GILLE, SANS-QUARTIER
Sans-Quartier.
Morbleu ! si je tenois ce maraud de Divertissant, je luy mangerois le cœur, le foye, la rate à belles dents !
Gille.
Oh! oh! A qui diable en avez-vous donc, Monsieur Sans-Quartier?
Sans-Quartier.
A qui j'en ay? Par la mort, qu'il ne paroisse pas devant moy !
Gille.
Qui donc?
Sans-Quartier.
Cet insolent de Divertissant! Il me turlupine encore !
Gille.
Il vous tire la...?
Sans-Quartier.
Ouy ! il me turlupine. Il fait le mauvais plaisant! Ne disoit-il pas hier à Mlle Jacqueline que je n'estois qu'un punais?
Gille.
Oh ! pour celuy-là, il n'a pas tout à fait tort.
Sans-Quartier.
Pourquoy ?
C'est que, de frayeur, je viens de faire une grosse vesse et que vous ne vous en plaignez pas. Sans-Quartier.
Effectivement, cela sent fort mauvais.
Gille.
Vous n'estes donc pas si punais.
Sans-Quartier.
Non, vraiment. Mais, comme on m'a raconté que cet insolent tenoit encore de fort mauvais discours sur mon compte, je prétends me venger dans ce jour par moy-mesme, ou par la voie de quelque coupe-jarrest... Ouy, je donnerois de bon cœur une pistole à un galant homme qui voudroit bailler cent coups de bâton à ce fripon de Divertissant. Gille.
A Divertissant? Oh! s'il ne faut que vouloir les luy donner pour gagner cette pistole, voicy vostre homme !
Sans-Quartier.
Mais il faut les luy bailler en effet.
Gille.
Et, réellement, vous donneriez une pistole?
Sans-Quartier.
Très sérieusement.
Gille.
Morguenne ! M'est avis que cette pistole m'inspire du courage. Eh bien ! je vous le répète, ce sera moy qui luy donneray ces coups de bâton.
Sans-Quartier.
Oh! mon amy Gille, je ne vous croyois pas si
brave. Eh bien ! je seray de parole, et, pour vous engager à tenir la vostre, voilà un sol de 18 deniers que je vous donne acompte.
Je vais avec cela boire un coup de rogomme. Ça m'échauffera la bile.
Sans-Quartier.
En voicy une petite bouteille, sans aller plus loin, et voilà un bon bâton pour étriller ce turlupin. Ne l'épargnez pas !
Gille.
Je vous réponds qu'il aura tout son saoul.
Sans-Quartier.
Adieu, mon amy Gille. Frappez dru surtout !
( Il sort. )
Gille.
Ouy, ouy. Mais je crois l'apercevoir ; mettonsnous un peu à l'écart pour l'écouter et le surprendre... Bien rosser son ennemy et gagner encore une pistole, cela est fort honneste !