‹ Paraboles; ou, Réflexions édifiantes de ThéophileChapitre 60 sur 73 · LA VERGE · texte numérisé non relu

LA VERGE

Théophile arriva chez un de ses amis à

rheure du dîner et le trouva à table avec ses enfants. 11 vit qu'on donnait à ceux-ci une nourriture abondante , qu'ils devaient manger proprement et en silence; et, afin qu'ils n'oubliassent pas de se conduire convenablement, une verge était placée près de l'assiette du père. Théophile dit à son ami : c Vous agissez comme notre bon Père céleste , qui dresse au^si une table pour ses enfants (Ps. XXIll, 5,), et les fait jouir de toute espèce de biens spirituels et temporels; mais la verge de l'affliction est posée auprès de cette table, afin que nous ne nous enorgueillissions pas, et que nous continuions à marcher dans une crainte filiale^ et une obéissance enfantine. L'arche de l'ancienne alliance ne contenait pas uniquement l'urne d'or dans laquelle était la manne, mais aussi la verge d'Àaron , qui avait fleuri, et qui représentait le droit paternel de Dieu sur ses enfants. Or, la manne et la verge doivenfr servir également à notre bien, car c'est la môme main qui dresse la table et qui dirige le châtiment , c'est du même cœur que procèdent l'affliction et la consolation. Dieu demeure notre Père le plus tendre, soit qu'il frappe ou réjouisse, soit qu'il châtie ou délivre. Et comme l'a dit un profond penseur , il est difficile de décider lequel, du pain ou de la verge, est le

plus profitable aux enfants; car s'ils ne peuvent vivre sans pain , sans la verge ils ne sauraient apprendre à bien vivre. Oui , convenons-en :

l'affliction nous est aussi nécessaire que la vie, et beaucoup plus utile que tous les honneurs et tous les biens du monde. Les saintes âmes qui parvenues à la lumière, comprennent complètement le mystère de la croix, et jouissent dans l'éternelle paix des bons fruits de la racine amère de l'épreuve, remercient particulièrement le Tout-Sage de sa paternelle discipline , reconnaissant que sans elle ils n'auraient pas atteint à cette gloire et à cette félicité. Et nous qui sommes encore ici-bas, apprenons aussi à dire du fond de notre cœur : Il m'est bon d'àvoir été affligé afin que f apprenne tes statuts {?s. CXIX, 71).

> Quiconque veut participer à la table de Dieu, ne doit donc pas s'étonner de ce que la verge est posée dessus ; bien plus, il doit s'attendre à manger plus d'une fois avec larmes le pain de son Père céleste. Sur cette terre, il faut qu'il en soit ainsi; mais lorsque nous serons assis à table dans le ciel, toutes les verges seront jetées au feu.

> Mon Père! je veux m'accoutumer à tes façons d'agir. Loin de moi les murmures, loin de moi les raisonnements! Je veux ap-

prendre à aimer non-seulement le pain, mais encore la verge. »

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