‹ Paraboles; ou, Réflexions édifiantes de ThéophileChapitre 40 sur 73 · LE FIEF · texte numérisé non relu

LE FIEF

Un jour on racontait devant Théophile que plusieurs seigneurs qui possédaient d'anciens flefs, dont leurs ancêtres avaient été investis par la couronne, étaient encore obligés de payer une redevance annuelle de 3 sous aux finances de l'Etat, sous peine de perdre le fief. Gomme chacun s'en étonnait , Théophile prit la

parole et dit : € En imposant ce tribut à ses vassaux y la puissance supérieure n'a eu d'autre but que de leur laisser un mémorial des obligations qui les lient à elle ; elle a voulu leur rappeler à toujours que c'est à sa libéralité qu'ils sont redevables de leur bien-être , et non pas faire peser sur eux une lourde charge, comme le prouve évidemment l'extrême modicité de l'impôt, qui est tout-à-fait hors de proportion avec le revenu du domaine important qu'elle leur a octroyé. Ceci nous représente les rapports qui existent entre Dieu et les hommes. Dieu est le suzerain à qui tous les empereurs, les rois , les princes , les comtes , les gentilshommes , les bourgeois et les paysans paient la redevance; car bien que la terre et tout ce qu'elle contient lui appartienne , il l'a cependant donnée aux enfants des hommes (Ps. XXIV, 4 ; CXV, 16). Je le répète, il n'y a personne qui ne soit vassal de Dieu. Une part de biens est adjugée à chacun ; l'un reçoit beaucoup , l'autre peu , selon qu'il plaît à la sagesse divine. Et qu'exige le Très-Haut en échange des biens dont il nous fait jouir? Un soupir de reconnaissance, la louange de son nom glorieux, un chant de joie à son honneur, une offrande légère de ses dons au prochain. Ah ! rougis, homme ingrat , qui ne t'acquittes pas de ce de-

voîr avec empressement. Qu'est ton obole, je te le demande , comparée aux bienfaits innombrables dont Dieu t'a comblé ? Et cependant, ce faible tribut tu oublies trop souvent de le payer !

» Seigneur, mon Dieu ! je suis ton vassal. Tu m'as beaucoup donné, et je n'ai rien à t'offrir, car ma reconnaissance, quelque grande qu'elle pût être, serait devant toi comme un rien.

Agrée-moi donc, Seigneur, avec ce rien, et que ta grâce toute gratuite soit exaltée par moi. »

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