LE FROMENT
Dans un séjour que Théophile fit à la campa* gne, il regarda battre le froment et vit que les batteurs non-seulement le frappaient avec des fléaux, mais le foulaient encore avec leurs pieds, et qu'ils séparaient ensuite le grain de la balle, de la poussière et de tous corps étrangers. — «Ceci, pensa-t-il, me rappelle que c'est par beaucoup d'afflictions que nous devons entrer au royaume des deux (Actes, XIV, 22).
Le froment, ce grain précieux entre tous, est premièrement battu , foulé aux pieds, nettoyé, vanné, criblé, secoué, puis ensuite moulu, bluté, cuit, et enfin placé sur la table des princes et des rois. Ne serais-je donc pas bien insensé si je m'imaginais , dans mon méconten-* tement, que Dieu devrait me porter en litière au ciel ou m'y conduire par un chemin jonché de feuilles de roses ? Comment ferais-je des progrès dans la sanctification , si je ne connaissais ni croix ni adversité ? C'est pourquoi, mon Dieu, je m'abandonne entièrement à toi. FrapJ>e, brise, crible mon cœur s'il le faut, afin que je
puisse paraître sur ta table, comme un paia pur et beau. Dorénavant, je veux souffrir avec joie , sachant que ton prophète a dit : Le blé dont on fait le pain se foule; mais le lo' boureur ne saurait le fouler entièrement ; ceci procède de l'Eternel des armées , lequel est admi^ rable en conseil et magnifique en moyens ( Esaïe , XXVUI,28,29).»