‹ Paraboles; ou, Réflexions édifiantes de ThéophileChapitre 17 sur 73 · LE MALADE · texte numérisé non relu

LE MALADE

Un malade souffrait si cruellement qu'une sueur, abondante inondait son visage ; il se tournait sur son lit avec inquiétude et se faisait porter d'un endroit à un autre dans l'espoir d'éprouver quelque soulagement. Théophile se dit en voyant cela : — « Ce pauvre homme , ne ferait-il pas mieux de chercher à supporter la douleur et d'attendre avec patience sa guérison ? De même il est complètement inutile de penser & délivrer nos âmes de leurs sou*

cis et (le leurs peines par des moyens extérieurs. Un cœur atteint par les flèches du Tout-Puissant cherche souvent dans l'agitation et les plaisirs mondains un adoucissement à ses douleurs secrètes , mais il le cherche inutilement. Pareil* les au chamois qui, poursuivi par le chasseur , franchit les halliers d'un seul bond et arrive épuisé en lieu sûr , mais ne peut retirer le plomb meurtrier de son corps , les consciences troublées s'étourdissent en vain : en dépit de tous leurs efforts , elles conservent la voix intérieure qui les accuse. Imitons bien plutôt la résignation du prophète qui disait : Je por^ terai l'indignation de V Etemel , parce que j'ai péché contre lui (Michée, VII , 9). Les pleurs , les soupirs, les gémissements ne nous sont pas interdits , mais l'impatience , l'agitation ne font qu'augmenter notre mal. Si donc il plait à Dieu de me dispenser des épreuves, je dirai avec le roi David : Quoi qu'il en soit, mon âme se repose sur Dieu , ma délivrance vient de lui (Ps. LXII , 2). Seigneur Jésus , je répondrai à ton appel : Yenez à moi , vou^ tous qui êtes travaillés et chargés et je vous soulagerai (Matth. , VII , 25). Je crierai à Dieu , et l'Etemel me délivrera. Le soir y le matin , à midi je parlerai et je crierai , et il entendra ma voix et me donnera la paicç (Ps. LV, 47-49). »

,i-jt.

xxa.

l'homke noté.

Un jour d'hiver, le bourgmestre d^im en* droit bien connu se rendant i b ville voirine pour exercer les fonctions publiques de son eni« ploi, traversa la rivière , avec ses compagnons , sur une glace solide. Le soir , à leur retour , ils ne pensèrent pas que le soleil avait pu amollir la glace. Le bourgmestre s'avance donc sans crainte sur la rivière, tout en parlant â ses compagnons ; mais au moment où il est sur le point d'atteindre la rive , il tombe , la glace se brise , il s'enfonce , disparait et aborde au rivage de la mort. — c Voilà , s'écria Théophile , un événement dans lequel nous pouvons tous puiser d'utiles leçons. Ah I qu'est notre vie ? Une glace trompeuse qui se rompt tantôt ici , tantôt là, et nous précipite l'un après l'antre dans le fieuve de Ist mort. Enfants (tes hommes , voas savez cela , et pourtant vo«is ne le prenez point en considération. Vous vous croyez en sûreté , tandis que la glace de votre vie pdssagère va^ cille sous vos pieds. Oh I soyez prêts en tout lemps , et , pendant que vous êtes ici-bas ^ assu-

rez an refuge à votre âme , afin que lorsqu'dle sera subitement retranchée ^ elle sache où elle va. — Ah I Seigneur , ne t'irrite point. Je prends la hardiesse de te parler^ bien que je ne sois que poudre et que cendre (Gen. , XYSI, 29). Ne me surprends point par une mort soudaine , de penr que tu ne me trouves pas préparé; mais ne laisse point non plus mon cœur trop longtemps sous le pressoir de la mort, de peur que ma patience ne se lasse. -^ Toutefois , quoi qu'il arrive , je me tairai et n'ouvrirai pas la bouche y parce que c'est toiqui le feras (Ps. XXXIX, 10). »

xxm.

hX lUVE âTIOLÉE.

En visitant la cave » Théophile trouva une rave qu'on y avait oubliée. Cette rave avait germé , et de longues pousses étiolées la rendaient inutile. — c Je vois ici, pensa-t-il, un emblème de l'importance humaine, laquelle Dieu ne veut ni bénir ni laisser prospérer. L'air libre et le soleil ont manqué à cette plante ; c'est pourquoi elle n'a pu que végéter un instant, puis mourir. — De même nos efforts n'aboutissent à aucun bon résultat , s'ils ne sont

vivifiés par la grâce de Dieu et soutenus par sa bénédiction. Notre Rédempteur dit : Toute plante que mon Père céleste n'a pas plantée sera déradr née (Mattb.) XV, 13). — Il me setable aussi que ces rejetons étiolés . offrent l'image d'une piété qui n'a pas subi la salutaire discipline de l'épreuve. L'expérience fait l'homme , l'épreuve fait le chrétien. Le soleil n'a pas éclair^ cette plante, la rosée ne l'a pas humectée, la pluie ne l'a pas arrosée, le vent ne l'a pas agitée, le froid ne l'a pas fortifiée; c'est pourquoi elle demeure stérile. De même un chrétien dont l'âme et le corps n'ont éprouvé ni joie , ni douleur , ne peut être d'une grande utilité. C'est la pensée que l'apôtre Paul exprime dans ces belles paroles : Nous nous glorifions même dans les afflictions, sachant que V affliction produit la patience ^ et la patience V épreuve, et V épreuve V espérance; or, V espérance ne confond point (Rom., V, $-5). »

l'élévation.

L'inspecteur d'une église disait que toutes les fois qu'il devait gravir les marches du clocher pour aller remplir les devoirs de son office , il

était plein d'effroi , parce que lorsqu'il voyait le sol s'abaisser à ses pieds et les nuages fuir audessus de sa tète y il craignait d'être saisi de vertige et de tomber. Théophile observa à part lui : — c Nous aspirons sans cesse à nous élever, et lorsque nous avons atteint notre but, nous reconnaissons que nous n'avons cherché et trouvé qu'un grand péril. Il ne reste plus à l'homme qui est parvenu au faîte de son ambition qu'à descendre ou à tomber. Si ses semblables ne le précipitent du pinacloi^ son orgueil , ce dangereux vertige des gens élevés en dignité , l'en fait choir. C'est pourquoi celui qui s'abaisse volontairement agit avec sagesse et s'évite toute chute. Et si l'élévation est dangereuse dans les chbses temporelles , elle ne l'est pas moins dans le domaine spirituel. Parce qu'on a franchi de nombreux degrés, on croit avoir atteint la perfection, tandis que l'imperfection est l'état normal de notre nature déchue. Si cela n'était pas, comment l'apôtre Paul aurait-il senti la nécessité de lutter sans cesse et d'être souffleté par un ange de Satan, afin qu'il ne s'enorgueillit pas des hautes révélations de l'Esprit saint • qu'il avait reçues et de ses fatigues dans l'exercice de son laborieux ministère (2 Cor., Xll, 7) ? Le premier degré de la perfection consiste à reconnaître sa misère ; le dernier , à ignorer sa supé-

riorité. Celui qui oo&naii sa grandeur eommeuce déjà à déchoir. — Dieu 1 préservenoioî de Tergueil el de la fierté , et détourae mee prisées des choses qui sont ou trop profondes ou trop élevées pour moi. Il vaut mieux être un péchrâr humble qu'un saint oi^eilkux. >

l'écoutbur.

Quelqu'un témoignai son mécontentement de ce que y tandis qu'il croyail psorler ea seqret avec un de ses amis , un individu s'était tenu aux écoutes et avait amené une rupture entre eux en divulguant leurs paroles. A ce siqet, Théophile crut devoir faire l'observatioa suivante : — € L'écouteur est ordtmôrement mi méchant ^ témoin Dœg y ce sanguinaire adidftteur du roi Saûl, qui fut cause , par sa trahison f de la mort de quatre-vingt-cinq sacrificar teurs et èe tous les haUlantâ de Nob (1 Sam.-, XXi, 1; XXU, 9, i8). Toutefois, mon lami, souffirez que je voua le dise, vous avea; le premier tort en cette affaire* Comment , je votts prie , pooviezrvous être aussi imprudent en paroles? Ne savess-votts pas qu'il vaut mieux Û»-

ser tomber une perle d'un coUier qu'une parole de sa bouehe ? Aussi longtemps que vous rete* nez une parole importante^ éUe est votre hieA ; mais dés que vous la divulguez , elle appartient à ceux qui l'entendent. Il n'est donc pas surpre* nant que l'envisageant eomme leur propriété , ils l'amplifient ou la tronquent , y ajoutent ou y retranchent, suivant leur bon plaisir. — Vous dites que vous parliez confidentiellement à votre ami et que vous ne vous attendiez pas à ôtre entendu d'un autre ; rappelez-vous , bien cher , ces paroles de Salomon : Ne dis point de mal du raiy pas même dans ta pensée; ne dis poùU non pliis du mal du riche dans la ehambre im tu couches; car les oiseaux des cieu(» en porteraient la voie, et ce qui vole en porterait la nouvMe (Ecclés., Xy 20). Soyez doiic à l'avenir circonspect dans vos discours. N'oubliez pas surtout qu'il Cixiste un écouteur par excellence , qui entend, voit et sait tout ce que vous dites ^ faites ou pensez. Je veux parler de la conscience.

N'estroUe pas un surveillant établi de Dieu sur AOtre vie tout entière ) Sî vous désirez parler librement et sans crainte d'être entendu , aeeoutomez-vous à penser comme si un étranger était prêt à recueillir vos pensées et à les inettre par écrit. Tous trouvez cela difficile? Et pourquoi donc ne craignez- vous pas votre conaeieice,

qui y toujours vigilante , prend note de vos moindres sentiments , et qui vous reprochera plus tard vos faiblesses et vos péchés ? >

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