‹ Paraboles; ou, Réflexions édifiantes de ThéophileChapitre 27 sur 73 · LES LARMES · texte numérisé non relu

LES LARMES

Théophile aperçut, par hasard, une veuve pauvre et affligée, assise dans le jardin de sa maisonnette, et qui élevait très-souvent ses mains au ciel; de profonds soupirs s'échappaient de sa poitrine , et des larmes ruisselaient le long de ses joues avec une abondance qui rétonna. Lorsqu'il l'eut considérée un moment, il s'approcha d'elle, et aussitôt que cette pauvre femme le vit, elle rougit, essuya ses yeux et chercha à dissimuler son trouble. < Votre vue.

lui dit-il, me fait penser à cette parole du prophèle Jérémie : Une voix très-amère de lamentation et de pleurs a été ou'ie à Rama, Racket pleurant ses enfants; elle a refusé d'être consolée. Mais que dit TEternel ? Retiens ta voix de pleurer et tes yeux de verser des larmes , car ce que tu as fait aura sa récompense, dit P Eternel (Jér., XXXI, 15, 16). Les larmes que je vous ai vue répandre me font assez connaître qu'une douleur profonde oppresse votre âme, car de même qu'on obtient par le feu le suc des herbes et des fleurs , ainsi la fournaise de l'épreuve fait répandre des larmes au cœur souffrant. Toutefois, prenez courage et soyez assurée que le Seigneur entend la voix de vos larmes (Ps.

VI , 9) , qu'il les recueille dans ses vaisseaux et les inscrit dans so7i registre (Ps,, LVI, 9). Vous semez avec larmes, mais vous moissonnei^ez avec chants de triomphe (Ps. CXXVI, 5). »

A ces mots , les pleurs de la veuve coulèrent de nouveau, et elle dit d'une voix altérée :

— «Il est vrai que chaque chrétien doit porter son fardeau ; je puis dire qu'il m'en a été dévolu un fort lourd; cependant, je puis ajouter aussi que je suis heureuse , et je remercie Dieu de ce que, dans sa fidélité, il m'a toujours accordé une nouvelle lumière après chaque épreuve. »

<L Donne-moi aussi , ô mon Dieu , la grâce de répandre des larmes ! s'écria intérieurement Théophile. Elles adoucissent la douleur, brisent et amollissent le cœur, et tu ne les fais jamais couler sans les accompagner de tes paternelles compassions. »

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