LES POULES
Un voisin de Théophile jetait souvent des miettes de pain par la fenêtre à ses poules, et, de temps à autre , y joignait une poignée de grain. Les poules s'étaient non-seulement accoutumées à accourir aussitôt qu'on ouvrait la fenêtre, mais encore elles se plaçaient au-dessous et annonçaient par un gloussement particulier qu'elles attendaient un régal. Théophile dit à cette occasion : — (f Ces poules agissent avec leur maître comme nous agissons à l'égard de Dieu. En effet, parce qu'il nous accorde ce qui nous est nécessaire pour le temps présent , nous nous croyons autorisés en quelque sorte à revenir à la charge et à ne pas le quitter qu'il ne nous ait donné ce que nous lui demandons. Je m'étonne souvent de la hardiesse avec laquelle les enfants de Dieu s'approchent de lui , comme aussi de la bonté et de l'aménité de ce Seigneur tout-puissant qui, non-seulement les engage à prier, mais qui prend plaisir à les écouter. Souvenezvous des prières du roi-prophète : — Etemel j prête Voreilte à mes paroles, écoute ma médita-
tiofiy mon roi et mon Dieu! Sois attentif à la voix de m^m cri (pourquoi donc?), car je t'adresse ma requête (Ps. V, 2, 3). C'est comme si un pauvre venait frapper à notre porte avec impétuosité, en disant : « Ouvrez, car je' viens mendier ! > Ailleurs , le Psalmiste nous appelle à répandre notre cœur en la présence du Seigneur (Ps. LXII, 9). Si un homme malade et besogneux se dépouillait de ses haillons et montrait à un homme riche ses membres difformes et ses ulcères, il lui procurerait vraisemblablement un médiocre plaisir et lui ferait détourner les yeux. Mais le Dieu de miséricorde n'est pas aussi délicat; combien de soucis, de misères, de péchés et de hontes nos cœurs ne renferment-ils pas I cependant , Dieu nous invite à les lui exposer sans crainte, afin qu'il puisse nous secourir. Dieu libéral et plein de compassion , pourrai-je jamais t'aimer assez pour tout ton amour? Tu sais avec quelle hardiesse je te parle ; combien de fois j'ai dit : « Si tu ne veux pas me secourir, montre-moi un autre Dieu et un autre Sauveur ; » et ta Parole m'a répondu : Y a-t-il un autre Dieu que moi (Esaïe,XLlV, 8)? Maintenant, mon Dieu, je te remercie de ce que je puis te parler avec joie, et de ce que j'ose tout attendre de ta bonté, n