PROLOGUE DE L OPERATEUR
si recommandables au beau sexe et si favorisés des dames ? les auroit-on jamais entendus parler avec tant d'éloges d'un roy auguste, d'un comte de Saxe, etc. ?
Non, Messieurs, non ! Tous ces hommes si illustres dans tous les genres et si singuliers par leur esprit, par leurs talens ou par leur force extraordinaire, n'auroient esté, surtout du côté de l'amour, que des hommes d'un mérite commun, si la sylphide qui m'est attachée par les liens les plus étroits n'avoit assisté à leur naissance et ne leur avoit pas fait respirer alors l'un ou l'autre de ces élixirs incomparables : élixir des talens, élixir du dieu de Lampsaque !
Vostre surprise, Messieurs et Mesdames, m'annonce votre incrédulité. Tant pis pour vous ! J'y laisseray les messieurs, c'est assez les en punir. Pour les belles dames, j'offre de leur prouver qu'en fait d'amour je ne suis pas un charlatan.
Si les promesses ne suffisent pas pour me captiver leur bienveillance, j'offre encore d'employer pour elles les secrets que je possède pour conserver et même augmenter leur beauté.
Mais je m'aperçois qu'elles n'en ont pas besoin. Les grâces et les ris qui brillent sur le visage de ces dames ne 'permettent pas de distinguer les mères d'avec les filles, et l'on y voit des couleurs si vives qu'il me seroit inutile de leur offrir le secret que j'ay pour faire disparoistre cette pâle langueur dont j'ay guéry tant de personnes du sexe sans leur faire rien prendre par la bouche.
Cependant, Mesdames, il ne suffit pas de se bien porter: il faut entretenir cette bonne santé par une humeur toujours gaye, toujours riante, etpar une jubilation continuelle.
Ridere regnare est.
Ne vous alarmez pas, Mesdames, de ces mots qui