‹ Paraboles; ou, Réflexions édifiantes de ThéophileChapitre 38 sur 73 · LE CHIEN · texte numérisé non relu

LE CHIEN

Théophile se faisait suivre à la promenade par son chien ; mais un jour cet animal retourna au logis contre son habitude , laissant son maître poursuivre seul sa route. Lorsque Théophile rentra chez lui , il prit devant son chien une attitude menaçante, leva son bâton comme pour l'en frapper et l'apostropha avec rudesse. Le chien , honteux de sa faute , se coucha en gémissant aux pieds de son maître. — «Ah !

exclama Théophile, quand deviendrai-je aussi intelligent que cet animal destitué de raison ? Seigneur Jésus, je pèche chaque jour contre toi ; et , bien que mon désir soit de suivre tes

traces , je te quitte néanmoins pour marcher où mon cœur me mène. Si du moins je savais m'humilier devant le plus glorieux el le plus puissant des maîtres y comme cet animal devant un homme pécheur et impuissant ! La pécheresse repentante (Luc, VII, 37) et la Cananéenne (Matth., XV, 25) se jetèrent aux pieds du Seigneur Jésus, mais combien est petit le nombre de ceux qui les imitent ! Le cœur corrompu de l'homme est semblable à une bulle remplie d'air, laquelle s'élève toujours à la surface de l'eau : il ne songe pas que, dans le royaume de Dieu , l'abaissement est l'unique moyen de parvenir à l'élévation. Seigneur ! foule à tes pieds mon cœur charnel, afin qu'il apprenne à s'hu; milier ! Presse-le comme une grappe de raisins, afin qu'il verse des larmes de repentir ! Chargele de ta croix, plie-le sous ton joug, rends-le triste, misérable, petit!.... Dispose-le, en un mot, à recevoir tes consolations, tes grâces et ton amour. »

l'affligé.

Un homme vint trouver Théophile, et lui dit qu'il désirait lui parler en particulier. Lorsque

celui-ci Teut introduit dans une chambre écartée, il se mit à fondre en larmes et ne put prononcer une parole. Sur quoi Théophile lui dit : — a Vos yeux me parlent à défaut de votre bouche et m'apprennent que vous gémissez sous le poids de l'afQiction. Cher ami, faitesmoi part de vos peines et soulagez votre cœur. — Ah ! s'écria le visiteur d'une voix entrecoupée , péché I péché I poison de l'âme ! comme tu tourmentes et ronges ma pauvre âme.... » Â ,ces mots Théophile le regarda d'un air joyeux, et dit : — « Peu s'en est fallu que vous ne m'eussiez rendu triste et que vos larmes n'eus^ sent fait couler les miennes; mais votre douleur, autant que je puis le comprendre, n'est pas de nature à m'afQiger; elle doit me réjouir bien plutôt, et votre trouble m'est précieux. Les anges rient , tandis que vous pleurez , et le Seigneur lui-même se réjouit de votre tristesse; car la tristesse qui est selon Dieu produit une repentance qui conduit au salut ^ et dont on ne se repent jamais (2 Cor., Vil, 10). Ah! plût à Dieu que tous les hommes impénitents fussent dans une disposition analogue à la vôtre; mais, hélas ! beaucoup de gens se lamentent de n'avoir pu faire leur volonté , mais fort peu pleurent de l'avoir accompli ! Je vois beaucoup d'hommes attristés, mais peu qui s'ai&igent à cause

de leurs péchés. Malheureuse est l'âme qui n'a jamais pleuré sur elle-même. Les cœurs troublés sont des vases destinés à recevoir le sang et les consolations du Seigneur Jéslis. Laissez donc couler vos larmes sans amertume : elles sont une potion salutaire que le céleste Médecin juge bon de vous administrer. — Ah!

pourquoi Dieu m'a»t-il laissé errer loin de lui? poursuivit l'afQigé en pleurant de nouveau; pourquoi m'a-t-il laissé tomber dans le péché ? — Soyez assuré , cher ami , répondit Théophile, que Dieu aurait préféré que vous n'eussiez pas péché. Mais puisque vous avez commis l'iniquité, remerciez le Seigneur de sa miséricorde et de sa longue attente, car il aurait pu vous punir il y a longtemps , et par une mort subite vous plonger dans la nuit éternelle. Sachez aussi que Dieu ne permettrait pas au péché d'exercer ses ravages sur la terre, s'il n'avait la puissance et la bonté de faire sortir le bien du mal. Que la connaissance de votre état de péché produise donc de plus en plus en vous une divine tristesse , une sainte haine pour tout ce qui est mal , une désaffection toujours plus profonde pour les choses de la terre , et un désir toujours plits vif après les choses du ciel. Alors sur le terrain arrosé par vos pleurs de repentir, on verra croître la douceur,

la patience , l'humilité , la compassion pour les misères de votre prochain. Personne n'enseigne avec plus de douceur, personne n'attend avec plus de patience , personne ne console avec plus de sympathie , personne ne donne de meilleur cœur que celui qui a éprouvé le besoin de secours , de consolation , de patience et de douceur. Personne n'aime avec plus d'ardeur le Seigneur Jésus que celui auquel il a été beaucoup pardonné. La grâce n'est à personne plus douce qu'à celui qui , ayant senti douloureusement son péché , a goûlé la disgrâce de Dieu. N'imputez vos fautes et vos chutes qu'à votreméchanceté naturelle ; mais remerciez Dieu de la repentance que vous éprouvez, du désir que vous avez d'obtenir le secours de sa grâce, car c'est à sa bonté merveilleuse que vous êtes redevable de tous les bons mouvements qui peuvent se produire en vous. »

Page 1