‹ Paraboles; ou, Réflexions édifiantes de ThéophileChapitre 47 sur 73 · LE PAPIER · texte numérisé non relu

LE PAPIER

Après avoir acheté quelques mains de papier, Théophile fit les réflexions suivantes : < Ce produit utile de l'industrie humaine provient de mauvais chiffons et n'en est pas moins le dépositaire de toutes les sciences et de tous les arts, le serviteur de tous les gouvernements, le négociateur de toutes les entreprises commerciales ou autres , la seconde mémoire de Thomme, la colonne la plus durable d'un nom glorieux. Le chiffonnier parcourt les villes , les villages et les bourgs , et, à sa demande, l'on cherche, dans tous les coins , les haillons inutiles ; il les mène à son moulin ; là ils sont lavés , broyés , façonnés et collés , et enfin mis en état d'être présentés aux rois et aux princes. Ah ! combien il est déplorable que le Très-Haut soit si mal remercié de cette utile invention , et que tant de papier blanc soit souillé par des pensées impures , des blasphèmes , des erreurs et des mensonges!

» Mais une pensée d'un ordre plus élevé surgit dans mon esprit. Mon Dieu , je me

souviens de la résurrection de mon corps.

Lorsque l'âme s'en séparera je ne sais en vérité s'il vaudra mieux qu'un haillon ; on s'empressera de le mettre en terre , où il deviendra la proie de la corruption et sera réduit en poudre. Mais si l'homme peut, par son art, tirer une matière utile , belle et pure de chiffons dégoûtants, ne pourras-tu pas à plus forte raison ressusciter mon corps et le rendre semblable au corps glorieux du Seigneur Jésus (Philip., III, 21) ? Oui, tu peux faire infiniment plus que tout ce que nous demandons et pensons (Ephés., III, 20). C'est pourquoi je mourrai avec joie, parce que je suis assuré qu'à la place d'un corps pécheur, infirme, faible, frivole et corruptible, tu m'en donneras un nouveau, saint, accompli, fort, admirable et incorruptible, sur lequel seront retracées , comme sur un papier blanc, ta divine sagesse , ta céleste clarté et ton excellence inénarrable. >

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