‹ Paraboles; ou, Réflexions édifiantes de ThéophileChapitre 43 sur 73 · LE CHAMOIS · texte numérisé non relu

LE CHAMOIS

Un prince avait fait enfermer des chamois dans une grande cage pour les envoyer, par mer, à un puissant monarque. On admirait combien ces animaux sauvages et craintifs avaient été vite apprivoisés et s'étaient habitués à venir manger dans la main du premier venu l'avoine , le foin, les choux qui leur étaient présentés. Théophile, en les voyant , fit la réflexion suivante : — « Ah ! mon Dieu , comme la contrainte est une croix salutaire , comme elle est utile pour nous rendre humbles et doux ! Quand l'âme est libre et exempte de soucis , elle se meut dans les plaisirs mondains, comme le chamois s'ébat dans les forêts , elle ne pense pas plus à toi que le chamois ne pense à l'homme. Et de même qu'à l'étaf de nature, le chamois prend la fuite à la vue de l'homme et n'accepte rien de sa main, de même les enfants d'Adam s'éloignent toujours plus de toi au jour de leur prospérités

Lorsque lu cries : Mon enfant, où es-tu? nous nous cachons (Gen., III, 9). Lorsque tu nous appelles, nous fuyons; lorsque tu nous offres ta grâce dans ta parole, nous restons insensibles et même notre âme s'ennuie d'une telle nourriture (Nomb., XXI, 5). Et comme le chasseur guette le trop confiant chamois et l'abat , à l'improviste , d'un coup de feu , ainsi notre âme n'est jamais exposée à un plus grand péril que lorsqu'elle se croit en sûreté.

y» Nous te remercions donc, ô Dieu, de ce que tu ne nous abandonnes pas à nous-mêmes, et nous reconnaissons que si tu permets que nous soyons parfois harcelés par la calomnie, si tu nous enveloppes dans quelque embarras, comme dans un filet, si tu nous enserres et nous domptes , soit par la misère , soit par la maladie, soit par des peines morales ou physiques, c'est afin que nous pensions à toi, que nous devenions pieux et débonnaires, que nous te reconnaissions comme notre Dieu et que nous saisissions avec empressement les consolations que nous présente ta main miséricordieuse.

Oui, mon Dieu, avec le Psalmiste,^^ te célébrerai de ce que tu m'as exaucé et de ce que tu as été mon libérateur (Ps. CXVIII, 21). »

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