‹ Paraboles; ou, Réflexions édifiantes de ThéophileChapitre 19 sur 73 · U CHÊNE ET LE UERRE · texte numérisé non relu

U CHÊNE ET LE UERRE

Théophile remarqua , dans une de ses pnn menades, un chêne presque sec et couvert de lierre jiisque sur ses branches les plus élevées. — c Ah! pensa-t-il,. cette plante parasite, en faisant pénétrer ses filaments dans l'écorce de ce chêne , s'est nourrie de sa sève et a amené son dépérissement. — Le lierre est .l'emblème de ces gens rusés et intéressés qui prospèrent aux dépens des autres et même de leurs bienfaiteurs. Il peut aussi représenter les passions charnelles qui s'emparant de l'homme , le dessèchent et corrompent son coBur. Puissé-je obéir à ce conseil de saint Pierre : Absienez^ous des

tùnvoitises chamelles qui font la guerre à Vâme (1 Pierre, II, il). »

En poursuivant son chemin, il vint à l'esprit de Théophile que cet arbre et ce lierre pouvaient encore symboliser les relations de la famille, c Le chêne, dit-il, c'est ce père, c'est cette mère qui ont élevé leurs enfants avec soin , ont travaillé avec assiduité pour les nourrir , les ont établis à grands frais et se sont même privés pour eux du nécessaire ; et la plante parasite, ce sont ces enfants ingrats qui n'ont jamais réjoui leurs parents par une bonne conduite , qui ne leur ont jamais fait part de leur abondance, et ne leur ont jamais témoigné ni amour ni respect.

» mon Dieu , préserve mon cœur des faux amis, de l'égoïsme, des vains (jlésirs, et de l'ingratitude à l'égard de mes vénérables parents ; fais-moi croître dans ta grâce , afin que je puisse toujours étendre sur mon prochain' l'ombrage salutaire de la charité ! »

l'ombre.

Tandis que Théophile se rendait de son petit jardina sa maison en suivant un chemin où le

soteil lui donnait en plein visage > il fit la ré* flexion que son ombre lui servait de compa-^ gnon, et se dit : c L'honneur est comme l'ombre , qui tantôt marche devant nous , tantôt à nos côtés et tantôt suit nos pas. Il y a tel homme qui parvient aux honneurs sans les avoir mérités ; sa naissance , son influence , sa fortune et la faveur populaire lui donnent une apparence plus grande que la réalité : ainsi son ombre le précède. Un autre jouit d'une gloire justement acquise ; cependant l'ombre ne paraît que d'un côté, parce qu'il se trouve toujours des détracteurs qui savent ternir la réputation la mieux établie. Quant à l'homme qui marche avec persévérance dans le sentier lumineux de la vertu , il doit s'attendre à avoir le plus souvent l'ombre derrière lui, et cette ombre ne devient visible que lorsque sa mort l'a mis hors des attaques de l'envie. Les hypocrites s'avancent aussi vers le soleil : j'entends parla, qu'extérieurement ils ont l'air de suivre le même chemin que les enfants de lumière ; ils parlent beaucoup de vérité et de pureté, et revêtent si habilement tous les dehors de la vraie religion^ qu'il est fort difficile de les distinguer des enfants de lumière. La marque à laquelle on peut les reconnaître est qu'ils regardent furtivement l'ombre qui les suit. Leur but principal esi

(Tobténir les honneurs du monde ; ils aiment le eoleîl parce qu'il projette leur ombre; ils aiment la piété à cause de la considération dont elle les entoure ; mais le soleil Tientnl à cacher ses rayons sous un nuage, rombtv disparaît et on découvre btentôC qu'ils se cherchent ailleurs un antre soleil. De telles gens reçoivent leur récompense de leur vivant (Matth. , VI , â). Jésus, soleil de justice, mon âme se tourne vers toi, dans un sentiment d'amour et de foi : les cœurs charnds peuvent rechercher la fiaosse gloire , mais tu préserveras tes enfants d'une semblable fdie jusqu'à ce qu'ils parviennent là où l'ombre doit s'enfuir (Gant., II , 17). »

i'àUMONB: REFUSEE.

Un jour que Théophile <&ait occupé d'afiaires dont l'importance réclamait toute son attention, sa petite fille entra inopinément dans son cabinet et lui présenta la supplique d'une pauvre veuve , où elle exposait les causes de sa misère et demandait un secours. Fâ(^é d'être interrompu , Théophile renvoya sa jeune fille avec de dures paroles ; mais bient(^ il eut lionte de son

emportement et s'écria : — c Misérable que je suis I Que de fois ne me suis-je pas glorifié de ma piété et n'ai-je pas dit avec hardiesse : Seigneur Jésus, tu sais toutes choses, tu sais que je faime ! Et maintenant qae mon Sauveur vient réclamer une légère aumône en faveur de cette pauvre veuve, comme un témoignage de la réa« lité de mon amour , je ne puis supporter un petit dérangement 1 Va donc , ô mon âme , et flatte-toi encore de la sincérité de ta foi ! Die/u aime celui qui donne gaîment (2 Cor. , IX ^ 7) ; mais l'aumône faite d'un cœur contraint et accompagnée de paroles dures est semblable à une rose décolorée, à une farine mêlée de poussière , à un mets sans saveur. Un bienfait doit être pareil à l'huile qui , lorsqu'on la transvase , coule doucement et sans bruit. — Mon Dieu , tu as le monde à gouverner, et pourtant tu ne t'irrites jamais lorsque je crie à toi le soir , le matin et à midi ; lorsque je demande une aumône à ta miséricorde; et moi je ne puis souffrir que mes occupations de néant soient interrompues par les soupirs et les sup« plications de mes frères en Christ ! . . . Je recon* nais mon péché, et dorénavant je recevrai avec plus d'affabilité le Seigneur Jésus dans la personne de ses membres, afin qu'il ne se détourne pas de moi lorsque je me présenterai à lui. »

l'arbre FERTILE.

Un pommier était si chargé de fruits que ses branches se courbaient jusqu'en terre et semblaient inviter le passant à cueillir ses pommes à pleines mains. Théophile le considéra avec joie, et après avoir rendu grâce à Dieu de cette abondance, il descendit au jardin pour cueillir une pomme; mais ayant agité trop fortement la bran^ che flexible, plusieurs fruits s'en détachèrent. — c Ah ! cher petit arbre , que tu es aimable, s'écria-t-il ; tu me donnes plus que je ne te demande. Seigneur , cet arbre me rappelle ton inépuisable bonté qui , pareille à une branche fertile , s'incline vers nous en disant : Je puis faire infiniment plus que ce que vous demander et pensez (Ephés., III, 20). Anna , afQigée de sa stérilité , demanda un fils à FEtemel , et Dieu lui en accorda six (1 Sam. , I, 20 ; II , 21). Saîo* mon désira la sagesse , afin de gouverner ses sujets avec justice , et il reçut aussi des richesses et de la gloire, en sorte qu'il n'y eut aucun roi qui lui fût semblable (1 Rois, III, 12/13). Nous prions Dieu de nous donner notre paiâ

quotidien , et Dieu nous accorde plus que nous ne lui demandons lorsque cela peut nous être utile et avantageux.

i> Ce pommier me semble aussi un bel emblème d'un chrétien fidèle. Le chrétien devrait présenter tous les fruits de la foi ; il devrait tourner vers les indigents ses rameaux fertiles et leur donner avec empressement une large part de son abondance. Mais hélas ! cela se voit si rarement qu'il y a lieu de craindre que beaucoup d'arbres stériles n'usurpent une place précieuse dans le jardin du Seigneur et n'aient à attendre que la hache ou le feu (Luc , XIII ,7, 8, 9). Mon Dieu , rends-moi fertile et prêt à donner à mon prochain des preuves de ma charité ! »

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