‹ Paraboles; ou, Réflexions édifiantes de ThéophileChapitre 37 sur 73 · LE MEILLEUR PLAT · texte numérisé non relu

LE MEILLEUR PLAT

Théophile se trouvant à table avec des amis , leur demanda 9 par manière de passe-temps, quel serait le meilleur plat que Ton pourrait leur offrir. Aussitôt plusieurs réponses se succédèrent. L'un déclara qu'une conversation amicale et édifiante serait pour lui le meilleur des mets, et qu'il partageait complètement l'avis du roi Salomon : Mieux vaut un repas d'herbe où il y a de l'amitié, que celui d'un bœuf engraissé où il y a de la haine (Prov., XV, 17). Un autre assura que, quant à lui, il appréciait par-dessus tout l'affabilité et la tenue soignée de l'hôtesse : < Car, dit-il, si elle parait avec un visage contraint et un air peu gracieux , ou si elle laisse présumer par une mise négligée que la malpropreté entre comme condiment dans ses opérations culinaires, les mets les plus recherches

perdent leur prix. » Un troisième continua :

« Selon moi y le plat le plus excellent est celui qu'on présente à un homme affamé; car les hommes sensuels ont beau se faire servir une foule de mets, ils en trouvent à peine un qui leur plaise , et jamais l'appétit n'assaisonne leur repas. » Un quatrième dit que le plat auquel il accordait la préférence était le caractère généreux et loyal du maître de la maison : < Car, à mon avis, observa-t-il, si le convive peut soupçonner que l'invitation n'a pas été franche ou qu'elle a été faite par un cœur parcimonieux; s'il s'aperçoit que les morceaux qu'il mange sont comptés, que chacun de ses mouvements est épié , alors tous les mets lui deviennent insipides. >

Lorsque chacun eut formulé sa pensée , Théophile prit la parole en ces termes : « Vos ré-* ponses témoignent d'un jugement sain , cependant permettez-moi de vous exprimer aussi mon opinion. Le plat le plus exquis est, pour moi, celui qu'on s'est procuré par des moyens honorables et dont on jouit avec reconnaissance envers Dieu, sans oublier d'en faire part aux Lazares qui sont à notre porte. Comment, en effet, pourrait-on appeler bon un plat qui serait assaisonné de la malédiction divine et des larmes du pauvre ? Ceux qui auront ainsi manqué

de gi*atitude à Tégard de Dieu el de charité à regard du prochain, éprouveront dans le feu de Tenfer le besoin d'une goutte d'eau pour rafraîchir leur langue, mais de même que le riche qui vivait dans les délices (Luc, XIV) , ils ne pourront Toblenir. Ah ! Seigneur Jésus ! ne me donne, si tu veux, qu'un morceau de pain; mais de grâce, arrose-le de ta bénédiction et remplis-le de la saveur de ton amour! »

Page 1