LE HIBOU
En passant devant une propriété, Théophile observa qu'on avait cloué un hibou à la porte de la maison. — « Savez-vous, dit-il à son compagnon, ce que signifie l'exposition publique de cet oiseau? C'est un reste de superstition qui nous vientdu paganisme. Ceux qui attachaientune grande importance aux augures, considéraient le hibou comme un messager de malheur dont le cri annonçait quelque événement funeste ; en conséquence, ils pourchassaient ces oiseaux jusqu'à ce qu'ils tombassent entre leurs mains , morts ou vifs , et ils les fixaient à la porte des maisons, dans l'espoir que tous les malheurs dont les habitants étaient menacés fondraient sur eux. N'est-ce pas une chose honteuse que de nos jours encore quelques personnes soient assez superstitieuses pour redouter le cri de cet oiseau ?
> Je ne veux pas quitter ce sujet sans en tirer quelques bonnes réflexions, continua Théophile. Le hibou est un oiseau qui craint la lumière et aime l'obscurité ; on le voit rarement de jour ,
mais il sort au crépuscule pour chercher sa nourriture. Il est l'image des hommes impies qui préfèrent les ténèbres à la lumière ; qui sont prudents et perspicaces dans les choses futiles, passagères et mauvaises , mais qui ne voient ni ne comprennent rien à ce qui est divin, spirituel et céleste. En oulre la vue de cet oiseau cloué sur la maison , doit nous rappeler que ceux qui auront aimé les œuvres d'obscurité seront jetés dans Téternelle obscurité, et fixés avec les clous de la justice divine à la porte de l'enfer. — Rejetom donc les oeuvres de ténèbres , et revêtons-nous des armes de lumière : marchons honnêtement comme de jour, et non dans les débauches et dam l'ivrognerie ^ dans la luxure et dans les impudicités , dans les querelles et dans l'envie (Rom., XIII, 12, 13). >
Lxm.
LA MEUXEURE CHAMBRE.
Une maison , de construction récente , attira l'attention de Théophile : il désira la visiter, et, tout en la parcourant, il demanda à ceux qui la lui faisaient voir quelle était la chambre ou l'endroit d'une maison auquel ils donnaient la
préférence. « A mon avis, répondit l'un, la meilleure chambre est celle qui est la plus haute, la plus claire et la plus facilement chauffée. » — D'autres nommèrent la cuisine, la cave, le bureau, la chambre à coucher, etc. Théophile reprit : « Il n'est pas douteux que chacun de ces endroits ne doive être apprécié, mais selon moi celui qu'un chrétien doit préférer à tout autre , c'est la chambre où il a coutume d'adresser ses prières à Dieu. C'est d'une telle chambre que notre Rédempteur a dit : Mais toiy quand tu pries, entre dans ton cabinet et ayant fermé la porte, prie ton Père qui est dans ce lieu secret, et ton Père qui te voit dans le secret, te le rendra publiquement (Matth., VI, 6). C'est là le sanctuaire d'où découleront, comme d'une source , toutes les bénédictions sur les membres de la famille. Le ciel est ouvert sur cette chambre de la prière; là se dresse l'échelle où les anges de Dieu montent et descendent; là, l'homme parle avec Dieu comme avec un ami ; là , il lui confie toutes ses peines ; là , il est consolé dans son angoisse, réjoui dans sa tristesse; là, s'arrête l'arche de l'alliance, en considération de laquelle toute la maison est bénie, comme le fut celle d'Hobed-Edom (2 Sam., VI, 11). Bienheureux est l'homme dans la maison duquel un tel sanctuaire existe I Mieux vaut une
misérable hutte où l'on prie avec assiduité, qu'un palais somptueux où le Seigneur est méprisé. >