‹ Parades inédites [par] Th.S. Gueullette. Avec une préfChapitre 105 sur 109 · SCENE IV ET DERNIERE · texte numérisé non relu

SCENE IV ET DERNIERE

GILLE, LE MAISTRE

Le Maistre.

Ah! ah! Est-ce que mon gendre futur est fou de danser ainsy tout nud en pleine rue ? La succession luy auroit-elle fait tourner la cervelle? A qui diantre en avez-vous, mon amy?

Gille le prend par la main, chante et le fait danser.

Lalalerita, lalerita, lalalire!

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Le Maistre, tout essoufflé.

Mais quelle extravagance est cela?

Gille.

Sur mon chapeau. Talalerita, etc.

Le Maistre.

Eh bien? Je n'y comprends rien.

Gille.

Sur ma perruque. Talalerita, etc.

Encore un coup, vous dis-je, il y a de la folie à cela.

Gille ramasse la batte et en applique un coup violent sur les épaules du Maistre, en disant : Sur vostre habit. Talalerita, etc.

Le Maistre.

Mais, Monsieur de La Gillotinière, cela passe le jeu et vous n'estes pas dans votre bon sens. Gille, le battant et le déshabillant.

Dans votre chemise. Talalerita, etc.

Le Maistre.

Pourquoy donc me déshabiller?...

Gille, le battant.

La voilà tuée. Talalerita, etc.

Le Maistre.

Je n'en puis plus.

Gille.

Jusqu'à extinction de chaleur naturelle , sinon vous estes mort !

Le Maistre.

Je suis mort ! Son esprit est troublé. Mais où sont vos hardes?

Gille, chantant.

La, la, la, la.

Le Maistre.

Je ne les vois pas. Voilà bien mon habit. Mais le vostre, où est-il?

Gille , toujours dansant.

La, la, la, la.

Je crains bien que ce ne soit quelque nouveau tour de filous qui luy auront escamoté ses habits. Un moment de tranquillité, mon amy. Vos lettres de change, où sont-elles ?

Gille.

Dans mes poches. La, la, la, la.

Le Maistre.

Dans celles de vostre habit?

Gille.

Ouy. La, la, la.

Le Maistre.

Ma foy, mon pauvre Gille, à laver la teste d'un asne} on perd sa lessive. Tu estois devenu riche par un heureux événement; tu perds tout par ta bestise !

Gille.

Comment? Je vous dis que la tarentule m'a piqué et qu'il faut danser continuellement pour n'en pas nourir. La, la, la, la, la.

Le Maistre.

Eh ! mon pauvre garçon ! il n'y a pas de tarentule en France. C'est en Italie que l'on voit de ces

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animaux-là, dont la piqûre est très dangereuse. Tu n'en as pas été piqué très seurement.

Gille.

Vous croyez Sans doute.

Le Maistre.

Gille.

Seroit-il possible ? Parbleu ! j'ay vu un homme qui estoit pourtant dans ce cas-là. Il dansoit continuellement en chantant. C'est son camarade qui me Ta conté.

Le Maistre.

Je te répète encore que c'est une fourberie que Ton a imaginée pour te voler tes lettres de change; sans ça tes habits ne seroient pas ainsi disparus. Gille.

Ma foy! je commence à croire que vous pourriez bien avoir raison. Il faut courir après ces deux fripons-là.

Le Maistre.

Vrayment, ouy! Ils sont bien loin, s'ils courent toujours.

Gille.

Oh! je les attraperay bien tost ou tard. Quand j'auray épousé Mlle Isabelle, je feray jeter un amonitoire.

Le Maistre.

N'espère pas cela, mon amy ; ma fille ne sera jamais la femme d'un sot tel que toy. Tu n'es qu'une beste, et tu le seras toujours. Je ne te prenois pour mon gendre que par rapport à ton bien ; tu as esté

assez imbécile pour te le laisser enlever; va-t'en gratter ton derrière au soleil.

Gille.

Comment! je n'auray pas ta fille? Vieux penard ! Je t'arracheray tous les poils de ta barbe. Le Maistre.

Insolent ! Je t'assommeray de coups de bâton !

Gille.

Toy?

Le Maistre.

Ouy, moy !

Ah ! Nous allons voir.

(Ils se battent l'un et l'autre et finissent ainsi la parade.)

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