LE CHARDON
En passant devant un champ de froment , Théophile remarqua qu'il était envahi par de nombreux chardons. — « Ceci , pensa-t-il , ressemble à bien des choses qui se voient dans le monde. C'est ainsi, par exemple, que les pays fertiles et jouissant d'une paix profonde sont souvent habités par des gens qui oublient corn* platement Dieu. C'est ainsi encore que les esprits les plus distingués tombent parfois dans de graves erreurs , et laissent germer les chardons de la folie à côté du grain pur des pensées éle-
vées et utiles. — Lorsque nos cœurs, arrosés par l'Esprit de Dieu , commencent à porter de bons fruits , il arrive souvent aussi que TEnnemi vient et y sème de mauvaises herbes, qui y croissent et y prospèrent comme dans leur propre terrain. — Il en est de même de notre bonheur et de notre bien-être temporel : tandis que notre froment nous semble prêt à être coupé et que nous espérons engranger de nombreuses gerbes, alors nous apercevons qu'il est mélangé de chardons , c'est-à-dire que le Très- Haut a placé la tristesse à côté de nos joies , afin de nous rappeler que nous ne devons pas nous attendre à trouver dans ce monde une félicité parfaite.
j» Mon Dieu ! il n'est ici-bas aucune sagesse sans folie , aucun bonheur sans malheur, aucune piété sans péché, aucun bien sans mal, aucune estime sans mépris. — Aide-moi donc à aller où tu es , où tu vis , où ta présence rassasie de joie le cœur de tes élus. En toi réside tout bien ; en toi j'aurai tout ; tu seras tout m tow5(4Gor., XV,28). »