'envoyer le perroquet avec elle , et ne dit à sa femme rien de bien ni de mal. La femme dit alors à sa servante : c Pourquoi m'as-^tu placée dans cette fâcheuse situation et as-tu dévoilé tous mes secrets à mon mari? j> La servante répondit : « Je n'ai rien dévoilé, mais c'est le perroquet qui a fait cela , sans que tu l'aies su. » La femme dit à son tour : « Eh bien! nous nous vengerons du perroquet. »
Elle prit aussitôt un moulin à bras et le porta sur la terrasse de la maison, ainsi qu'un vase avec de l'eau, une machine pour jeter de Teau, et un grand miroir indien bien poli. Pendant la nuit elle monta sur la terrasse avec sa servante. La servante tourna le moulin de temps en temps, et sa maîtresse plongea la machine
dans l'eaa , et ea fit jaillir sur la cage da per-^ roquet, suspendue devant le miroir. Elle con- ^ tinua ainsi pendant toute la nuit. Le matin le
mari demanda au perroquet :
« Qu'as-tu vu cette nuit? Est-il venu quelque galant près d'elle ? »
Le perroquet répondit :
i( Qu'aurais-je pu voir cette nuit? Pendant toute sa durée il n'y a eu que du tonnerre , des éclairs et de la pluie. )>
Le mari dit alors :
« Où y avait-il donc du tonnerre et de la pluie? De même que que tu as menti en cette occasion , de même tu auras menti par rapport à ma femme. » Et il tua le perroquet, envoya quelqu'un à sa femme pour l'engager à revenir chez lui , et il lui donna des présents ; et la femme retourna chez lui ^ .
^ ivvTiicxi , page 21. J'ai trouvé ce conte également analysé par M. Dacier (Mémoires de VAcadémie des In-
«.' C'est pourquoi , ô roi , méBe-toi de Tastoce des femmes ; qu'elles ne se jouent pas de ta tête grise. »
Le roi ordonna alors de ne pas mettre son fils à mort.
Mais, le deuxième jour, arriva la jeune femme , l'épouse du roi ; elle tomba à ses pieds et lui dit : « Situ prêtes l'oreille à ton perfide conseiller et si tu ne te venges pas de ton fils , qui a tenté d'outrager l'honneur de son père , tu périreraSy toi, ton fils et tes conseillers , tout comme périrent certain foulon , son fils et son frère avec lui. )*
« Raconte-moi donc cette histoire , dit le roi; quelle est- elle? »
scripUons , tome XLI , page 550). Il a fait quelque fortune ; on le trouve dans les Mille et une Nuits , dans les iSept Vizirs, dans Càlila et Dimna, d'où il a passé dans le Directorium humane vite , de Jean de Gapoue ; dans les Dicorsi degli animcUi , de Firenzuola ; et dans les Deux livres de FilosoUe fabuleuse , de La Rivey.