LE PERFIDE MINISTRE
Le roi de Bimra , dit la femme , avait un fils unique et l'aimait beaucoup. Aussi ne lui permettait-il pas de sortir de la ville , de peur qu'il ne lui arrivât quelque accident. Mais le jeune homme pria le conseiller du roi de parler au monarque, afin d'obtenir de lui la permission de monter à cheval , de chasser et de s'amuser. Le conseiller fit donc cette demande au roi. Celui-ci l'accorda , en ajoutant ; <( A condi* tion que tu l'accompagneras et que tu veilleras sur lui. »
Le fils du roi sortit donc avec le conseiller. Arrivés dans la campagne, ils rencontrèrent un
cerf et se mirent à sa poursuite. Le conseiller, voyant le fils du roi s'élancer sur les traces da cerf dans la campagne , lui dit : « Renonce à le pourchasser*.)) Le jeune homme n'en continaa pas moins sa course , entra dans la forêt , s'y égara , se mit à la recherche du conseiller , mais ne le retrouva point. Celui-ci retourna auprès du roi et lui dit : « Un lion est venu vers nous et a dévoré ton fils ! » A ces mots le roi déchira ses vêlements et pleura son enflant.
Pendant ce temps le jeune homme, le fils du roi , continua sa route en errant , et rencontra dans la forêt une belle jeune fille , qui l'appela. Il lui demanda : « Qui es-tu ? »
— c( Une fille de roi , répondit-elle. J'étais assise sur un éléphant , je fus arrachée de sod
* Dans le manuscrit de ]a Bibliothèque nationale , n? 510 , page 15 , au contraire , le ministre engage le prince à poursuivre le cerf , aGn d'apprendre à bien chasser.
dos , je tombai en bas de Téléphant et je suis restée ici. Prends-moi sur ton cheval et délivremoi ! »
U le fit en disant : « Je suis aussi un fils de roi , » et il raconta ce qui lui était arrivé.
« Je connais très bien le chemin » , poursuivit la jeune fille, et elle le conduisit à une ruine.
Lorsqu'ils furent arrivés en cet endroit, elle parla en ces termes :
a Laisse-moi descendre pour arroser mes pieds. »
Elle descendit donc et entra dans la ruine • Le jeune homme, voyant qu'elle tardait à revenir , descendit de cheval et se mit à circuler derrière le mur. Il s'aperçut alors qu'elle fiaisait partie des fées :
« Je vous amène , dit-elle, un jeune homme, un fils de roi. » Et les fées répondirent : « Conduis-le dans tel et tel endroit; alors nous disposerons de lui comme il nous plaira. »
Le jeune homme entendit ces mots , en fut
troubl^ , en conçut une grande frayeur et regagna, sa. place primitive. La fée se chaâigea de nouveau en jeune fille , revint sur la ruine et se plaça de nouveau derrière lui.^M^is le jeune homme, dominé par la crainte , avait changé de couleur. La fée, remarquant son trouble, lui dit:
<c Que Vest-il donc arrivé de ngial ? »
Il répondit : c( J'ai un comps^gnon , et c'est lui ,que je: crains. »
Elle continua : « N'as-tu pas dit que tu es filsdisroi? »
:« Oui, mais cependant je ne puis rien contre, lui » , répliqua-t-^il.
Elle lui dit ; « Gagne-le par de l'argent ! »
Il répondit : « Il ne se laisse point gagner. » Alors elle dit : uEh bi^n ! implore ton Dieu ! »
Âusâtôt le jeune bomme leva les mains au ciel et dit : <( Mon Dieu, délivre-moi de cette fée et ne la laisise pas dcminer sur moi! »
, A oeB mots la fée devint pâle, tomba de cbenA-.et<«ipirei^;«'' »' ■^••'»- " r Le jeane homme s'enfuit en suivant la route. La: soif Àé • itoormentaiC. Il aperçut par hasard une «source. Or celui qui buvait à cette source était changé en femme^. Le jeune homme but de l'eau de la source » et aussitôt il fut changé e& femme. SàM de frayeur , il leva les yeux et regarda tout alentour; Tout à coup apparaît une jeune Qlle, qui lut dit :
(( Jure-moi que tu me prendras pour femme , et je te sauverai et je te raiâënerai auprès de ton père. i> Après qu'il eut fait ce serment^ elle
*' Dans zwrtcaeîy édition grecque, page 32, et dans les Sept Vizirs^ traduction anglaise, page 81, le conte se terpnine ici par le retour du prinee.a^ pal^js de son père, et la suite forme nn^autre récit. =
2 Sui?ant le manuscrit de la Bibliothèque nationale , page 16, Teau de cettesouice avait la y^^ de changer les hommes en femmes et les femmes en hommes.
— salai donna à boire de Teau d'une autre source S et il redevint homme. Alors il prit la jeune fille avec lui ; conduit par elle , il revint auprès de son père et lui raconta tout ce qui lui était arrivé. Là-dessus le roi donna Tordre de mettre à mort le conseiller ^
« De la même manière , pmsse Dieu m'accorder de voir la vengeance te guider , comme il l'a fait voir au fils du roi de Bo%ra. »
La-dessus le roi donna l'ordre de faire périr son fils.
Mais le troisième conseiller survint, et dit au roi:
<( Mon seigneur , que le roi veuille bien ne pas faire mourir son fils ; autrement il s'en re-
^ Dans le mamucrit |de la Bibliothèque nationale, page 17 y la jeune fille lui fait boire de nouveau à la même source , pour recouvrer sa forme primitive.
a zwrtir«$, page 43 , les Sept Vizirs, page 90. Ce conte se trouve aussi dans les MiUe et une Nvitt , sous le titre du Vizvr puni.
pentirait comme s'est repenti certain écuyer royal. »
Le roi lui demanda : a Pourquoi donc Técuyer royal se repentit-il? »