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CHAPITRE IV La Médecine de Paracelse

Au cours de ses études, Paracelse avait assisté au combat de deux tendances. L’esprit du moyen âge continuait à inspirer l’enseignement officiel, mais il était battu en brèche par les novateurs, les irréguliers, dont le nombre et la vitalité devaient finir par balayer tout le reste. Paracelse vivait dans cette Renaissance pendant laquelle tous les représentants de l’esprit nouveau se cherchaient au carrefour des voies différentes qui les avaient amenés et bâtissaient une synthèse de leurs apports concordants. Il avait opté le jour où, délaissant l’Université de Râle, il était allé chercher l’enseignement de Trithème et, au cours de ses méditations, il avait conçu son plan pour devenir un des bâtisseurs les plus géniaux de son époque. Tout ce fatras du passé se confondait, dans son cœur, avec sa ténébreuse enfance ; il avait appris à haïr la majesté trompeuse et l’autorité abusive des robes doctorales ou ecclésiastiques. Il lui fallait explorer un domaine vrai, où il se sentirait enfin roi, pour suppléer à sa jeunesse solitaire et à sa vie sans amour. C’était, sur le plan spirituel, une question de vie ou de mort. Il y travailla avec passion.

Il avait connu cette philosophie scolastique tirée de l’enseignement d’Aristote et répartissant l’univers en catégories fermées, définitivement étrangères et opposées. On lui avait montré, dans sa jeunesse, comme essentiellement distincts. Dieu d’un côté, le monde de l’autre, le premier dominant entièrement le second ; on lui avait également affirmé que l’âme et le corps forment un dualisme irréductible, l’un subordonné

à l’autre par destination fatale. Il avait contemplé cette philosophie distinguant partout la Forme et la Matière, l’Essence et la Substance, le Bien et le Mal, Dieu et le Diable, le Vrai et le Faux, sans compromission possible, basant toutes ces dualités sur un état d’opposition et d’antagonisme tel que le seul équilibre désirable était la soumission totale d’un terme à l’autre. Il avait retrouvé dans cette conception du mondechamp de bataille, le vieil esprit romain de conquête et d’esclavage et les principes d’une Église d’inquisition et de persécution. Il avait vu ce besoin de faire triompher un principe et d’en asservir un autre par tous les moyens, sans conciliation, sans nuances, sans pitié, forger des chaînes et allumer des bûchers. Il avait étouffé dans ce monde théocentrique, aux divisions absolues, sans autre possibilité d’évolution qu’un jugement dernier avec un ciel éternel ou un enfer sans fin, dans ce monde figé, immuable en ses certitudes paradoxales, enfermé en vase clos.

Toute l’époque de Paracelse attendait autre chose. Les idées nouvelles qui devaient faire craquer ces cadres rigides comme des carcans devaient, par réaction, être d’inspiration moniste et évolutionniste. On les avait vus poindre, dès la fin du xiv^ siècle, dans les thèses de Duns Scott, Ocham, Gerson, attaquant les théories métaphysiques d’Aristote et de saint Thomas sur les principes constitutifs de l’être. Le métaphysicien Cusa avait nié l’existence de principes contraires dans la nature.

Or, malgré ces signaux précoces sur le terrain métaphysique, c’est-à-dire sur la base même du savoir médiéval, la médecine n’avait pas encore évolué. On en était toujours, dans les Facultés, au système de Galien, opposant les humeurs dans le corps, et les qualités élémentaires dans la thérapeutique.

La Médecine a d’ailleurs cette malheureuse destinée d’être la plus conservatrice et la plus routinière des connaissances humaines. Il lui faut tellement de temps pour élaborer une pratique répondant aux idées théoriques, qu’elle se trouve toujours d’un siècle au moins en retard sur les acquisitions d’une époque. Aujourd’hui, par exemple, alors que, depuis plusieurs décades, la Physique est parvenue à une conception de la matière purement énergétique, les médecins continuent à

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soigner selon les conceptions chimiques de 1830 et se figurent augmenter la valeur de leurs prescriptions en forçant les doses des remèdes. Ils croient toujours neutraliser un poison par un réactif ; du moins formulent-ils comme s’ils le croyaient.

On comprend que Théophraste, ayant abreuvé son esprit aux sources essentiellement monistes et dialectiques de la Kabbale et de l’Alchimie, ait d’abord éprouvé de l’aversion pour une pareille médecine. Dans la préface de sa Grande Chirurgie, il raconte cette prise de contact : « Je n’étais que plus incité, dit-il, à croire que la médecine était incertaine, inconstante et défendue, ayant opinion que c’était illusion diabolique, tellement que je la quittais entièrement pour m’adonner à suivre un autre état, jusqu’à ce que, lisant cette sentence de Jésus-Christ qui dit en l’Évangile « les sains n’avoir besoin » de médecine, mais les malades », j’ai alors commencé d’entendre qu’il ne se pouvait faire, suivant les paroles de Jésus- Christ, que cet art ne fût, voire certain, ferme, véritable et perpétuel, et qu’en lui il ne fallait attribuer aucune chose à l’aventure., à la superstition ou au diable. C’est pourquoi, ayant derechef repris, puis délaissé ce que j’avais autrefois ouï des professeurs d’icelle et ce que les anciens en avaient laissé par écrit, j’ai connu que la vraie source de la médecine, et la racine d’où elle procédait, n’avait été connue par aucun d’eux, et qu’ils s’étaient arrêtés aux ruisseaux seulement, sans monter jusqu’à la source. »

C’est-à-dire que, son dégoût une fois surmonté, Paracelse décida de refaire, lui-même, une autre médecine, entièrement différente de celle qu’il avait vu professer à son père, et dans laquelle, pour ainsi dire, il avait été élevé ; une médecine conforme aux idées nouvelles.

Si les premiers alchimistes grecs et les Arabes avaient surtout recherché le moyen de faire de l’or, du moins avaient-ils entrepris cette chrysopée sous le principe de l’unité de l’univers. Il fallait bien que la matière, dans ses diverses formes, fût réductible à un constituant commun pour que la transmutation devint possible et, s’il en était ainsi de la matière enfermant des éléments subtils sous sa grossière apparence, pourquoi n’en aurait-il pas été de même de l’âme ? En se fondant avec la Kabbale pour constituer la Philosophie Hermétique, l’Alchimie

devait systématiser sa conception moniste de l’univers et en faire la pierre angulaire de toutes ses doctrines. Comme corollaire, l’idée de transmutation menait à une vision évolutionniste du monde. Le principe unique avait engendré toutes choses différentes par transformations successives. Le fameux Credo alchimique qui, sous le nom de Table T Emeraude, fut publié un certain temps après Paracelse, mais pour exprimer des idées déjà pleinement mûries de son temps, n’afïirme-t-il pas que : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas et ce qui est en bas comme ce qui est en haut, pour accomplir les miracles de la Chose Unique (l’Univers). » Et il ajoute : « Comme toutes choses ont été et sont venues d’Un, ainsi toutes choses sont nées de cette Chose Unique, par adaptation. »

En vérité, ce monisme dialectique avait inspiré la plupart des philosophies antiques. On le retrouve dans l’Égypte d’où Hermès Trismégiste passait pour avoir rapporté les préceptes de la Table d’Êmeraude, dans la Grèce des platoniciens et néo-platoniciens, dans l’Inde et chez les Druides de la vieille Gaule. Seules la culture romaine, parce qu’elle était très primaire et profondément dépourvue de sens philosophique, et l’Eglise catholique, parce qu’elle avait ajouté à cet esprit romain des dogmes successifs qu’elle voulait infaillibles, parce qu’elle avait besoin de trancher péremptoirement toutes les discussions, sans nuances et sans conciliations, comme à la caserne — s’étaient écartées de ces conceptions compréhensives du monisme dialectique. Par un singulier retour des choses, les Croisades, entreprises pour assurer la domination de Rome sur l’Orient, avaient sournoisement ramené ces idées subversives dans l’Occident. Paracelse, au cours de ses voyages, en avait retrouvé les traces dans l’histoire des Chevaliers de Malte, des Cathares, des Templiers.

Toute la médecine de Paracelse est basée sur ce souci fondamental d’intégrer l’homme dans l’univers dont le moyen âge avait tenté de le séparer. Il ne voulut le considérer que comme un être de la nature, situé parmi les autres êtres et participant à une vie commune. Il admit que tout ce qui existe vit et possède une âme, aussi bien les animaux que les plantes, les pierres, les métaux, les astres. Il voulut que tous les êtres baignassent dans l’âme commune de la nature, que la vie évoluât

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et se transformât, sans rupture de continuité, du caillou à Dieu. Son évolutionnisme était basé sur un monisme animique ou énergétique. Il n’y avait pas, pour les dogmes officiels de l’époque, de proclamation plus révolutionnaire. Qu’on se rappelle qu’au] ourd’hui encore, l’Église mène la guerre contre Darwin, et on comprendra la portée de l’œuvre paracelsienne.

Paracelse admit un principe suprême d’unité cosmique, analogue à l’Aïn-Soph kabbalistique ou au Parabram hindou, ou encore au Dieu chrétien, auquel il donna le nom d’Yliaster pour exprimer qu’il est l’origine de toute matière [Hylé le bois, symbole de toute matérialité, agissant à travers les astres) (1).

Ce principe unitaire, pour passer à la manifestation, se polarise par différenciation binaire d’un principe négatif : Cagaster. Yliaster et Cagaster peuvent être superposés à l’Yn et au Yang des Chinois.

De cette différenciation résulte, comme principe d’activité ternaire, le Grand Chaos (2) ou Ideos, Iliados, Limbus major ou encore Mysterium magnum, plus ou moins comparable à ce que les théosophes appellent Troisième Logos (3). Les auteurs en général, à l’exception de Franz Hartmann, Franz Spunda et quelques autres, ne paraissent pas avoir très bien compris ce qu’il faut entendre par le Grand M de Paracelse, faute d’avoir comparé sa doctrine à d’autres. Vraisemblablement, l’initiale M représente, sous la plume de Théophraste, le principe de matérialisation que le Zohar attribue à la lettre lourde Mem, tandis que le Schinn léger symbolise le principe actif du feu, et VAleph intermédiaire, le principe aérien.

Il est conforme à la tradition kabbalistique de rattacher la lettre Mem à tout ce qui est fécond et formateur, comme la femme. « Placée au commencement des mots, dit Fabre d’Olivet, elle peint tout ce qui est local et plastique (4). » On peut

(1) Cf. La Génération des Éléments, I, 1, et Arthur Ed. Waite, The Hermetic and Alchemical writtings of Paracelsus, t. I, p. 201. London,

(2) La Génération des Eléments, t. X ; cf. Waite, loc. cit., t. I, p. 207.

(3) Cf. Philosophia ad Athenienses, I, 1-3.

(4) Fabre d’Olivet, La Langue hébraïque restituée, t. II, p. 75. Paris (Chacornac), 1922

en rapproclier le Maya des Indiens qui désigne toute matérialité. Freud lui-même note que la parenté étymologique de matière et de maternité correspond aux connexions symboliques de l’inconscient. Paracelse savait le sens initiatique de la Vierge mère qui règne sur les eaux et dont l’enfant humain est le produit. Derrière la madone d’Einsiedeln, il apercevait le grand problème de l’enfantement qui avait obscurément hanté ses jeunes années et c’est ainsi qu’il avait voulu, selon sa conception personnelle, appeler Mysterium cette notion que les philosophes hermétiques connaissent sous d’autres noms.

Du grand Mysterium procèdent la force spirituelle, la force vitale et la matière vivante de l’Univers. Son image réfléchie se trouve dans les semences terrestres, Limbus minor, qui tirent leur origine de la terre en analogie avec le Limbus major, lequel procède de l’Yliaster suprême.

Le Mysterium magnum est la matière formatrice d’où les choses formées tirent leur substance : « Le lait est le Mysterium du fromage, le fromage le Mysterium des vers qui s’y développent, et les vers le Mysterium de leurs excréments (1). » Les éléments sont latents en lui.

Paracelse appelle Arès le pouvoir de différenciation de l’Yliaster. Un des premiers effets de cette « séparation » fut la production des Éléments : Terre, Eau, Air, Feu, qui ne sont pas les substances que nous connaissons vulgairement sous ces noms, mais des forces créatrices invisibles, douées d’une âme comme tout ce qui existe (2) : « La Nature, comprenant l’Univers, est une, dit Paracelse, et son origine ne peut être que l’éternelle Unité. C’est un vaste organisme dans lequel les choses naturelles s’harmonisent et sympathisent réciproquement. Tel est le Macrocosme. Toute chose est le produit d’un effort de création universelle unique. Le Macrocosme et le Microcosme (l’homme) ne font qu’un. Ils ne forment qu’une constellation, une influence, un souffle, une harmonie, un temps, un métal, un fruit. »

Tous les alchimistes admettaient les quatre Éléments classiques comme principes ou modes conditionnant tous les aspects

(1) Philosophia ad Athenienses, I, 3.

(2) Idem, 1, 10.

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de la nature visible, car, dans la mesure où celle-ci subit des transformations, elle tourne dans des cycles à quatre étapes, cycles de révolution fermés sur eux-mêmes et correspondant à son aspect permanent : quaternaire des saisons dans le cycle de l’année, des phases lunaires dans le cycle mensuel, des points cardinaux sur le cercle de l’horizon ou des points astronomiques dans le cycle diurne : levant, zénith, couchant, nadir; quaternaire des états : solide, liquide, gazeux, atomique, dans les transformations incessantes de la matière, ou des humeurs dans le jeu de la vie et le déroulement des âges successifs. Théophraste admit naturellement ces quatre éléments comme polarisation de l’Yliaster, avec leurs qualités de Chaud, de Froid, d’ Humide et de Sec. Il proclama même que « Dieu a disposé le monde selon un quaternaire (1) ».

Mais par-dessus ces quatre bornes assignées aux manifestations naturelles, il voulut abstraire trois principes actifs, analogues aux trois termes de l’organisation créatrice, aux trinités divines des religions diverses : l’un, constitué par la Chaleur du Feu et de l’Air, l’autre constitué par l’Humidité de l’Eau et de l’Air, le troisième constitué par la Sécheresse de la Terre et du Feu. Ce sont là les trois qualités élémentaires vraiment positives, étant donné que le Froid, caractérisant la Terre et l’Eau, n’est que l’absence de Chaleur, donc une qualité purement négative. Ces trois principes sont le reflet, à travers les formes naturelles ou élémentées, des puissances créatrices suprêmes. Ils correspondent exactement aux trois gunas de la Philosophie Védantine : Rajas, Tamas, Sattwa ; aux trois Causes des Thibétains : Hi, Chara, Badachan, et surtout aux trois Éléments Majeurs que le Zohar considère à part du quatrième Élément de la nature et qu’il symbolise par les trois lettres mères.

Ces trois principes faisaient aussi partie de la bonne tradition alchimique puisque Geber, dès la fin du viii® siècle ou le commencement du ix®, les avait mentionnés comme constituants des métaux, notamment dans son traité : De Investigatione Magisterii, et que Basile Valentin, cent ans avant Para-

(1) Génération des Éléments, I, iii et I, viii ; — Cf. Waite, loc, ciU, 1. 1 , pp. 200 à 206, et Philosophia ad Athenienses, II, iii.

celse, les avait décrits. Leurs noms symboliques étaient : Soufre, Mercure et Sel, et il faut reconnaître que les allégories n’étaient pas mal choisies pour cacher une idée philosophique capable de sentir le bûcher : les sels, les oxydes surtout, sont les plus stables de toutes les combinaisons chimiques et représentent bien la fixité attribuée au principe sec ; le mercure, étant le plus plastique en même temps que le plus lourd de tous les corps, exprimait à merveille l’idée de masse et de plasticité attribuée à l’ Humide Radical ; le soufre enfin, entièrement et éminemment combustible, était, de tous les corps alors connus, le plus propre à figurer l’énergie chimique interne, capable à l’occasion de se manifester en chaleur et en lumière.

Il n’y a pas contradiction entre la théorie des trois principes et celle des quatre éléments. Paracelse explique même que, tandis que les éléments se développaient, « Dieu réduisit le monde à un corps, composé des trois principes : Soufre, Mercure et Sel. De ces trois principes sont composées toutes choses qui existent ou sont produites dans les quatre Éléments (1). »

Les trois principes représentent des modalités de l’énergie, tandis que les quatre éléments représentent des modes de manifestation. Les trois principes sont exactement comparables aux ultimes constituants que les physiciens de nos jours reconnaissent à la matière : la vitesse, la masse (ou la charge électrique) et la cohésion des systèmes électroniques ou gravitation. Alors que certains sots accusent les alchimistes d’avoir pris tout les corps pour des sulfures d’hydrargyre, comme ils ont cru le comprendre, il faut plutôt nous émerveiller de l’intuition avec laquelle ils ont reconnu le côté purement énergétique de la matière, que notre science commence à peine à découvrir. C’est parce qu’on avait oublié^ au xviii® siècle, la signification toute abstraite des trois Prfncipes, qu’on crut pouvoir maintenir la croyance à la matérialité d’un principe comburant (ou Soufre) dans la théorie du Phlogistique et qu’on ruina ainsi, non l’idée fondamentale de ces trois Principes, mais la conception grossière qu’on s’en était faite.

Pour les Hermétistes préoccupés de l’universelle transmutation (nous dirions aujourd’hui de la dialectique univer-

(1) La Génération des Éléme?its, I, vi ; — cf. Waite, loc. cit,, t. I, p. 204

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selle), le point de vue énergétique des trois Principes offrait plus d’avantages à l’esprit que le point de vue descriptif des quatre Éléments, car, en spéculant sur le cycle quaternaire, comme avait fait le médecin alchimiste Arnaud de Villeneuve au XIII® siècle, on pouvait bien concevoir une certaine dialectique en cycle fermé, tel le changement d’états matériels ou le jeu des humeurs (ce qui était déjà un effort admirable pour sortir de l’immuabilité médiévale), mais on n’expliquait guère les transmutations profondes et définitives. De même que nos physiciens, grâce à leur conception énergétique de la matière, trouvent maintenant tout naturel le phénomène de la transmutation, de même les alchimistes avaient besoin, pour leur dialectique chimique, d’un point de vue entièrement dynamique. C’est pourquoi Paracelse insista d’une façon si appuyée sur le Soufre, le Mercure et le Sel.

En outre, le point de vue énergétique ou trinitaire permettait d’établir des analogies entre la vie universelle et la vie individuelle. Clément Jobert (1) note avec quel enthousiasme Paracelse harmonise le sel, le soufre et le mercure avec l’âme, l’esprit et le corps.

Ayant admis que tout ce qui existe est doué de vie et d’âme, mais d’une vie agissant à un rythme plus ou moins rapide (lent chez les pierres, accéléré chez les animaux), qu’il n’y a pas de mort absolue, la mort apparente des êtres n’étant que leur dissociation et leur « retour dans le corps de leur mère » (De Natura Rerum), Paracelse décrit partout cette triade d’esprit, d’âme et de matière. La matière est partout liée à l’esprit par un intermédiaire qui existe dans tous les règnes de la nature, analogue à ce que les occultistes actuels appellent Corps Astral. Dans le règne minéral, cette âme est appelée Stannar ou Trughat. Dans le règne végétal, c’est Leffas (2), véhicule des plus hautes propriétés médicinales, que Paracelse prétendait mettre en évidence par le ré-agencement des cendres d’une plante calcinée, sous une forme rappelant son existence première (De Resuscitationibus ) . Dans le règne animal, c’est l’Évestrum et,

(1) Essai sur Paracelse et sa réforme médicale. Thèse Paris, 1866, p, 39. et De Natura Rerum I ; — Waite, loc. cit., t. I, p. 161.

(2) Philosophia ad Athenienses, III, iv.

«hez les êtres humains, c’est l’Homme Sidéral. Paracelse insiste sur le fait que toutes choses, procédant de la même origine, affectent des relations réciproques et que l’homme, en particulier, contient tous les pouvoirs et toutes les substances du monde. Avec une audace peu commune pour son temps, il situe l’homme dans l’évolution animale. « Les animaux et leurs instincts, dit-il (De Fundamento Sapientiæ), ont précédé les hommes ; aussi l’âme animale de l’homme dérive des éléments animaux du Cosmos. L’homme possède donc en lui, combinés en une seule âme, tous les éléments animaux du monde, mais il possède quelque chose de plus : le principe divin qui ne vient pas de la terre, mais de Dieu. Sa fonction est de faire remonter vers le plan divin les éléments animaux qu’il incarne, non le contraire. »

L’homme est donc formé d’esprit, d’âme et de matière ; chacun de ces constituants n’est perceptible qu’aux êtres qui vivent sur le même plan ; l’esprit aux esprits, l’âme aux Élémentals ou créatures vivant sur le plan des éléments, la matière aux organismes pourvus de sens matériels. La matière du corps n’est pas perceptible aux êtres spirituels.

L’esprit provient d’une émanation du plan divin ; c’est comme un rayon qui descend sur l’être humain dès sa conception. Il ne s’incorpore que progressivement. Beaucoup d’êtres humains vivent toute une vie sans entrer en pleine possession de ce rayon qui, seul, peut leur conférer l’immortalité. La créature humaine doit fixer le rayon spirituel sur les essences de son âme, lesquelles, pour être plus durables et plus résistantes que le corps, ne sont pas absolument immortelles. Sinon, l’esprit revient à sa source et la créature se désagrège. L’intelligence de l’homme est double : animale ou spécifiquement humaine. L’intelligence animale peut raisonner, apprendre, devenir savante ; seule, l’intelligence humaine peut s’unir à l’esprit, et ne survivront avec ce dernier que les éléments de l’âme qui auront pu s’y intégrer. Cette absorption s’opère par l’amour.

L’âme de l’homme est formée de substance éthérique empruntée aux âmes des astres et de la terre. L’âme de chaque planète peut donc jouer, selon ses qualités propres, sur l’âme de l’homme, mais sur son âme seulement, non sur son esprit.

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ni directement sur son corps, et Paracelse, tout en proclamant l’importance de ces influences astrologiques, s’élève avec violence contre ceux qui prétendent soumettre le corps de l’homme — ^ et à plus forte raison son esprit — à l’influence directe des planètes. C’est ce qui a fait croire à certains auteurs qu’il réprouvait l’astrologie.

Les rapports essentiels de l’univers avec l’homme permettent à ce dernier de connaître, percevoir, sentir l’univers et de discerner ce qui est caché.

L’esprit, l’âme et le corps forment une triade qui, à une analyse plus approfondie, se décompose en sept constituants. C’est surtout dans sa Philosophia Sagax que Paracelse expose son adhésion à cette théorie kabbalistique dont on retrouve d’ailleurs l’analogie dans beaucoup de traditions diverses (Taoïsme, Inde, Égypte, etc.). C’est d’abord le corps matériel, tel qu’il subsiste dans le cadavre, puis une espèce de force vitale que Paracelse appelle l’Archée ou le Vulcain et dont il a été le premier à parler — • idée qui devait inspirer plus tard Van Helmont. Il faut le comprendre comme une organisation de matière très subtile, d’ordre éthérique, qui façonne la substance grossière du corps, en règle la forme, le renouvellement, la croissance, ou qui, sous le nom de Mumie, préside à la cicatrisation, à la restauration d’un organe lésé. « L’Archée, dit-il (1), est la puissance qui indique à chaque chose sa nature, sépare chaque chose d’une autre, donne à chacune la graine qui lui convient. » Il l’appelle encore « le conservateur du corps » ou « le médecin interne », selon la conception hippocratique de la Natura Medicatrix, et nous devons voir, dans cette conception originale de Paracelse, le point de départ de toutes les théories vitalistes.

La Mumie, que Bouchut (2) devait comprendre comme une sorte de « lymphe plastique » ou Blastème, était décrite par Paracelse comme un agent presque immatériel, de nature éthérique, divers selon les parties, mais de même nature, plus abondant chez les jeunes, comme la sève pour les jeunes arbres, rare et comme desséché chez les vieillards. Il l’appelait encore

(1) Liber Meteorum, 4, t. VIII, p. 206. (Édit. Huser.)

(2) Histoire de la Médecine et des Doctrines Médicales, 2 vol. Paris, 1873.

« Mercure doux », étant entendu que le mercure désignait le principe de plasticité. Cette idée avait paru extrêmement séduisante à son époque. Ambroise Paré, dans la première édition de ses œuvres, avait écrit : « Chaque partie a son baume naturel ; c’est ce que Paracelse dit. » Il est vrai que cette phrase fut supprimée dans les grandes éditions suivantes, par crainte de déplaire à la Faculté (1). La Mumie devait encore, dit Malgaine, inspirer la doctrine de J. Hunter.

L’Archée de Paracelse préside au métabolisme et à la nutrition. Dans VOpus Paramirum, il est question, sous le nom d’Archée, du préparateur et de l’artisan qui sont dans l’estomac. D’ailleurs, cette force vitale de l’homme a son analogue chez tous les êtres. Il existe un archée de la terre, des eaux, des métaux, ce dernier réglant la vie (ou feu) minérale et assurant l’évolution, dans le sol, et la transmutation progressive des métaux (2).

Au delà de l’Archée, l’homme comprend, dans sa constitution, le Corps Sidéral qui provient du même Limbus que le Macrocosme, qui, par suite, participe à la connaissance de l’âme du monde et peut entrer en rapports avec les anges, les esprits de la nature et les essences des choses.

Cette connaissance du corps sidéral a été conservée par les occultistes sous le nom de corps astral. Le corps sidéral, en tant qu Eçestrum, possède la clairvoyance et, en tant que Trarames, la clairaudience. L’Evestrum peut provoquer des présages avant la mort, et le Trarames faire entendre des voix (3).

La constitution septénaire de l’homme doit être complétée par l’Ame animale, l’Ame raisonnable, l’Ame spirituelle (entités correspondant, chez les théosophes, aux plans : Mental inférieur, Mental supérieur et Bouddhi). Enfin, l’homme comprend l’Esprit suprême ou « Homme du Nouvel Olympe ».

La mort dissocie cette synthèse septénaire de l’homme : le corps va se fondre dans la Terre, sa mère. Le corps sidéral libéré, mais destiné à se dissoudre un peu plus tard, peut se

(1) Cf. Œuvres complètes d’ Ambroise Paré précédées d’une introduction par J.-F. Malgaigne, p. CCXIV, 3 vol. Paris (Baillière), 1840.

(2) Cf. De Generatione rerum naturalium et De Transmutatione Rerurn.

(3) Cf, Philosophia ad Athenienses^ II, xviii à xxii.

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manifester aux hommes sous forme de fantôme. Les corps sidéraux des morts sont l’objet de la Nigromancie qui peut, en les étudiant, apprendre certaines choses sur les personnes vivantes auxquelles ils appartenaient (1).

Théophraste s’est spécialement intéressé aux phénomènes de la nutrition, qu’il a considérée comme une alchimie vivante, et il répète à tout propos qu’on ne peut rien comprendre à la médecine si l’on n’est pas préoccupé de cette alchimie. Là encore on trouve un génial pressentiment de la voie dans laquelle la médecine devait s’engager deux siècles plus tard. « 11 est le premier qui ait osé, dit Bardou (2), en ce siècle d’intolérance scolastique, affirmer que l’homme est un composé chimique et que les maladies ont pour cause une altération quelconque de ce composé. »

Pour lui, l’agent qui provoque les phénomènes métaboliques est précisément l’Archée ou Liqueur de Vie, notion que les vitalistes ont conservée avec leur Force vitale, mais que les autres n’ont pu remplacer par rien. « Cette espèce de fluide, nous dit Paracelse (3), constitue l’homme invisible, caché sous la forme visible dont il dirige la croissance, la formation et la dissolution. » Il l’appelle encore Spiritus Vitæ et il prétend qu’il tire son origine du Spiritus Mundi, comme toutes les parties de l’individu sont formées de parties correspondantes ,du cosmos : « Étant une émanation du Spiritus Mundi, le Spiritus Vitæ contient les éléments de toutes les influences cosmiques et permet ainsi de comprendre comment l’action des astres s’exerce sur le corps invisible de l’homme (4). »

D’ailleurs, cette force vitale rayonne autour de l’homme comme une sphère lumineuse et l’imagination peut y exercer des effets sains ou morbides, causant des maladies ou des guérisons.

Théophraste a même distingué le double aspect de l’anabolisme et du catabolisme quand, après avoir attribué à l’Archée la croissance et la formation du corps, il dit ailleurs : « Il y a

(1) Cf. Philosophia sagax, lib. I.

(2) Paul Bardou, Paracelse et le Paramirum, p. 69. Thèse Lille, 1920.

(3) De Generatione hominis.

(4) De Viribus Membrorum.

en nous une cause efficiente de notre destruction ; je l’appelle Archée Destructeur. C’est lui qui, à l’intérieur de l’homme, dispose tous les phénomènes de chaleur, qui fait, parfait, ordonne toute chose et la réduit en sa dernière matière (1). »

Préoccupé avant tout par cette propriété qu’a la vie de se maintenir et se reproduire dans des formes définies, Paracelse a soigneusement distingué les influences qui président à cette élaboration et il leur a donné des noms. Peut-être, en cela, était-il influencé par la culture métaphysique du moyen âge, ou plus encore par sa formation kabbalistique ; mais cette tendance à baptiser des propriétés naturelles de noms abstraits dont les modernes se sont beaucoup moqués est, à tout prendre, beaucoup moins ridicule que leur propre habitude d’imaginer d’hypothétiques ou impossibles substances pour expliquer la vie (antitoxines, opsonines, ou autres).

Il attribua donc les qualités individuelles de l’homme à une puissance formatrice de la matière qu’il appela Ens Seminis, et à laquelle il reconnut la fonction d’entretenir la puissance génératrice. Il admit que la complexion, le tempérament, dérivaient d’une autre entité, V Ens Proprietatis, que Franz Hartmann voudrait comparer aux Skandhas de la philosophie bouddhiste, « tendances acquises durant des existences antérieures » (2).

L’homme est façonné par l’action générale du Macrocosme ou Digest d’une part et, d’autre part, par les influences du Microcosme individuel portées par l’Archée ou Liquor Vitæ. Dans le processus de la génération, cette liquor çitæ produit Vaura seminalis, sorte de fluide invisible animant le sperme visible. Tous les organes de l’homme contribuent à la formation de cette aura seminalis, laquelle contient, par suite, la forme idéale du corps procréateur. Paracelse distingue, dans ces forces procréatrices, le Sperma cagastricum, influencé par la pensée, et le Sperma iliastricum, procédant du Mysterium magnum (nous dirions de l’âme universelle ou inconscient collectif). La femme qui porte et nourrit la semence de l’homme possède,

(1) Grande Chirurgie, II Part., lib. II, chap. xi.

(2) Fr. Hartmann, The life of Paracelsus, p. 62. London (Redways),

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dans son utérus, toutes les essences et les forces de son propre corps. Sa puissance mentale (ou imagination) ajoute ses effets à ceux de l’imagination masculine, notamment pour déterminer le sexe du fœtus.

Paracelse s’est longuement penché sur le mystère de la génération. Sans doute le souvenir inconscient des problèmes qui avaient tourmenté son enfance et ses efforts pour retrouver quelque chose de sa mère disparue avaient-ils guidé affectivement ses recherches de savant. Il écrivit un traité De la Matrice (1). Il regarde cet organe comme un monde fermé, porté par ce microcosme mineur que serait la femme. Il affirme que les maladies ne sont pas les mêmes dans l’homme et dans la femme et ne doivent pas être soignées semblablement. « Aux femmes conviennent leurs remèdes, et aux hommes les leurs. » La femme est différente de l’homme dans tout son corps (2). » Elle est différente parce qu’elle se rattache à une autre racine qui est la matrice, pour laquelle elle a été créée. Paracelse semble considérer, selon le récit biblique, que la femme est sortie de l’homme pour porter spécialement cette matrice qui appartenait, à l’origine, à l’être humain collectif. Ceci rejoint les traditions occultes sur la séparation des sexes. Toujours est-il que, porteuse de la matrice, la femme n’est autre que le monde entier « et l’Esprit du Seigneur est en elle qui se grave et réside dans son fruit. C’est pourquoi elle ne doit pas se livrer à la fornication. » Puis il compare la mère à la mer : « La femme est une mère pour ses enfants comme la mer est une mère pour les eaux (3). » La menstruation est une élimination excrémentielle et purificatrice : « Nul poison plus violent et plus nuisible ne se trouve sur la terre (4). » Les rapports des sexes peuvent être ainsi symbolisés : La femme est semblable à l’arbre qui porte son fruit, l’homme au fruit que porte l’arbre. (Toujours l’enfant dans les bras de la Vierge Céleste.)

Ayant ainsi établi les rapports de l’être humain avec la

(1) Œuvres de Paracelse (trad. Grillot de Givry), t. II, p, 139 et sq. Paris (Chacornac), 1914.

(2) Loc. cit.y p. 152.

(3) Idem, p. 177.

(4) Idem, p. 180.

nature et sa physiologie subtile, Théophraste pouvait asseoir l’étude des maladies sur une base valable.

Il commença par distinguer, dans la genèse des maladies, cinq catégories de facteurs qu’il appelle les cinq entités : astrale, toxique, naturelle, spirituelle, divine et, par cette innovation, dont la richesse contraste singulièrement avec la doctrine galénique des humeurs, on peut dire qu’il ouvrit à la pathologie d’immenses horizons.

Il n’est peut-être pas superflu de se demander si le nombre des entités ainsi définies est fortuit, ou s’il n’est pas le reflet de doctrines lointaines. Les Indiens distinguaient, avec l’Aither, cinq Énergies élémentaires, les Tanmatrahs ou les Grands Êtres (Mahabhùtani), les cinq Tattwas correspondants étant les formes de manifestation des différents plans cosmiques. L’Atharva-Veda décrit les cinq fonctions de la vie, ou les cinq flèches du faisceau (pancha hana) ; mais surtout les Védantins distinguaient cinq étages d’existence chez l’homme, par condensation des sept principes constitutifs, les Bouddhistes cinq Skandhas ou qualités correspondantes se réunissant dans l’homme. De leur côté, Philon, Porphyre et Plotin avaient admis cinq principes dans l’homme : corps, âme animale, psyché, intelligence et esprit divin ; et après eux, les kabbalistes : le corps et ses quatre alliés. De toute manière, le nombre cinq avait pris, pour les occultistes, la signification de la vie et de l’humanité (le corps de l’homme pouvait s’enfermer dans le pentacle, ou étoile à cinq branches). En adoptant cinq catégories pour classer les influences capables de s’exercer sur la vie de l’homme, Paracelse restait donc en conformité avec les bonnes traditions kabbalistiques. Spunda lui-même pense à rapprocher les cinq états matériels décrits par Paracelse : solide, liquide, volatil, brûlant, éthéré, des cinq Tattwas indiens (1).

A propos de l’entité astrale, Paracelse précise sa position avec sa violence habituelle et s’exprime de telle façon que quelques critiques ont pu croire qu’il niait les influences astrologiques. Il déclare que <i les astres ne forment rien de notre corps et ne provoquent rien en lui en tant que couleur, beauté, coutume et forces », ceci provenant de V Ens Seminis ou de

(1) Fr, Spunda, Paracelsiis, p. 48. Wien und Leipzig (K. Kônig), 1925.

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VEns proprietatis. Il veut dire que les astres ne créent rien dans riiomme dont le germe n’ait été préalablement apporté par les entités : « Ce n’est pas parce que Mars est féroce et cruel que la descendance de Néron a existé », mais l’influence des astres fait vivre ces virtualités, rend possible l’existence de l’homme, ou le fait mourir. « Après avoir compris que les astres ne nous confèrent ni nature individuelle, ni aucune autre propriété, adoptez l’opinion contraire, pour la raison qu’ils attaquent nos corps et les tuent (1). » « Car il est une certaine chose qu’on ne voit pas et qui entretient et conserve en vie, non seulement nous-mêmes, mais toutes les choses qui vivent et sont douées de sentiment : et cette chose provient des astres (2). »

Un peu plus loin, Théophraste conclut ; « Les astres euxmêmes ne peuvent exercer aucune influence mais, par leur exhalaison, corrompre et contaminer seulement le M (Mysterium magnum) par lequel, ensuite, nous sommes contaminés et affligés. Et l’entité astrale se comporte de telle sorte qu’elle dispose nos corps tant au bien qu’au mal par ce moyen. Si quelque homme est doué d’un tempérament qui soit opposé à cette exhalaison, alors il en devient malade. Celui qui n’a pas une nature contraire à celui-ci n’en est pas incommodé. L’exhalaison nuisible n’est ressentie ni de celui qui possède un tempérament assez fort pour en vaincre le poison, ni de celui qui a pris une médecine capable de résister aux vapeurs vénéneuses des êtres supérieurs (3). »

Pour comprendre l’influence de la lune sur les maladies cérébrales, telle que la révèle la fréquence des crises épileptiques à la nouvelle lune, Paracelse explique quelque part que « l’esprit vital du cerveau, chez un fou, peut être attiré par la lune, de la même manière que l’aiguille d’une boussole est attirée par le pôle, et cette attraction [renforcée par la conjonction solaire], au moment de la nouvelle lune, peut aggraver son état (4).

On peut être surpris de voir des critiques comme Sudhoff

(1) De Ente Astrorum, chap. ii.

(2) De Ente Astrorum, chap. vi.

(3) Idem, chap. vin.

(4) De Pestilitate. (Cité par Fr. Hartmann, The life oj Paracelsus. London, 1887, pp. 125-126.)

PARACELSE, LE MËDECIN MAUDfT

affirmer que Paracelse voulait sé])arer la médecine de l’astrologie (1), alors que ce dernier s’exprime d’une façon si induhi- 1a})le. De son côté, J. K. Proksch (2) collectionne les citations (les écrits médicaux de Paracelse qui établissent, sans doute ]mssiblc, combien au contraire il attachait d’inq)ortance à rinlluence des astres sur l’homme, notamment dans les traités du Mal Français, datant de 1530, des Bains Pjdffers (1535), de la Grande Chirurgie (1536 et 1537), sans comy)ter de nombreux oyuiscules : Practica (in scientiam divinationis ) , de la Comète, et surtout la Prognostication, sur laquelle nous reviendrons. Dans le De Satura Rerum, au livre IX, Théoy)hraste montre même qu’il connaissait bien le genre d’influence attribué, selon la tradition, à chaque planète (3).

Puis il passe à l’entité toxique ( Ens aeneni) et on peut dire que, avec cette conception, il eut le mérite d’inaugurer l’étude de la pathologie de la nutrition.

Nous devons absorber des aliments. Or, y^ar là, notre corps, exempt de yjoison à l’origine, absorbe les poisons qui sont joints aux aliments (ces poisons ne sont d’ailleurs tels que par rayjport à notre propre nature). Mais, pour lutter contre cet empoisonnement constant, nous ])ossédon3 en nous un pouvoir de neutralisation chimique et d’élimination que Théophraste apy)eile l’Alchimiste, (due cet Alchimiste ((|ui réside principalement dans l’estomac) devienne défaillant et la ynitréfaction s’ensuit, pour le bon aussi bien que pour le mauvais. Cette corruption devient la mère de toutes les maladies. Paracelse distingue l’intoxication locale et l’intoxication dépendant des émonctoires. « Chaque sorte de poison éliminé par l’Alchimiste passe par un émonctoire approprié, le soufre par les voies respiratoires, l’excrément jiar l’intestin, etc. Qu’un de ces poisons ne dispose plus de sa voie d’élimination appropriée, et il en résultera certaines maladies qui dépendent de sa nature (4). » Comme le remarque M. Loeper (5), Paracelse décrit plutôt

(1) Cf. Paracelsus Forschungen. 2^ cahier, p. 70.

(2) Paracelsus als rnedizinischer SchrifLsteller.

(3) Cf. Waite, loc. cil., t. I, p. 192.

(4) De Ente Veneni, chap. ix.

(5) Histoire de la sécrétion gastrique. Paris, 1924.

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un processus général de la nutrition qu’une fonction localisée. Il dit que le processus s’opère dans tous les membres (1) et qu’il y a des « estomacs » pour chacun d’eux ; qu’il y en a même pour la “moelle, et cette idée est toute proche de nos digestions intratissulaires.

Paracelse complète cette pathologie de la nutrition en décrivant ce que nous appelons aujourd’hui maladies préeipitantes, sous le nom de « maladies du Tartre ». Il v consacre le livre III

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de son Paramirum : « Rien ne constitue un aliment, dit-il, qui ne contienne en soi un certain excrément ou résidu de sa digestion. » Or, s’il y a rétention de ces déchets, il en résulte des maladies lithiasiques ; Calculus, Arena, Bolus et Viscus, c’est-à-dire un dépôt de pierre, de sable, de limon ou de simple viscosité. « D’où, ensuite, de multiples maladies qui, cependant, n’ont pas été expliquées jusqu’ici, ni par les anciens médecins, ni pjar les modernes : ceci, non en raison de leur malveillance, mais plutôt de leur ignorance et de leur impéritie (2). » « Il est impossible, ajoute Paracelse, de trouver un homme qui ne soit pas alîecté ni chargé de tartre, en quelque lieu du corps que ce soit, ce qui mérite d’être considéré très attentivement. »

Dans sa description des maladies du tartre, Théophraste met sur le même pied la lithiase urinaire, biliaire, et les indurations pulmonaires, rénales, cérébrales, musculaires, médullaires. Il parle même d’un tartre sanguin (3). Il range la goutte, l’arthrite, parmi ces maladies tartriques. Il est évident qu’il ne distingue pas les lithiases des processus scléreux, mais il a le grand mérite d’avoir défriché tout un domaine pathologique.

Il a aussi le mérite, à propos de l’entité toxique, d’avoir indiqué le premier les intoxications d’origine respiratoire. « L’air que nous aspirons n’est pas sans contenir un venin auquel nous sommes principalement soumis (4). » A ce sujet, J. K. Proksch insiste sur la clairvoyance avec laquelle Paracelse a recommandé l’aération des chambres des malades et des hôpitaux : « Il a fallu attendre le xviii® siècle, dit cet auteur, pour voir cette

(1) Liber Paramirum^ livre III, traité IV.

(2) Idem, livre III, traité I.

(3) Idem, livre III, traités IV et V.

(4) De Ente Veneni, cliap. xi.

recommandation suivie par quelques chirurgiens et même les historiens récents de Paracelse n’ont pas assez mis en relief ce qui lui est dû. (1). » On peut aller plus loin et, considérant ses enseignements sur les forces vitales dont il disait l’air chargé (Limhus), rapprocher certaines de ses doctrines du Prâna hindou.

L’entité naturelle, exposée au livre III du Paramirum concerne les excès et les fautes commis par l’homme dans son comportement physiologique. Tout organe du corps humain est formé par des principes qui existent dans l’univers : le cœur est en sympathie avec les éléments du soleil, le cerveau avec ceux de la lune. Le macrocosme et le microcosme sont en étroite relation. Les planètes ne sont elles-mêmes que les représentations visibles des organes cosmiques ; leur influence ne fait que renforcer ce qui se passe préalablement dans l’homme. Sur la terre, les plantes renferment des énergies correspondant à celles des éléments macrocosmiques et permettent d’attirer ces dernières médicalement. Elles doivent être employées en accord avec les positions planétaires. « Un médicament favorable à une période, peut être nocif à une autre, selon l’influence planétaire dominante (2). » Les astres n’influent pas directement sur le corps, mais sur la force vitale. D’ailleurs, les organes ne sont eux-mêmes que des représentations corporelles des énergies invisibles qui jouent dans l’organisme entier. En vérité, le vrai foie est une force qui circule dans toutes les parties du corps, mais possède son siège dans l’organe que nous appelons ainsi (3). » De même la pensée n’est pas créée par le cerveau, mais agit au moyen du cerveau.

A propos de l’entité naturelle, Paracelse nous indique que l’homme est à lui seul un univers en tout point analogue au grand : ses parties sont unies par une synergie parfaite — « La matrice, dit-il par exemple, est une constellation pour la mamelle (4) » — de telle sorte qu’une action sur un point modifie toute l’économie, ce qui justifie le principe des réflexo-

(1) J. -K. Proksch, Paracelsus als medizinischer Schrijsieller.

(2) Cf. De Caducis.

(3) Cf. De Viribus Membrorum.

(4) Grande Chirurgie, II part., chap. xvii.

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thérapies, et qu’il ne saurait exister de maladie vraiment locale. Cette entité naturelle correspond à l’entité astrale : elle en est l’agent récepteur.

Il existe des maladies qui ne sont pas teintes matériellement, c’est-à-dire qui ne sont pas fixées à des modifications corporelles ; celles-ci relèvent de l’entité spirituelle ou de l’entité divine. Pour ce qui est de l’entité spirituelle, Paracelse nous avertit que « la cognition de cette entité ne provient nullement de la foi chrétienne, car, pour nous, elle est païenne (1). » L’entité spirituelle ne comporte « aucune mention des anges ni des démons ». Les esprits des individus entrent en rapport et peuvent se nuire « de même que l’homme attaque l’homme ».

Ici, les mots spirituel ou esprit ne désignent plus le principe supérieur du constituant humain, mais sa psyché, par analogie de termes avec le Spiritus Miindi ou âme du monde des théories hermétistes. On comprend ainsi cette explication de Paracelse : « Tout ce qui vit selon sa volonté vit dans l’esprit ; tout ce qui vit selon sa raison vit contre l’esprit. » Ces esprits sont des sortes d’idées-forces, des représentations mentales chargées d’un affect qui leur confère une sorte de puissance magique. D’ailleurs, Paracelse, pour faire comprendre ce qu’est l’entité spirituelle, donne l’exemple des envoûtements (2) et il ajoute : « Ne plaisantez pas avec ceci, ô médecins, car il faut que vous connaissiez la force de la volonté sans en excepter la plus minime partie. »

Alors que Paracelse consacre à la description de ses quatre premières entités quatre livres qu’il intitule ; livres païens (pagoyum librum) (3), il déclare le dernier, qui traite de l’essence divine, non-païen, et il le commence en expliquant que, pour parler de Dieu, il va écrire en style chrétien. Il y a assez d’ironie, de sa part, à débuter ainsi dans ce qui va être Pexposé de la doctrine indienne du Karma. En effet, il ne s’agit plus désormais des maladies de la nature, mais des maladies du

(1) De Ente Spirituali, chap. i.

(2) Idem, chap. vu.

(3) Œuvres de Paracelse (trad. Grillot de Givry). Paris (Chacornac), 1913-1914.

PARACELSE, LE ?vrÉDECIN MAUDIT

châtiment divin. « Toute maladie est un purgatoire et ne peut être guérie qu’à l’heure propice du temps, non à notre jugement et à notre guise. Le médecin qui guérit n’est que l’instrument karmique, car Dieu ne lui confie le malade que si l’heure de la rédemption est proche. Ainsi s’expliquent d’ailleurs les cures miraculeuses tout comme les échecs thérapeutiques. Ceci ne doit d’ailleurs }>as empêcher de cultiver la médecine, puisque Dieu guérit le malade en faisant agir le médecin. Pour qu’on comprenne bien qu’il s’agit d’un destin fixé par des circonstances prénatales, Paracelse nous parle du crime d’Adam « qui, cependant, n’a pas accompli lui-même le crime ». Dans une phrase qui manque de clarté, il ajoute même qu’on peut être ])uni sans avoir véritablement péché (comprenons : dans sa vie actuelle) : « Tout ce qui ne prend pas le piarti de l’adversaire, le créateur le punit, non pour son péché, mais seulement })Our le signe (J). » 11 fallait naturellement être prudent quand on voulait parler chrétien.

Telles sont les cinq entités morbides — qui opèrent toujours simultanément. Mais, quel que soit le complexus morbifique, c’est généralement l’archée qui est atteint avant le corps. Il y a cinq catégories de médecins correspondant plus ou moins aux cinq entités : les Naturalistes, en partie superposables aux naturistes actuels, en partie aux galénistes ; les Spécifiques, qui manient les médicaments selon les règles appropriées ; les Caracterales, opérant par puissance psychique, persuasion ou talismans ; les Spirituales, s’attaquant aux influences magiques ; enfin les Fideles, faisant appel à la foi. Comme le remarquait le Professeur B. Aschner, dans une conférence tenue à Paris il y a deux ans, chacun de ces praticiens peut guérir toute espèce de maladie, mais non toute espèce de malade.

Sans nous arrêter aux conceptions magiques ou religieuses de Paracelse, qui touchent à des sujets encore obscurs aujourd’hui, nous devons considérer attentivement l’importance immense qu’il a reconnue aux facteurs psychiques. Il a notamment consacré un tràité à l’imagination (2), dans lequel il dit que l’imagination est le soleil de l’homme et que, comme le

(1) De Ente Del, chap. vi.

(2) Paracelsus sarntliche Werke, t. IV, pp. 265-272. (Édit. B. Aechner.)

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soleil pénètre tout et agit sur tout, cette imagination agit partout. La force de Pimagination provient de l’intensité de la représentation mentale (l’envie de la femme enceinte marque le corps de l’enfant), surtout quand cette représentation est chargée d’un affect puissant : haine, jalousie, désir. L’élément qui vient du cœur est le germe fécondant de l’imagination. Les femmes disposent d’une plus grande force imaginative que les hommes, surtout pendant la gTossesse.

C’est à l’imagination, c’est-à-dire au facteur psychique, que Paracelse attribue le principal rôle dans la contagion des maladies. Il croit aussi qu’une représentation intérieure précipite les hommes vers leur destin. « Combien ont été tués au cours des batailles sans qu’il y ait à cela d’autre cause que leur imagination... On pourrait objecter e|ue la chance, la force ou l’adresse aident les uns, que les autres ont été sauvés par certaines herbes, racines, pierres ou relic{ues qu’ils portaient : je répondrais que toutes ces choses ne sont que les alliés dont l’imagination est le chef suprême (1). » Paracelse expose ici l’idée de la fatalité intérieure à laquelle nous mènent aujourd’hui les observations psychanalytiques (2).

D’autre part, Louis Durey, dans son excellente thèse (3), résume le traité : De rebus ex fîde hominis accidentibus . Cette foi est différente de l’imagination quant à la forme, mais constitue une puissance psychique comparable. Si quelqu’un pense qu’un autre, du fait de sa croyance, tombera malade, la chose peut se réaliser et c’est un abus de la foi. De même, lorsque quelqu’un s’imagine être malade et finit par le devenir à force de le croire. La chorée serait ainsi née des grimaces qu’une femme nommée Tropsée avait inventées pour se dérober au travail : ses mouvements dégénérèrent en une sorte de danse suivie de profond sommeil. D’autres femmes, aimant l’oisiveté, se mirent à l’imiter, mais, à force, elles devinrent définitivement malades.

De ceci, il convient de rapprocher une citation de la Grande Chirurgie, d’après laquelle la rage résulterait du choc de deux

(1) Philosophia occulta, pp. 308-310. (Édit. Aschner.)

(2) Le Problème de la Destinée. N. R. F., 1927.

(3) Étude sur Paracelse. Tkè&e Paris, 1900.

imaginations surexcitées : celle du chien qui veut mordre et celle de l’homme qui redoute la morsure. Daremberg, qui v'eut ridiculiser cette idée (1) (parce qu’il est bien sûr qu’il existe un virus rabique), ferait mieux de l’excuser en songeant à tout ce que les hystériques de Charcot ou les pithiatiques de Babinski nous ont confirmé de la contagion psychique. Qu’on se rappelle encore les convulsionnaires de Saint-Médard, auxquelles Adrien Borel consacrait récemment une remarquable étude (2), et on admettra que si l’histoire de la femme Tropsée reste suspecte quant à la chorée, elle demeure néanmoins admissible quant à d’autres convulsions, d’origine psychique.

A ce propos, il faut noter, avec Proksch, que Paracelse a décrit l’hystérie avec beaucoup plus de détails qu’il n’avait jamais été fait avant lui. Il l’appelle Caducus matricis et en voit la cause dans l’utérus, mais en ajoutant que « le début des symptômes est dans le cerveau et sort du cerveau » (nous dirions que c’est une névrose à base sexuelle, ce qui n’est pas tellement différent). En tout cas, Paracelse s’est toujours élevé avec force contre l’idée que le diable était pour quelque chose dans les névroses, l’idiotie, la manie, la mélancolie, l’épilepsie, opinion assez autorisée pour justifier les procès de sorcellerie, et il proposa, pour toutes ces maladies, des explications naturelles. Il est assez piquant de constater que ses détracteurs, qui l’accusent de superstition, d’absurdité, etc., vont volontiers à la messe, se réclamant de l’Église inquisitoriale et infaillible.

Paracelse aborda aussi l’étude de la psychiatrie avec singulièrement plus de clairvoyance que ses prédécesseurs, puisqu’il l’établit sur une distinction de l’inconscient et du conscient, appelés respectivement âme animale et âme spécifiquement humaine. Tel est son Traité des Lunatiques (c’est-à-dire des névrosés) (3). Après avoir défini ces deux âmes, il dit que « ce sont deux éléments antagonistes ; pour vivre en homme, il faut suivre l’une et réprimer l’autre. Il s^agit de bien faire cette distinction pour comprendre les lunatiques, bien que ceci concerne également les manies et les oésanies. Chez certains

(1) Histoire des Sciences Médicales, 2 vol. Paris, 1870.

(2) Cf. Evolution Psychiatrique, fascicule IV, 1935.

(3) B. Asciiner, Paracelsus samtliche Werke, t. IV, page 1.

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malades, Pâme animale envahit toute la personnalité, rusée comme le renard, coléreuse comme le loup, portant en elle toutes les caractéristiques de l’animalité (de l’instinct). Chez d’autres, il y a dissociation : les lunatiques sont fous dans leur instinct, mais encore raisonnables dans leur âme humaine. Bien que l’âme animale soit seule à subir l’influence des astres, l’action de la lune sur celle-ci est assez apparente pour justifier le nom de lunatiques qu’on donne à ces névrosés. L’âme animale étant capable d’apprendre et de raisonner, l’homme peut aborder une croyance avec celle-ci seule, mais il en résulte une perturbation, car elle se trouve dépassée, et une chute. (Nous dirions aujourd’hui qu’à aborder certains problèmes sous le seul angle affectif, on ne tarde pas à déraisonner.) Toute activité qui n’a pas sa source convenable dans la raison, mais qui procède trop du sentiment animal, tend à devenir folle. Elle est soumise aux vicissitudes des astres.

Le traitement consiste à essayer de surmonter l’âme animale au moyen de la raison. Si cela ne sert à rien, il n’y a plus qu’à enfermer les malades. Quant aux médicaments, il peut en exister pour l’état maniaque, non pour la névrose.

Dans un autre traité sur l’origine de l’insanité (i), laquelle est incurable quand elle est congénitale, Paracelse admet que le malade a été façonné, pendant sa vie embryonnaire, par des archées (ou vulcains) imparfaits. Il remarque qu’il y a toujours beaucoup de vulcains imparfaits à l’œuvre et que, pour cette raison, rares sont les hommes créés tout à fait exempts de folie. Puis il parle du goitre des crétins, qu’il attribue à des sels métalliques ou des eaux minéralisées, en reconnaissant que la cause première du crétinisme est la trop grande place de l’âme animale. Ici, Paracelse différencie le fou dont l’état résulterait soit d’une faiblesse de l’esprit, soit de l’influence astrale perturbatrice, de Valiéné par excès de l’âme animale.

Les fous conservent au fond d’eux-mêmes une sagesse qu’on devine comme on devine la lumière du soleil à travers le brouillard. Cette sagesse, chez eux, s’efforce de pénétrer le corps animal défectueux et voudrait s’extérioriser mieux que par les actes qui sont produits.

(1) Ueher die Entstehung der Toren, t. IV, p. 25. (Édit. Aschner.)

« Sachez, en outre, dit Paracelse, que les fous manifestent plus d’intelligence profonde que les personnes saines. En elfet, la sagesse vient de l’esprit raisonnable et immortel, mais se manifeste dans l’essence animale et à travers celle-ci. L’homme sain, qui dis])ose d’un corps animal bien adapté, tend à laisser ce dernier agir le plus possible et atrophie scs facultés proprement humaines. On voit sa vraie sagesse s’éclipser, tandis qu’il vit en animal comme un renard ou un loup. J.e fou n’est pas maître de son corps animal, mais dès c{ue ce dernier somnole, l’intelligence immortelle s’efforce de s’exprimer et fait parler le fou. C’est pourquoi il convient d’attacher plus d’importance à écouter le fou parler c[u’à écouter l’homme sain.

» Les prophètes ont pu être considérés comme des fous : ils avaient un corps animal fou pour pouvoir exprimer la vérité sans y faire obstacle. En effet, l’esprit (ou intuition supérieure) de l’homme ne peut s’exprimer directement que lorsque la nature animale, en lui, renonce à intervenir. Cette âme animale, en voulant donner une forme à la production de l’esprit supérieur, risque de la déformer. Il faut donc écouter la parole des fous qui ont franchi ce barrage. »

Il faut penser à la cruauté avec laquelle on traitait les fous, à l’époque de Paracelse, quand on ne les envoyait pas au bûcher, pour comprendre quel sens p)rofondément humanitaire revêtent ces considérations (1).

On peut se demander aussi si elles ne traduisent pas le fait que Théophraste avait à lutter, dans l’intimité de son âme, contre quelque symptôme névrotique. En déclarant r^ue peu d’hommes sont exempts de folie et que la folie peut exprimer la vérité des plans les plus élevés, il cherchait peut-être une consolation à sa propre névrose. Quelques-uns de ses contemporains devaient raconter qu’il se levait la nuit, en proie à de vives agitations, brandissant même son épée, et ils attribuaient sottement à l’ivresse une pareille excitation, mais on ne saura jamais quelle obsession pouvait le tourmenter, ni quelle angoisse inspirait ses cauchemars. Son intense soif de savoir n’était peut-être qu’une réaction à une peur obscure ; elle lui permit

(1) A propos de la Psychiatrie de Paracelse ; cf. Damerow, in Wissenschafüiche Annalen d£r Ges. Heilkunde, XXVIII, pp. 389-427. Berlin, 1834.

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en tout cas d’atteindre à une étonnante pénétration des mécanismes psychiques.

Paracelse avait aussi une théorie des rêves basée sur l’idée d’une libération du corps sidéral, à la faveur de la suspension des processus supérieurs. Il avait clairement aperçu la fonction cathartique du rêve que la psychanalyse a dû redécouvrir quatre siècles plus tard. Il dit quelque part qu’un joueur rêvera de cartes, un buveur de vin, un larron de vol (1). S’il n’ajoute pas positivement que de tels rêves sont l’expression d’un désir latent, du moins le laisse-t-il entendre. « La lecture des rêves est un grand art, dit-il, car ceux-ci ne sont pas dépourvus de sens. » Ailleurs, dans un petit fragment sur les apparitions spirituelles pendant le sommeil (2), il parle d’images naturelles inspirées par notre tristesse, notre mélancolie, notre impureté, ou nos préoccupations journalières (un guerrier rêve de ses armes), et il ajoute : « Tous ces rêves qui trompent notre esprit durant le sommeil se changent habituellement en leur contraire dans la réalité. Même les images surnaturelles ne nous sont envoyées du plan divin qu’à la suite de notre violent désir de les recevoir. » Enfin, dans son De Fundamento Sapientiæ, Paracelse fait allusion au mécanisme de la projection dans le rêve : « Le rêveur et la personne dont il rêve ne sont qu’un, comme dans la tentation le tentateur et le tenté ne sont qu’un. »

Dans son livre sur le Rêve et le Somnambulisme, dont il ne subsiste qu’un fragment (3), parlant de ceux qui bavardent et qui chantent pendant le rêve, il dit exactement ceci : « A l’état de veille, il est normal que nous retenions des choses que la sagesse et la raison nous conseillent de garder pour nous, mais, pendant le sommeil, l’âme oblige le corps à être bavard ou silencieux selon ce qui nous tient à cœur, » et il compare cette expression de l’inconscient dans le rêve, pendant le sommeil, au débordement d’un vase trop rempli. « Ne vous étonnez donc pas si votre bouche vous trahit, car tout le monde ne possède pas un couvercle fermant son vase. Heureux celui qui en possède un, ou celui dont le vase est assez grand (4). »

(1) De Caducis.

(2) Édit. Aschner, tome IV, p. 300

(3) Idem, pp. 244-248.

(4) Idem, p. 248.

' Celte « retenue » de Pétât de veille ii’est-elle pas très exactenient l’équivalent du « refoulement » freudien. Si l’on pense aux persécutions que de telles idées ont valu à Freud (ses livres sont brûlés et détruits par les autorités hitlériennes), il faut être tout de même satisfait que, venant quatre cents ans plus tard, il ait mieux réussi que Paracelse à les faire accepter. Mais, ])our Théophraste, quelles souffrances personnelles ont pu inspirer une compréhension si précoce !

Paracelse envisage aussi les rêves de caractère prophétique ou surnaturel. « Il arrive, dit-il, que l’Evestrum d’une personne morte depuis cinquante ou cent ans nous apparaisse en rêve, nous parle et nous apprenne des choses de grande importance comme les remèdes qui doivent nous guérir quand nous sommes malades, » et il entreprend assez habilement de réfuter les superstitions religieuses d’après lesquelles ces rêves viendraient de Dieu. « Comme de tels rêves sont arrivés non seulement aux chrétiens, mais aux païens, aux Juifs, aux Sarrazins, aux Mameluks, aux Perses, aux Égyptiens, je ne peux pas penser qu’ils proviennent du Dieu unique que tous ces gens ne connaissent pas, mais de la lumière naturelle universelle et de l’action des Evestra sur le plan astral (1). »

« La qualité des rêves dépend de l’harmonie qui existe entre l’âme du rêveur et l’âme universelle (l’Astrum). Les égoïstes restent ensevelis dans l’ombre de leur ignorance, inaccessibles aux lumières de la nature. Les autres ont des visions d’une haute signification, et dont l’interprétation est un art réservé aux sages (2). »

Toutes les conceptions de Paracelse étaient guidées par l’idée de correspondance, d’harmonie, d’unité universelles. Sur ce plan, il avait édifié sa compréhension du monde. Il devait aussi en déduire sa pratique médicale.

A cette époque encore toute imprégnée de scolastique, il devait, se distinguant en cela de tous les médecins et chirurgiens contemporains, proclamer la vanité des élucubrations dites rationnelles devant l’objectivité des faits. Dans un chapitre de la Grande Chirurgie, intitulé « Qu’il y a deux méthodes

(1) De Caducis.

(2) Philosophia sagax.

LA MÉDECINE DE PARACELSE

pour apprendre la médecine et qu’il y a aussi deux sortes de médecins », il déclare, dénonçant à l’avance le point de vue cartésien, que la raison n’est pas une base solide pour la conduite et l’investigation médicales, et il adopte la méthode expérimentale déjà indiquée par Bacon. « Les discours errants et vagabonds de l’entendement et de la raison sont causes d’erreur, dit-il, ce qui advient quand les médecins se confient à eux-mêmes. Au contraire, l’expérience est ce qui se trouve être familier, et s’accorder à la nature ; c’est une cause de vérité et de certitude (1). »

Ailleurs, il écrit : « Il est bon que le médecin ait toute l’expérience possible ; la médecine n’étant qu’une expérience longue et certaine, toutes ses opérations doivent avoir l’expérience pour fondement, cette expérience qui fait trouver ce qui est bon, utile et vrai. Tout médecin qui n’a pas appelé à son aide l’expérience et ne l’a pas soumise au critérium de la vérité, ne montrera qu’hésitation et incertitude. On doit, en effet, admettre ou rejeter tout ce que l’expérience, qui est un juge sûr et incorruptible, admet ou rejette. Il faut donc que l’expérience accompagne la science : la science, en effet, est l’expérience. On regardera comme avantageuse l’expérimentation qui est justifiée par l’expérience, puis ramenée à l’expérience par la science ; mais si cette expérimentation se fait en dehors de la science, alors la science fait défaut. L’expérimentation et l’expérience diffèrent en cela. L’expérimentation sans la science procède au hasard, mais la certitude accompagne l’expérience si la science se joint à celle-ci. La science, en effet, est la mère de l’expérience ; et, sans la science, rien de solide (2). »

Des critiques modernes, comme Daremberg, ont beau jeu de trouver des défauts aux exemples que Paracelse propose ensuite, disant que son expérience n’est qu’un empirisme grossier et sa science une sorte de révélation. C’est avec le même esprit qu’on se moqua des premiers avions ou des premières locomotives, et c’est une attitude assez méprisable pour ne pas valoir qu’on s’y arrête. Toujours est-il que, rejeter délibérément l’autorité des auteurs anciens pour ne pratiquer que ce

(1) Grande Chirurgie (trad. Cl. Dariot), lib. II, chap. i.

(2) Lahyrinthus Medicorum Errantiurn, chap. vi.

qu’on a soi-niôme trouvé valable, ainsi que le conseille Paracelse (1), demeure, encore aujourd’hui, un précepte recommandable. Ceux qui reproduisent les calomnies lancées contre lui par des contemporains envieux (lesquels, sans doute, n’y croyaient guère) ]JOurraient s’en inspirer tout d’abord. Au xvU siècle, l’altitude de libre examen était souvent punie de mort. Il ne faut pas l’oublier.

bividemment, Paracelse était un occultiste. D’abord, il crovait nécessaire une certaine intuition médicale dominant, en quelque sorte, la connaissance et l’investigation. Il s’explique à ce sujet dans le Paragranum : « Sans cet art inné, vous aj)partiendrez toujours, en dépit de votre science apprise, à l’imposture et vous continuerez, comme vous avez fait jusqu’ici, à tuer les hommes et à les estropier in noniine Domini, » Pour lui, le médecin doué doit voir sans les yeux et entendre sans les oreilles. Il est naturel que des rationalistes bornés aient pu lui en faire grief au siècle dernier, mais notre époque doit devenir ])lus compréhensive.

C’est l’intuition médicale et le sens inné de ce qui demeure mystérieux en l’homme que Paracelse a défini dans ce qu’il appelle les quatre piliers de la médecine : la philoso])hie, l’astronomie, l’alchimie, la vertu (2), lesquelles doivent être entendues dans leur sens occulte.

La Philosophie est une sorte de clairvoyance, beaucoup plus comparable à l’entraînement des Yoguis hindous qu’à la matière du baccalauréat désignée aujourd’hui sous ce terme, « C’est ainsi que celui qui est illuminé par la lumière de la nature arrivera à pénétrer toute la structure de l’homme et trouvera tout seul le remède. Il doit savoir conclure de l’extérieur à l’intérieur, comme le jardinier qui sait, examinant une graine, quel arbre en sortira. »

L’Astronomie de Paracelse se rapproche plus de la connaissance secrète des rapports entre le Microcosme et le Macrocosme que de la mécanique céleste professée dans nos observatoires. Elle recherche les rapports des êtres sur le plan sidéral ou astral. La force curative des remèdes provient moins de

(1) Cf. Petite Chirurgie (trad. Daniel du Vivier), préface. Paris, 1623.

(2) Cf. Paragranum, traité.

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leur aclion sur les nerfs et le sang que de l’influence exercée par leur corps sidéral sur le corps sidéral de l’homme. Et comme ces éléments sont influencés par les astres, la médecine ne peut agir que sous un état favorable du ciel.

L’Alchimie est la connaissance des mutations, transmutations et processus chimiques, mais aussi des processus évolutifs et de la dialectique universelle. Elle recherche les vertus cachées dans les objets de la nature (1).

La Vertu, enfin, c’est la réalisation, dans la personne du médecin, d’un équilibre psychique et d’une sérénité affective qui le rendent apte à remplir, sur le plan de l’âme, le rôle de soutien et de médiateur que le malade attend de lui.

Lorsqu’il passe aux pratiques thérapeutiques, Paracelse se propose, avant tout, de suivre la nature. Étant donné que, dans le corps malade, un archée subtil travaille à sa restauration, la tâche du médecin consiste d’abord à écarter les obstacles qui contrarient son action, puis à le soutenir. Il n’y a pas d’autre voie de guérison que le processus naturel. « En toute nation, il y a des bons et des mauvais médecins, dit Paracelse, bons quand ils suivent la nature pour guide, mauvais quand ils la veulent conduire et égarer de la route ordinaire (2). » Llippocrate, qui admettait l’existence d’un fluide vital ( Enor mon) , arrivé aux mêmes conclusions, mais sa voix

était restée à peu près sans écho jusqu’aux hermétistes. Paracelse conseille d’abord les chirurgiens : « Pour tout ce qui touche les plaies, je veux que leur cure se fasse par la Mumie de nature et que le médicament qui sera mis dessus ne soit, en façon quelconque, incarnatif [caustique], mais conservatif (3). » Ressuscité par Paracelse, le naturisme médical d’Hippocrate et d’ Athénée devait être repris par Van Helmont, StahJ, les vitalistes de Montpellier « et tous ceux qui ont vu dans le vitalisme la base importante et la plus vraie des doctrines médicales » (4).

(1) Paragranum, III. Dans le Lahyrinthus, Paracelse explique que, de même que le fer n’est pas créé par la nature à l’état d’épée ou de fer à cheval, de même le remède doit être tiré des ressources naturelles par l’art de l’alchimiste.

(2) Préface à la Petite Chirurgie,

(3) Petite Chirurgie, lib. I, chap. i.

(4) Bouchut, loc. cit.

Or, lorsqu’il ne s’agit plus de plaies, mais de maladies internes, aiguës ou chroniques, la règle de suivre la nature et de l’aider ne peut trouver d’application que dans une théra- ])eutique de similitude, c’est-à-dire dans l’administration d’une dose légère d’un excitant cajiable d’intensifier la réaction déjà amorcée par la nature. Déjà Hippocrate avait énoncé que « le semblable guérit le semblable » et que « ce qui cause la maladie artificielle doit guérir la maladie réelle ». Paracelse devait faire le lien entre Hippocrate et Habneniann, puisque l’boméojiatbie n’est que l’application attentive de ce précepte. En cela, il était le premier de son siècle à déclarer la guerre à Galien et à son principe des contraires (voulant opposer à la chaleur de la maladie la froideur du remède, etc.).

« Les semblables guérissent les semblables, enseigne Paracelse : le scorpion guérit le scorpion, le mercure, le mercure. » Et ailleurs : « Il y a de grandes dilîérences entre renseignement des anciens et le nôtre. Car nous enseignons que ce qui guérit l’homme peut également le blesser et ce qui l’a blessé peut le guérir, l/ortie peut être transformée afin de ne point brûler, comme la flamme afin de ne pas roussir et la cbélidoine afin de ne pas cicatriser. Ainsi les semblables sont utiles dans les guérisons (1). »

Il revient à plusieurs reprises sur cette similitude. Dans rOpus Paramiruin, il décrit que tout membre du corps désire son pareil, le doux réclame le doux, l’amer, l’amer, chacun à son degré et à sa mesure, comme ceux contenus dans les jdantes douces, aigres, amères. « Le foie demandera-t-il sa médication à la manne, au sucre, au miel ou au polypodium ? Non, car l’espèce recherche son espèce. Dans l’ordonnance anatomique, le froid ne guérira pas la chaleur, ni la chaleur le froid. Ce serait un désordre complet si nous cherchions les cures dans les opposés. Lorsqu’un enfant demande du pain, on ne lui donne pas un serpent... le pain que mange l’enfant a une anatomie pareille à la sienne et l’enfant, pour ainsi dire, mange sa propre substance ; c’est pourquoi chaque maladie doit avoir son médi-

(1) Traité des plaies aiaes et des maladies de la peau. Publié par Toxites, à Strasbourg, en 1571 ; cité par A. Stoddart {Vie de Paracelse, p. 147} Paris, 1914.)

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cament conforme à elle-même. » Il dit encore : « L’axiome que les contraires guérissent les contraires, c’est-à-dire que ce qui est froid expulse ce qui est chaud, est entièrement faux. On doit plutôt dire : l’arcane (médicament approprié) et la maladie, voilà les contraires (1). » Pour lui, le lien entre l’état morbide et le médicament qui lui correspond est si important, qu’au lieu de désigner la maladie par une catégorie nosographique générale et de dire, par exemple : « ceci est de l’épilepsie », on ferait mieux de nommer le remède qui convient au cas particulier, étant donné le tempérament du malade et sa forme individuelle. Il vaudrait mieux dire : « C’est la maladie de viridellus (le gui), ou une autre. » Dans le Paragranum (IL I), il précise : « Vous ne devriez pas dire : cela est du choléra, ceci de la mélancolie, mais : cela est arsenical, ceci est alumineux. Si vous dites : telle maladie est celle de la mélisse, telle autre de la Sabine, vous avez déjà nommé la cure (2). »

Mais comment le médecin peut-il découvrir le lien de similitude entre un médicament donné et un certain état morbide; comment peut-il savoir que le médicament aidera la nature dans le cas qu’il doit soigner ? Hippocrate avait bien indiqué la ressemblance entre l’action pharmacodynamique et la maladie à traiter (« Ce qui cause une strangurie artificielle guérit la strangurie véritable »), mais les connaissances toxicologiques ou pharmacodynamiques étaient bien embryonnaires au xvi® siècle, Paracelse ne pouvait entreprendre de défricher seul cette science (ce qu’Hahnemann put faire près de trois siècles plus tard, en s’aidant des progrès scientifiques réalisés). Il lui fallait donc, là encore, suppléer à ce qui lui manquait au moyen de l’intuition, en se servant seulement de signes simples et discernables au premier abord. La tâche était déjà assez lourde.

« J’ai beaucoup réfléchi, dit Théophraste, sur les pouvoirs magiques de l’âme humaine et j’ai découvert beaucoup de secrets naturels. Je peux affirmer que, seul, celui qui a acquis ces pouvoirs peut devenir un vrai médecin. Si nos praticiens

(1) Paragranum. Cf. Clément Jobert, Essai sur Paracelse. Thèse Paris, 1866, p. 31, et H. Grasset, Histoire de la Médecine et Paracelse, Paris (Champion), 1911.

(2) Fr. Hartmann, Die Medizin des Theophrastes Paracelsus. Leipzig, 1899.

les j)üssédaieiit, on pourrait brûler leurs livres et jeter leurs drogues dans la mer : le monde ne s’en trouverait que mieux. La magie d’investigation trouve partout ce qui lui est nécessaire, et au delà. L’âme ne peut sans doute pas percevoir la constitution physique interne ou externe des plantes et des racines, mais elle perçoit intuitivement leurs pouvoirs et leurs vertus ; elle les reconnaît immédiatement à leur signature (1).

La signature résulte d’une certaine activité vitale conférant à tout objet naturel une ressemblance avec quelque particularité de la maladie. Elle peut même s’exprimer dans la forme extérieure, de même que le caractère intérieur d’un homme s’exprime dans son liabitus. Ainsi, la chélidoine, au latex jaune semblable à de la bile fraîche, porte la signature du foie. Cette notion, que Paracelse revendique comme son invention, mais qui a pu lui être suggérée par la kabbale et la magie, n’apparaît en effet aucunement avant lui ; en revanche, elle devait inspirer de nombreux travaux à ses disciples comme Porta, Crollius, Kircher, etc. Il semble que la signature soit, plus qu’une loi scientifique, un détecteur pour l’intuition du médecin, tel le pendule de nos modernes radiesthésistes : c’est du moins ainsi que Paracelse la présente. Son apport était assez original pour qu’on ne soit pas fondé à lui en demander davantage.

Ce sont sans doute des considérations magiques de cet ordre qui amenèrent Paracelse à l’organothérapie. Dans ses Archidooces, il recommande l’extrait de fiel de bœuf pour les cirrhoses hépatiques et l’extrait splénique pour « les obstructions de la rate ». Il indique le sérum sanguin pour arrêter les hémorragies. L’idée opothérapique était certainement dans l’ambiance, car Cornélius Agrippa, qui avait puisé au même enseignement de Trithème, mentionne dans sa Philosophie occulte (publiée à Cologne en 1533) le principe opothérapique, mais en l’attribuant aux « médecins », c’est-à-dire sans doute à Paracelse qui avait alors quarante ans : « Les médecins savent qu’un cerveau aide un cerveau, un poumon un autre poumon. Ils disent aussi que les animaux stériles causent la stérilité, ceux qui sont féconds la fécondité, et qu’il en est ainsi surtout

(1) De Naiura Rerum.

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des testicules, la matrice et de l’urine (i). » Jérôme Cardan devait d’ailleurs répéter les mêmes choses dans son De Rerum Varietate qui parut en 1557, après la mort de Paracelse. Ce dernier avait donc été, là encore, un précurseur.

L’opothérapie n’apparaissait aux alchimistes que comme une confirmation de cette synergie universelle qui relie les individus entre eux, -animaux et hommes, plantes et hommes, d’organe à organe, et chaque individu au grand Cosmos. L’autre fondement de l’Hermétisme, la transmutation de tout ce qui existe, devait aussi inspirer à Paracelse des applications, en particulier l’idée de tirer le remède du mal, ou plus exactement de ce qui cause le mal, puisque le mauvais, en évoluant, tend à devenir bon. C’est ainsi qu’il dit, comme nous l’avons rapporté plus haut, que le scorpion guérit le scorpion. Il n’était pas sans avoir appris, au cours de ses longs voyages et de ses colloques avec tous les guérisseurs, que la médecine populaire a toujours employé, dans les pays les plus divers, une sécrétion pathologique quelconque, ou le sang ou l’urine du malade, comme moyen de guérison ou de prophylaxie. Ainsi faisaient d’ailleurs les Chinois avec les croûtes de variole, depuis des temps immémoriaux. Il savait que le chien blessé se trouve bien de lécher sa plaie et d’avaler son pus. Toujours est-il que ses disciples posthumes, Crollius, Kircher, devaient mentionner la valeur thérapeutique des venins contre la plaie envenimée (2), et Robert Fludd, affilié à la Rose-Croix et héritier des mêmes prineipes, devait affirmer, moins de cent ans plus tard, que le crachat du phtisique, moyennant une préparation convenable, peut guérir la tuberculose. Tout ceci se passait des siècles avant Pasteur et l’ère des antitoxines.

Les contemporains reprochaient vivement à Paracelse d’employer des poisons comme remèdes : « Les médecins inhabiles, écrit-il, me poursuivent encore de leurs clameurs en disant que mes recettes sont des poisons, des corrosifs, et un extrait de toutes les malignités toxiques de la nature. Pour repousser cette accusation, je leur demanderai, au cas où ils seraient

(1) Philosophie occulte, I, xv.

(2) Grand-Œuvre thérapeutique des Alchimiste», pp. 17-18. Paris (Chacornac), 1920.

Dux-iaoines capables de répondre, d’abord s’ils savent ce qui est poison et ce qui ne l’est pas, ou si aucun mystère de la nature ne se cache dans le poison. Et si vraiment il vous convenait d’examiner chaque poison, que trouvez-vous, je vous le demande, qui ne soit pas un poison ? Tout est poison et rien n’existe sans poison. La dose seule fait que le poison est insensible. » Et ces poisons qu’on lui reprochait tant étaient surtout les sels minéraux. Aux alchimistes seuls revient l’idée d’avoir employé des sels métalliques en thérapeutique, à commencer par l’or potable, pour arriver à l’antimoine que Basile Valentin avait voulu introduire en médecine sur un « char triomphant », et qui devait soulever, du xvi® au xvii® siècle, tant de disputes. Paracelse employa encore le fer, le cuivre, le plomb, l’or, l’argent, l’étain ; il fit même connaître le cobalt et le zinc (1) et, surtout, il préconisa l’hydrargyre dans la syphilis, à la place du gaïac et des sudatifs en usage. Tout cela était, pour l’époque, profondément scandaleux.

Il est évident que, pour manier des poisons tout en respectant le principe de similitude qui veut guider et aider seulement les forces naturelles, il était nécessaire d’employer des doses discrètes. Paracelse semble avoir reconnu le double effet des drogues selon la dose excitatrice ou inhibitrice. Ainsi, dans le Paragranum, il décrit les deux effets du vitriol de cuivre, l’action laxative de la première phase et l’action constipante de la deuxième (2).

L’idée de la transmutation réglée par un agent subtil : archée chez l’homme, pierre philosophale dans le règne minéral, devait amener Paracelse à rechercher une sorte de dynamisation intensive du médicament. Il entreprit donc d’en extraire l’âme, le principe délicat, caché derrière les apparences solide, liquide, gazeuse, ignée même, des quatre éléments et réduite à son essence éthérique, et il appela ce principe cinquième essence ou Quintessence. Il y a consacré ses dix livres des Archidoxes. Pompée Colonne fait remarquer que ce but est exactement dans la ligne de recherche des alchimistes anté-

(1) Cf. Liber Mineralium et De Natura Rerum, IV.

(2) Cf. J. Gallavardin, Paracelse, p. 224, in Le Propagateur de V Ilomœopathie. Lyon, 1912.

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rieurs : « La seule différence que j’y trouve, dit-il, et que trouveront aussi tous ceux qui ont lu beaucoup de livres des philosophes chimistes, c’est que Paracelse a écrit plus clairement que les autres, et avec les principes d’une véritable philosophie (i). » Cette quintessence est l’élément prédestiné du mixte. C’est une sorte d’extrait plus ou moins gluant, en raison de sa richesse en humidité mercurielle. On l’obtient en éliminant du corps travaillé ses impuretés et ses parties corruptibles, le Phlegme et le Caput mortuum. La quintessence est répandue dans la totalité des organismes. On peut aussi la tirer des minéraux et des métaux. Elle constitue alors « l’essence séminale » (ou pierre philosophale), capable de les perfectionner. La quintessence contient la nature, la force, la vertu du remède. C’est elle qui est la couleur, la saveur, l’odeur, la vie et les propriétés de la chose.

La quintessence n’est pas au delà des éléments ; elle est au contraire composée des particules les plus subtiles des quatre éléments et selon leurs proportions naturelles. C’est pourquoi chaque quintessence produit des effets particuliers selon le mélange de ces éléments purifiés qui la composent. Or, chaque maladie a besoin de son essence particulière, adaptée à sa nature « et il faut la choisir avec soin si l’on veut donner un véritable secours à la nature »'. On peut extraire la quintessence des pierres précieuses, des tissus animaux, mais cette dernière ne demeure pas longtemps active et incorrompue, en raison de la mortalité des êtres animaux. Au contraire, les métaux, ayant une vie perpétuelle, donnent une quintessence plus parfaite. La quintessence s’extrait par opérations chimiques difficiles ; sublimations, calcinations, dissolutions dans l’eau-forte, etc. Elle est enfermée dans le mixte comme dans une maison qu’il faut démolir.

La vertu thérapeutique de la quintessence est d’autant plus grande qu’elle est plus pure car, alors, l’organisme n’est plus obligé de digérer le mixte pour en extraire la vertu médicamenteuse. Subtile et pénétrante, elle se répand rapidement dans le corps, ne peut être altérée par les ferments malins de la

(1) Pompée-CoLONNE, Abrégé de la doctrine de Paracelse et de sej Archidoxes. Paris, 1724.

maladie qu’au contraire elle réduit à sa nature pure. Toutes les maladies venant de quelque corruption ou autre cause semblable, quand les ferments intérieurs sont altérés à un certain point, ils altèrent toutce qu’on a dans l’estomac et le convertissent en poison. Mais, au contraire, quand iis sont purs et forts, ils convertissent toutes sortes de nourriture en force et en santé.

Colonne explique que la technique des opérations d’extrac-tion, pour être connue et déduite des œuvres de Paracelse, nécessite une clef qui aurait été éditée en allemand peu- après sa mort, puis supprimée par ses ennemis et retrouvée, réimprimée avec beaucoup d’erreurs dans l’édition de Genève, en 1660. Il s’efforce d’en tirer des indications précises.

Des auteurs, comme M. E. Chevreul, louent vivement Paracelse d’avoir ainsi tracé la voie à la recherche et l’extraction des alcaloïdes ou principes actifs, stables et définis des médicaments. En vérité, la quintessence comporte beaucoup plus de signification. Il s’agit de concentrer, sur un support matériel réduit et purifié, une sorte d’énergie éthérique immatérielle et vivante.

Il est évident que l’idée de la quintessence continue directement la tradition alchimique qui, dès le xiii^ siècle, avait préconisé la pierre philosophale ou Teinture des Sages, pour ses propriétés thérapeutiques universelles.

Paracelse décrit surtout la quintessence dans le livre IV et le livre X de ses Archidoxes. Il distingue, à ce sujet, plusieursmédecines que ses disciples ont eu tendance à confondre. Les Arcanes, auxquels est consacré le livre V, sont d’une qualité encore supérieure, incorporels, immortels, et Paracelse en énumère quatre ; la Prima Materia, la Pierre Philosophale, le Mercure de Vie et la Teinture. Au-dessous viennent les Magistères, décrits au livre VI des Archidoxes, qui sont des extraits. « Ceux des herbes sont si efficaces qu’une demi-once opère plus que cent onces de la plante (1) » ; puis les Spécifiques, qui sont des combinaisons telles que le résultat possède des propriétés manquant aux composants. Enfin viennent les Élixirs.

(1) Cf. Waite, loc. cit., t. II, p. 49.

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(livre VIII) qui sont des préservatifs internes contre l’altération, la maladie, le vieillissement.

De toute façon, Paracelse a recherché l’âme du médicament, son principe agissant et, comme les alchimistes avaient attribué à leur Pierre Philosophale le pouvoir de modifier — à dose minuscule — une quantité énorme de matière, à la manière des ferments ou des catalyseurs (1), de même Paracelse s’est-il orienté, en thérapeutique, vers la dose infinitésimale, corollaire de la dynamisation quintessentielle, ce qui le situe nettement comme un ancêtre de Hahnemann. C’est encore un reproche que lui adresse Daremberg.

Paracelse proclame quelque part que « l’action d’un médicament provient, non de sa dose, mais de sa vertu ». L’Arcane est le médicament le plus élaboré. Dans ses Sept Livres De Gradihus, de Compositionibus, de Dosibus receptorum ac naturalium, il parle d’une dose infinitésimale à laquelle il donne le nom de Karena, et qui représenterait la vingt-quatrième partie d’une goutte minuscule. On peut mêm.e se demander, avec J. Gallavardin, s’il ne triturait pas ou ne diluait ses remèdes, comme Hahnemann, car il conseille, dans le Paragranum, de « tamiser, mélanger, et faire prendre en une poudre avec du sucre » (2). A ce point de vue, il est intéressant d’examiner le frontispice gravé en tête des œuvres de son disciple Michel Ettmüller (3) et que nous avons déjà souvent signalé Paracelse y est représenté, d’une façon très reconnaissable, en opposition avec un médecin galéniste. Il tient la maladie par le cou au moyen d’une chaîne puissante, portant dans l’autre main un flacon compte-gouttes très réduit sur lequel il est écrit qu’une goutte à peine est suffisante. Il se tient du côté de la boussole, car il guérit magnétiquement. Parmi les nombreux détails du frontispice, il faut mentionner spécialement cette maxime inscrite sur un grand livre : « Beaucoup de remèdes peuvent être indiqués contre chaque maladie. »

A propos de la guérison magnétique, il faut encore recon-

(1) Dans son Noi^um Testamentum, Raymond Lulle avait déclaré : « Je transmuterais la mer si c’était du mercure. » (Mare tingerem si mercurius esset.)

(2) J. Gallavardin, loc. cit., p. 251.

(3) Francfort, 1708.

naître à Paracelse le mérite d’avoir été précurseur de la thérapeutique magnétique. Lorsque Mesmer eut révolutionné le monde médical par sa découverte soi-disant inouïe, Lessing put prouver que Paracelse en avait été l’inventeur véritable. Il a en effet traité de l’aimant dans son Herharius Theophrasti, traduit par Schwaeblé, résumé par Fr. Hartmann et L. Durey. L’aimant attire le fer, mais aussi tous les éléments martiaux du corps, au nombre desquels il faut ranger tous les flux des femmes, quels qu’ils soient. 11 a aussi un pouvoir sur toutes les maladies qui se propagent à partir d’un centre, sans cesser d’affecter celui-ci, et l’application sur ce centre peut y ramener la maladie, la circonscrire et l’arrêter. La règle d’or de la médecine consiste précisément à arrêter l’extension du mal, le rassembler et le faire disparaître. (La tendance à l’extension est en effet caractéristique, en astrologie, de l’influence martienne, indiquée même par son hiéroglyphe.) L’aimant est donc spécialement favorable dans toutes les inflammations, flux et ulcérations, dans les maladies de l’intestin et de l’utérus, dans les affections internes aussi bien qu’externes.

Pour les pertes des femmes, il faut placer le dos de l’aimant (pôle sud) à la partie postérieure de la ligne (vulvaire ?) et le ventre (pôle nord) au commencement. De même pour les pertes intestinales (diarrhées). Dans l’épilepsie, il faut placer l’aimant sur le sommet de la tête, le ventre en bas, le dos en haut, etc.

Paracelse recommande encore la cure de sympathie en se servant, non plus de l’aimant ordinaire, mais d’une sorte d’aimant approprié, composé de substances qui ont séjourné dans le corps et qui s’y sont chargées de sa vitalité (cheveux, urine, sang), et qu’il appelle Magnes microcosmi. Ces substances, desséchées, perdent leur vitalité et possèdent une grande force pour l’attirer à nouveau. Si on les mélange à une herbe bien choisie pour restaurer une vitalité malade, leur application sera bénéfique pour la Mumie du patient. Elles peuvent aussi servir à extraire une vitalité malade et à la porter sur une ])lante, un animal, une autre personne (i). C’est ici de la pure magie.

Ma gie aussi l’emploi des talismans ou l’intervention des

(1) Cf. De Naturalibus.

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esprits, mais ceci rentre plutôt dans l’occultisme de Paracelse que nous étudierons plus loin.

Certains auteurs se sont appliqués à noter les apports de l’œuvre paracelsienne dans le détail, comme Proksch. Il en ressort que Paracelse aurait décrit des maladies nouvelles ou, jusque-là, mal connues : Chorée (i), goitre, hystérie, syphilis, lithiase, synovie, podagre, ou encore les maladies spéciales aux mineurs des régions qu’il visita. On nous énumère ses apports chirurgicaux concernant l’asepsie (2), les ligatures, les sutures, l’anus artifieiel (3), les appareils à fractures. Bernard Aschner a relevé les quelque cent remèdes végétaux dont il a décrit les indications, tels qvii Hellehorus niger, Persicaria, Carduus benedictus, Artemisia, Abrotanum, Plantago, Hypersicum (ce dernier agissant puissamment sur l’esprit pour chasser les hallucinations, la tendance au suicide, éloignant les mauvaises influences occultes, et constituant une sorte de médecine universelle) (4), Satyrion, Arum, Senna, etc., etc. Le même auteur a publié en détail le traitement du cancer indiqué par Paracelse (5), dans des traités chirurgicaux demeurés à l’état de manuscrits, notamment au moyen de plomb, arsenic, mercure et vitriol, en applieations locales. Ce traitement a été employé par lui-même, sur des tumeurs mammaires en particulier, avec des résultats extrêmement satisfaisants.

Cependant, du point de vue théorique, les mérites de Para-

(1) J. F. G. Heckers {Die grossen Volkskrankheiten der Mittelalters. Berlin, A. Hirsch, 1865) en fait remonter l’observation à Paracelse. En tout cas, Paracelse a rattaché cette maladie à la pathologie naturelle, l’excluant nettement du domaine de la théologie ou des influences occultes. Dans ses Defensiones, il se justifie lui-même d’avoir décrit des maladies nouvelles comme la danse de Saint-Guy ou les maladies faussement attribuées à la sorcellerie.

(2) A ce sujet, Karl Sudhofî cite un passage de Paracelse sur la guérison des plaies, déclarant que « celles-ci doivent être préservées des contaminations, des « ennemis extérieurs », par les pansements, tandis que la nature, avec ses moyens de guérison spontanés, agit d’une façon suffisamment efficace ».

(3) Paracelse le mentionne dans sa Bertheonée et dans sa Grande Chirurgie. W. Sprengel et K. Sudhofî lui attribuent le mérite d’en avoir eu l’idée bien que, selon Proksch, il ne l’ait pas réalisé.

(4) Cf. De Naturalibus.

(5) Cf. Acta Paracelsa (München).

celse sont immenses. II a été le génial inventeur d’une série de recherches ou d’idées dont chacune aurait sulïi à rendre son auteur célèbre, que ce soit au sujet de la méthode d’investigalion personnelle, de la force vitale, du métabolisme, des maladies de la nutrition, des influences psychiques, des mécanismes inconscients, de la similitude, de la signature, des principes actifs, de la dose infinitésimale, de la thérapeutique minérale, du magnétisme, de l’opothérapie, de la vaccinothérapie. Il n’a jamais existé de novateur comparable.

Paracelse avait offert aux étudiants de Bâle les grandes lignes de cette compréhension médicale, de cette immense synthèse qui s’élaborait dans son esprit pour rattacher tous les problèmes de la vie à une doctrine cohérente. Son feu devait susciter plus de curiosité que de véritables adhésions : il dépassait son époque de trop de siècles ; il devait suivre son destin de génie méconnu.

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