‹ Paraboles; ou, Réflexions édifiantes de ThéophileChapitre 58 sur 73 · LE BON TEMPS · texte numérisé non relu

LE BON TEMPS

Après plusieurs semaines d'un temps agréable et chaud , quelqu'un fit cette remarque : — c Ah ! que peut-il résulter de cette succession de jours chauds » et que nous apportera ce so* leil qui paraît ne jamais vouloir permettre à la pluie d'approcher? > Théophile répondit : — « Comment? un ciel serein et un brillant soleil vous effraient? — Oui, reprit l'autre, car on ne doit pas regarder seulement au temps présent ; il faut considérer qu'un sourire perpétuel du ciel pourrait sécher la bonne semence dans les champs , flétrir les fruits dans les jardins et faire verser des pleurs amers sur la terre. — Trèsbien , dit alors Théophile , et ce que vous venez de dire s'applique , on ne peut mieux , à cette félicité temporelle que l'on compare souvent à un ciel sans nuages ou aux jours de soleil. Une prospérité continuelle nous serait aussi nuisible qu'une sécheresse prolongée l'est aux fruits de la terre. L'orage, les nuages épais et sombres, l'éclair qui sillonne la nue , le tonnerre qui ébranle et épouvante la terre, la pluie qui se

répand par torrents , sont choses désagréables ; mais elles raniment les plantes et sont même nécessaires aux hommes et aux animaux; la lumière jaillit de l'obscurité et la bénédiction arrive avec la pluie. De même les afflictions et les revers effraient, attristent et font souffrir la chair, mais ils rafraîchissent l'âme , et amènent à leur suite la joie spirituelle et un divin contentement. Je suis convaincu que pour un seul homme que l'infortune a livré au désespoir, on en trouverait mille que la prospérité a perdus. C'est pourquoi ne redoutons pas outre-mesure les jours sombres ; . tenons en tout temps notre bonheur comme très-précaire ; et de même qu'on arrose les jardins avec plus d'assiduité pendant les jours chauds, afin que leurs produits ne périssent pas , prions d'autant plus durant les jours de notre prospérité, afin que Dieu ne détourne pas sa grâce de nous et ne nous prive pas de son Saint-Esprit. Marchons dans l'humilité et avec circonspection, en sorte que notre bonheur temporel ne contribue point à notre malheur éternel. »

< Mon Dieu et mon père ! il m'arrive souvent de penser à cette parole d& ton prophète : Tu t'es couvert d'une nuée , afin que notre requête ne passât point jusqu'à tot(Lam., III, 44). Lorsqu'un sombre nuage de tristesse se place

entre toi et moi y j'ai la bouche fermée , car je sais que ce sont mes péchés qui me dérobent ta vue. Cependant, comme le soleil luit*, au travers des nuages, et fait sentir à la terre sa bonne influence au milieu même de la pluie, ainsi, tu restes , ô mon Dieu , auprès de mon âme afQigée et tu agis si fortement en elle , que je ressens aussitôt les effets de ta grâce. Soit donc que tu te montres doux ou sévère, tu es toujours un Père tendre et un Dieu miséricordieux. »

LE VASE IBiPUR.

On venait d'ouvrir un vase de vin , et l'on était allé chercher Théophile , afin qu'il donnât son avis sur la qualité du vin. Après que Théophile l'eut goûté, il dit : — « Ce vin , légèrement troublé, est l'image de nos pensées, de nos paroles et de nos œuvres; parce que nos cœurs sont souillés parle péché, tout ce que nous disons ou faisons, porte l'empreinte de l'imperfection, laquelle nous ne remarquons pas toujours à cause de la force de l'habitude, mais qui n'est point cachée au Dieu tout puissant, tout sage et tout juste. >

« Ah! s'écria un homme pieux qui avait entendu cette remarque, combien un cœur méchant et impie rend malheureux ! Notre Dieu ne dit-il pas au prophète : Nettoie ton cœur de la malice afin que tu sois délivré (Jér., IV, 14)? Depuis nombre d'années je cherche à nettoyer ce vase impur par d'ardentes prières, beaucoup de larmes, des combats incessants, des résolutions souvent renouvelées, l'audition assidue et la méditation de la parole divine; et cependant, hélas! je n'éprouve pas d'avoir été secouru d'une manière efficace. L'impureté s'est si profondément ancrée dans mon cœur qu'aucun lavage ne peut l'en extirper. Aussi parfois le découragement me saisit, et tout mon christianisme me paraît souvent ne pas posséder plus de valeur qu'un fétu. D

A cela Théophile répondit : — « Si Dieu ne purifie pas entièrement nos cœurs dans celte vie et ne les délivre pas du péché originel, c'est précisément afin que nous ne devenions pas orgueilleux, mais que nous restions constamjnent attachés à sa grâce et aux blessures du Seigneur Jésus, comme des enfants faibles et altérés. C'est pourquoi nous ne devons pas nous laisser abattre , ni croire que parce que notre piété nous mécontente, elle déplaît aussi à Dieu. Notre Père céleste connaît les faiblesses et les mi-

sères de ses enfants , et dans son amour il use Je patience à leur égard. ;»

Théophile cita ensuite ces paroles de Tauler : < Seigneur, ton regard pénètre jusqu'au fond » des cœurs et tu y lis toutes nos pensées ; tu

> sais que je voudrais pouvoir te présenter une

> âme pure, et je ne possède qu'un vase souillé.

> Je te le sacrifie tel qu'il est; s'il était meilleur, ) je te le donnerais meilleur; je te prie de le

> purifier avec ton sang, afin qu'il puisse être » régénéré par ta sainte influence. >

LE GÂ.DEÂU DE l'ENFANT.

Une petite fille dont la mère s'eûtretenait avec Théophile dans un jardin proche de leur maison, vint auprès d'eux et lui offrit avec une grâce enfantine quelques feuilles qu'elle tenait à la main, puis une ûeur qu'elle venait de cueillir, d C'est bien , ma petite fille, dit Théophile. J'accepte ton humble présent, parce que dans ta simplicité tu croyais me donner quelque chose de prix. Mon Dieu ne m'accepte-t-il pas aussi tel que je suis? Je voudrais lui apporter une foi ferme, un amour brûlant , une grande piété ,

une louange sincère, des prières ferventes, une obéissance d'enfant ; et lorsque je cherche dans le jardin de mon cœur, je ne trouve pas les fleurs qui plaisent à mon père, et je n'ai à lui offrir que ma faiblesse, mes désirs, mon bon vouloir et mes petits commencements. 11 accepte cependant mes offrandes, quelque chétives qu'elles soient. Lorsqu'il estimait davantage les deux pites que la pauvre veuve mettait au tronc, que toutes les ofiTrandes des riches (Luc, XXI , 2, 3); lorsqu'il déclarait que quiconque donne un verre d'eau froide à un des siens ne perdra point sa récompense (Matth., X, 42), il nous donnait la mesure de sa paternelle condescendance. Maintenant, mon Père, mon âme se réjouit et pousse des cris d'allégresse parce que tu es son Dieu, parce qu'elle ose s'attendre à toi, parce que tu acceptes les moindres dons qu'elle met à tes pieds. Cependant je veux travailler à améliorer mes offrandes ; et ce qui résultera de mes forces et de ma capacité, je te le présenterai par la main de mon médiateur Jésus! alors mon sacrifice ne te sera pas désagréable malgré son imperfection. »

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