LES PILULES
, Un malade auquel le médecin avait ordonné des pilules, les prit d'une manière bizarre. Au lieu de les avaler tout entières , il les tint si longtemps dans sa bouche, qu'elles se fondirent presque entièrement, et lui procurèrent une amertume très-désagréable. Théophile fit à cette occasion les réflexions suivantes : — < Les paroles hostiles du médisant sont de très-amères pilules, et il n'est pas donné à chacun de les accepter sans murmure. Hais elles sont avan-
tageuses pour le chrétien , ea ce qu'elles lui rappellent ses péchés , manifestent sa douceur et sa bienveillance , lui montrent ce dont il doit se garder 9 et enfin parce qu'il sait que Dieu veut qu'il les supporte avec patience et qu'il fasse tourner cette épreuve à son honneur et à sa gloire. Et de même qu'on ne peut sans inconvénient laisser séjourner des pilules dans la bouche , de même il n'est pas bon de trop se préoccuper des mauvais propos qu^on peut tenir sur notre compte , car ils deviendraient toujours plus amers pour notre cœur et le rempliraient d'animosité. Je me mis tu et je n'ai point ouvert la bouche, parce que c'est toi qui l'as fait (Ps. XXXIX y 10). Vou^ serez heureux lorsqu'à .cau,se de moi on vou^ persécutera et qu'on dira fausse^ ment contre vous toute sorte de mal : r^ouissezr vous alors et tressaillez de joie , parce que votre récompense sera grande dans les cieux 0iatth. , V y 11 ^ 12). Ah l combien il est difficile de pardonner les injures ^ de bénir ceux qui vous maudissent , de faire du bien à ceux qui vous haïs^ seni , de prier pour ceux qui vous perséctUent! Seigneur , puisque telle est ta rolcmté ^ accorde** moi les forces nécessaires pour l'aceomplk' ! >
LES PQNTURES.
Théophile visita une maison de campagne située aux environs d'une grande ville et qui était ornée de plusieurs beaux tableaux. En s'approcfaant de l'un d'eux , il vit que l'artiste avait peint une coupole soutenue par de nonn breux piliers , et bien que la toile fût détériorée , la perspective était si parfaite que l'air semblait jouer à travers les colonnes. — < Cette peinture, pensa Théophile ,. me fait paraître ces piliers comme étant plus ou moins éloignés de moi , bien qu'en réalité ils soient tous à la même distance ; ainsi nous nous imaginons souvent que la mort est encore dans le lointain , tandis qu'elle se tient derrière le premier pilier. » — Un autre tableau représentait un chasseur y lequel était peint avec tant d'habileté , qu'en le regardant^ on se croyait en butte à ses coups. — c Ah I se dit Théophile , la mort, elle aussi, est un chasseur adroit et exercé ; elle vise i toute heure , et n'a pas plus tôt tiré , qu'elle recharge son arme* Puissé-je me souvenir qu'elle me tient constamment en joue et vivre
— Sade tnanière à ne pas redouter ses traits ! >
— Plus loin, un tableau représentait un jardin, au milieu duquel s'élevait une colonne tournée en spirale et surmontée d'une couronne.
— c Ceci j dit-il , semble m'exhorter à oublier les choses qui sont derrière moi et à m'avancer vers celles qui sont devant moi ; à courir vers le but, vers le prix de la céleste vocation de Dieu-en JésuS'Cknst (Philip, , 111 , 44) , et à m'efforcer d'achever ma course, avec joie (Actes , XX , 24). Viens à mon aide, mon Dieu , pour Tampui: du Seigneur Jésus I Amen. »